DE LA POUDRE A CANON
est chargée de tout ce qui concerne la fabrication et la vente de la poudre. Elle est livrée aux arsenaux pour être mise en cartouches, gargousses, etc., dans des ateliers spéciaux; elle ne peut être fabriquée, entrer dans le commerce et être mise en vente qu'en vertu d'autorisations accordées par l'État aux industriels.
Toutes les opérations et les manipulations nécessaires à la confection de la poudre, des cartouches, gargousses, fusées, etc. , sont tellement dangereuses, qu'elles ne sauraient être assez surveillées et entourées de précautions.
La combustion de la poudre peut se faire de deux manières : rapidement ou lentement. On dit que la poudre détone lorsqu'elle est brusquement enflammée par une étincelle électrique, par un choc violent, par le contact d'un corps en ignition, ou par une température subite de 300°. La détonation de la poudre donne instantanément naissance à une très-grande quantité de fluides élastiques. On dit que la poudre fuse lorsqu'elle brûle plus lentement, ou dans une période de temps peu appréciable à nos sens. Plus la poudre est sèche, mieux elle s'enflamme; lorsqu'elle est humide ou réduite en poussière, elle s'enflamme plus difficilement et brûle plus lentement. Les poudres non lissées s'enflamment plus promptement que les poudres lisses ; les poudres anguleuses prennent feu plus vite que les poudres rondes.
11 importe de savoir que le fer n'est pai le seul métal susceptible de produire, par le choc contre un silex ou contre lui-même, un dégagement de calorique suffisant pour enflammer la poudre, mais que le cuivre frappant ou frottant sur le cuivre et le fer, le fer sur le marbre, la fonte et le plomb sur la fonte, sur le plomb et sur le bois, peuvent produire le même effet.
La déflagration de la poudre, constituée par une décomposition vive et énergique en gaz animés d'une grande force expansive, diffère de la combustion ordinaire des corps inflammables ; la rapidité en est extrême, et elle est beaucoup plus grande lorsque des obstacles s'opposent à l'expansion des gaz, que lorsqu'elle s'exécute à l'air libre. Dans les armes à feu, la vitesse de la combustion est très-grande ; néanmoins, l'instantanéité de sa transmission à toute la charge n'est pas telle qu'il n'arrive quelquefois, surtout dans les pièces d'artillerie, qu'il ne reste une certaine quantité de grains de poudre non enflammés, qui peuvent être lancés comme projectiles. La lumière des armes facilite la combustion en donnant passage à l'air qui occupe les interstices ou les vides entre les grains de poudre ; la poudre, s'il n'en était pas ainsi, serait comprimée dans la partie postérieure du canon à mesure que les gaz s'étendraient ; la force élastique de l'air
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augmenterait et retarderait le mouvement de la flamme qui ne pénétrerait pas jusqu'au fond de l'arme, où l'on retrouverait encore des grains de poudre intacts.
Les produits de la combustion de la poudre sont les uns à l'état gazeux, les autres à l'état solide. Les premiers sont de l'azote, de l'acide carbonique, de l'oxyde de carbone, de l'hydrogène sulfuré, de l'hydrogène carboné et du gaz nitreux. Les seconds sont du sulfure de potassium et du sulfate de potasse, du sous-carbonate de potasse mêlé avec un peu de charbon, des traces de soufre; ces résidus solides ont été volatilisés pendant la déflagration et ont été condensés ensuite par le refroidissement qu'ils ont éprouvé sur les corps environnants, les projectiles, les parois intérieures et le voisinage de la lumière de l'arme ; ils sont d'un gris noir, déliquescents et répandent une odeur d'hydrogène sulfuré. Le volume des gaz tend à devenir quatre ou cinq mille fois plus grand que celui qu'ils occupent à l'état de poudre. Il se dégage avec eux des vapeurs fournies par l'eau que contient toujours la poudre, dont la force élastique est accrue par leur tension.
La température développée dans la combustion de la poudre est trèsélevée ; elle peut fondre le zinc, les pièces de monnaie, le cuivre jaune, le cuivre rouge même qui exige une température de 2500 degrés.
La production de lumière et d'une épaisse fumée, le dégagement de calorique et d'une odeur sulfureuse sont les phénomènes qui caractérisent la combustion de la poudre de guerre.
Certaines préparations jouissent à un degré plus élevé que la poudre de guerre de la propriété de détoner, lorsqu'elles sont soumises au contact d'un corps en ignition ou à la chaleur, à la compression ou à la percussion. Elles sont connues sous le nom de poudres fulminantes et de fulminates. Les premières renferment une certaine quantité de chlorate de potasse ajouté aux éléments, modifiés dans leurs proportions, de la poudre ordinaire ; les secondes et les plus remarquables sont les fulminates d'argent et de mercure. Ces composés détonent avec une violence et une brusquerie telles, qu'ils ne peuvent être employés dans les armes, qu'ils brisent en ] éclats. Seul, le fulminate de mercure mélangé à du salpêtre ou à de la poudre à canon dans la proportion de 60 p. 100, est employé pour charger les capsules.
Une découverte récente et des plus curieuses est le fui mi-coton, ou cotonpoudre; le coton ordinaire plongé dans l'acide nitrique, et séché, acquiert la propriété de détoner comme la poudre et les fulminates. Il ne laisse pas de résidu, mais il s'enflamme avec une telle rapidité, que son usage dans les armes présente les plus grands dangers.