BRULURES PAR LA POUDRE A CANON
Le dégageaient de calorique produit par l'inflammation du fulmi-coton, des fulminates, des poudres fulminantes et de la poudre de guerre, donne lieu à des brûlures plus ou moins graves. Nous ne nous occuperons que des brûlures faites par cette dernière.
.Brûlures. — Malgré la température élevée que développe la combustion de la poudre, les brûlures qu'elle détermine sont généralement limitées aux trois premiers degrés de cet accident et dépassent rarement le quatrième. La poudre seule, exposée à l'air libre, ne fait en s'enflammant qu'une faible explosion, et ne donne lieu qu'à des brûlures peu profondes ; lorsqu'elle est comprimée, elle produit en même temps un choc d'où résulte une contusion qui s'ajoute à la brûlure.
Ces accidents sont fréquents dans les jeux imprudents de l'enfance, dans l'opération de grillage que des chasseurs maladroits font subir à leur poudre pour lui donner plus de force ; ils sont fréquents dans les coups de feu à bout portant, que l'arme soit ou ne soit pas chargée avec un projectile, que la poudre soit ou ne soit pas maintenue par une bourre : à l'armée, ils se produisent très-souvent par l'explosion des cartouches dans le sac ou dans les gibernes, par l'explosion des caissons de munitions, des mines et des magasins à poudre.
Dans les cas les plus ordinaires , ce sont habituellement les parties découvertes, comme les mains et le visage, qui sont atteintes de brûlures. Lorsque les parties sont protégées par les vêtements, elles peuvent encore être brûlées par la poudre ; mais elles le sont aussi par les vêtements qui ont pris feu.. Cette considération est importante en médecine légale : que la brûlure ait été produite par la poudre seule ou par les vêtements enflammés par la poudre, elle n'en existe pas moins, mais il peut être intéressant peur la justice de distinguer l'un de l'autre ces accidents d'origine commune. Nous croyons que les caractères particuliers des brûlures par la poudre suffisent pour conjurer toute erreur.
Les brûlures en général ont été divisées, comme on sait, par Dupuytren, en six degrés caractérisés par les phénomènes suivants : 1° érythème ou phlogose superficielle de la peau, sans formation de phlyetènes; 2° inflammation cutanée avec décollement de l'épidémie et développement de vésicules remplies de sérosité ; 3°.>destruclion d'une partie de l'épaisseur du corps papillaire ; U° désorganisation de la totalité du derme jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané ; 5° réduction en eschares de toutes les parties superficielles jusqu'à une distance plus ou moins considérable des os ; 6° carbonisation de la totalité de l'épaisseur de la partie brûlée.
La nature des corps comburants, l'intensité et la durée de leur action, sont les causes déterminantes du degré de. la brûlure. On aurait lieu de l'egouest. — 2e édit. . 39
610 BRULURES ET CONGÉLATIONS.
s'étonner, en ne considérant que la quantité considérable de calorique développée par la combustion de la poudre, de n'avoir à constater habituellement que les trois premiers degrés de la brûlure, si l'on ne savait que la durée du contact de la flamme avec les parties n'est qu'instantanée et presque inappréciable, et que le passage des gaz à l'état solide ne provoque en même temps un abaissement notable de température. j Les parties brûlées par la poudre à canon présentent un aspect caractéristique : les poils qui les recouvrent sont détruits jusqu'à la racine ou dans une certaine partie de leur longueur, et quand ils n'ont pas complètement disparu, ce qui est le cas plus commun, ils sont plus ou moins recroquevillés et roussis ; elles sont noircies par les résidus solides de la poudre, dont nous avons parlé précédemment, qui, masquant la coloration des tissus, y adhèrent solidement, ne peuvent être complètement enlevés par le lavage, et ne se détachent qu'après plusieurs jours ; elles dégagent une odeur sulfureuse très-prononcée. On rencontre fréquemment à leur surface des grains de poudre qui, mis en mouvement par l'explosion et formant corps étrangers, sont venus s'implanter dans la peau, où ils restent incrustés, et constituent plus tard une espèce de tatouage d'un noir bleuâtre très-reconnaissable. Il est impossible de distinguer immédiatement les brûlures simples des brûlures compliquées de contusion à un faible degré, d'après l'aspect des parties ; les commémoratifs seuls peuvent donner des indications ou des présomptions; c'est-à-dire que la brûlure est trèsprobablement simple, lorsqu'elle a été produite par l'explosion de la poudre non comprimée et à l'air libre ; qu'elle est plus ou moins compliquée de contusion, lorsqu'elle est le résultat de l'explosion de la poudre renfermée dans une poudrière, dans des cartouches, dans des armes où elle était seulement versée librement, ou tassée, mais non maintenue par une bourre, ou comprimée avec une bourre.
Les accidents qui résultent de la mise en mouvement, par l'inflammation de la poudre , des projectiles réunis aux charges de poudre et des éclats des corps qui la contiennent, comme débris de bois, de fer ou de pierre,, provenant de l'explosion de caissons, de magasins ou de mines, ne sont pas de notre sujet actuel. Nous nous bornerons à dire qu'ils varient depuis les blessures les plus légères jusqu'aux désordres les plus graves.
Les brûlures simples par la poudre à canon ne suivent pas une marche différente des brûlures en général, et sont traitées de la môme manière : elles doivent être recouvertes d'un pansement laissé en place le plus longtemps possible et composé d'un linge fenêtre enduit de cérat, d'une légère couche de charpie et d'une feuille d'ouate, maintenues par une bande roulée ou un bandage plein. Les brûlures avec contusion peuvent être pan-