CICATRICES
un aspect bigarré. Avant qu'elles soient parfaitement organisées, elles sont souvent recouvertes d'une sorte d'enduit muqueux qui sèche et se détache par desquamation. Lorsque leur formation date d'un certain temps, elles sont sèches, très-peu sensibles et habituellement dépourvues de poils :• on voit cependant quelquefois sur des cicatrices très-superficielles des poils longs, très-grêles, et toujours décolorés. La destruction, ou l'altération de l'appareil pigmentaire et des bulbes pileux, donnent la raison de ces phénomènes.
Les cicatrices résultant de brûlures par la poudre à canon et les parties qui les avoisinent, sont souvent colorées par des points bleuâtres qui ressemblent à un tatouage et résultent de la présence de grains de poudre emprisonnés dans les tissus. Cette coloration ponctuée est indélébile ; bien qu'elle perde quelquefois un peu de son intensité, elle persiste pendant toute la durée de la vie du sujet. Hutin a appelé l'attention sur cette sorte de tatouage (1), et a signalé le transport et l'arrêt dans les ganglions lymphatiques d'une petite quantité des matières colorantes.
Les cicatrices sont rarement doublées de graisse, ce qui leur donne souvent l'aspect déprimé ; lorsqu'elles sont anciennes, elles sont très-peu vasculaires : on rencontre cependant quelquefois des cicatrices qui ne pâlissent jamais et présentent un réseau de vaisseaux capillaires très-développé ; enfin les cicatrices sont très-hygrométriques, et malgré leur insensibilité habituelle, elles déterminent quelquefois de vives douleurs, pendant les temps humides.
Lorsque la peau seule a été intéressée, les cicatrices sont libres et mobiles. Dans les cas de plaies profondes, des adhérences temporaires ou définitives s'établissent entre les cicatrices et les tissus sous-jacents ; lorsque la lésion s'est étendue jusqu'aux os, les cicatrices sont le plus souvent adhérentes, très -déprimées, et sont recouvertes quelquefois de quantités notables de poussière et de débris d'épiderme.
S. Laugier (2) et F. Hutin (3) ont signalé l'existence de cicatrices cutanées qui n'ont pas été précédées de plaies extérieures ; la peau violemment contuse, ou comprimée par une tumeur, peut céder et éprouver des érosions sur sa face profonde, tandis que sa face superficielle reste intacte. Dans ces cas, la peau amincie , privée de ses vaisseaux, se déprime sous la forme d'une tache blanche, et contracte d'intimes adhérences avec le tissu cellulaire sous-jacenL Les vergetures blanchâtres que l'on observe sur
(1) F. Hutin, Mémoire sur les tatouages. Paris, 1853, in-8°.
(2) S. Laugier, Dictionnaire de médecine en 30 vol. Paris, 1834, t. VII.
(3) F. Hutin, Anatomie pathologique des cicatrices dans les différents tissus (Mémoires de F Académie de médecine. Paris, 1855, t. XIX).
l'abdomen des femmes qui ont eu des enfants, sont de véritables cicatrices de la face profonde de la peau, dont la face extérieure est restée intacte.
Membranes séreuses et muqueuses. — Les cicatrices des membranes séreuses accolées se font par la production d'une fausse membrane qui s'organise comme la lymphe plastique sécrétée par toutes les plaies. Quand les séreuses ne sont point accolées et mises en contact, les plaies dont elles sonl le siège se ferment par une cicatrice beaucoup plus dense et plus épaisse que dans le cas contraire. Il en résulte, quand les séreuses ne sont pas rapprochées et accolées dans toute Fétendue de leur division, des brides, des colonnes cicatricielles et des cloisons plus ou moins épaisses. Les fausses membranes peuvent disparaître, et les brides peuvent se laisser distendre et s'allonger, ou se rompre ; leur persistance donne lieu à la gêne dans le jeu des organes contenus dans les cavités séreuses et peut être l'occasion de graves accidents.
Les cicatrices des membranes muqueuses superficiellement atteintes se forment rapidement : elles se font ordinairement attendre plus longtemps que celles de la peau, lorsque les muqueuses ont été profondément divisées. Elles se composent aussi d'une substance plastique qui disparaît souvent lorsqu'elle est peu épaisse, qui persiste, au contraire, quand elle a été sécrétée en abondance, et donne lieu à des adhérences solides et à des brides plus ou moins saillantes.
Tissu cellulaire. — Le tissu cellulaire superficiel ou profond peut être divisé par les agents vulnérants, atteint d'inflammation suppurative, détruit par la gangrène ou la pourriture d'hôpital. La réparation du tissu cellulaire, comme celle de tous les tissus mous de l'économie, se fait par la formation d'une fausse membrane qui adhère aux parties environnantes, superficielles et profondes. Le tissu cicatriciel du tissu cellulaire, tout d'abord dépourvu de graisse, renfermant peu de vacuoles, inextensible et comme feutré, contractant des adhérences avec la peau, d'une part, avec les muscles, de l'autre, se modifie à la longue, dans les parties qui jouissent d'une grande mobilité, se creuse de vacuoles plus larges, se laisse distendre peu à peu parla sérosité, par la graisse, et disparaît complètement.
On rencontre quelquefois, au niveau du point d'une violente contusion guérie, une dépression notable ; tout en conservant sa mobilité sur les parties sous-jacentes et sa coloration normale, la peau est plus ou moins amincie. Cette dépression résulte de la disparition du tissu cellulaire qui peut persister indéfiniment.
A la suite de plaies contuses ou de plaies profondes, dans le cas où il a été détruit par la suppuration, la gangrène ou la pourriture d'hôpital, le tissu cellulaire ne se reproduit pas; la peau reste amincie, adhérente aux