TISSU CELLULAIRE. — MUSCLES
aponévroses, aux muscles et aux os par l'intermédiaire du tissu réparateur, d'où résultent des difformités et des troubles fonctionnels plus ou moins graves.
Lorsque le tissu cellulaire a été envahi par l'inflammation, il reste souvent dur, inextensible, rétracté, solidifié, pour ainsi dire, et comme faisant corps avec les parties sous-jacentes et avec la peau qui a perdu sa mobilité. Ce n'est qu'après une longue période qu'il reprend ses caractères normaux et permet le rétablissement du jeu des organes. Sa rétraction, ou mieux sa contraction, est quelquefois permanente; elle provoque alors des difformités irrémédiables, la flexion ou l'extension persistantes des articulations, l'abolition des fonctions physiologiques des parties.
Muscles. — La continuité des muscles divisés se rétablit par un tissu modulaire qui se confond avec celui du tissu cellulaire, mais qui ne disparaît jamais complètement. Le tissu modulaire s'interpose entre la section des fibres musculaires maintenues écartées par la rétraclilité dont elles jouissent, et donne lieu à ui.e dépression plus ou moins considérable, suivant qu'il a plus ou moins de largeur; il présente alors, dans la continuité du muscle, la même apparence que les intersections tendineuses des muscles droits de l'abdomen.
Les extrémités d'un muscle divisé, quand elles ne sont pas mises en contact, peuvent, se cicatriser isolément et donner lieu, sous la peau, à la formation de reliefs séparés par une dépression plus ou moins marquée. Les fonctions de l'organe sont alors plus ou moins compromises, non-seulement par le défaut de continuité des fibres musculaires, mais encore par l'amaigrissement, l'atrophie et la transformation graisseuse qui s'en emparent consécutivement à l'immobilité forcée.
A la suite de violentes contusions, de plaies contuses et d'inflammations profondes, les muscles contractent quelquefois des adhérences avec les parties voisines, muscles, aponévroses, os, ou avec leurs propres gaines. Coupés transversalement ou détruits dans la totalité ou dans une partie de leur volume, ils peuvent prendre des insertions nouvelles parleurs extrémités divisées, se souder aux os, et déterminer des ankyloses, des déformations et des perturbations fonctionnelles plus ou moins marquées. Nous avons fait représenter (p. 461, fig. 68) l'avaut-bras d'un ancien militaire qui reçut dans les guerres du premier empire un violent coup de sabre "oblique de haut en bas et de dedans en dehors, un peu au-dessous de la partie moyenne de la face dorsale du membre. Les muscles des régions superficielle et profonde, radiale et cubitale, furent coupés, ainsi que les os, dans toute leur épaisseur : le membre n'était plus retenu que par les parlies molles des plans antérieurs. Pendant quarante ans le blessé se servit
assez bien de sa main et de son avant-bras, pour se livrer à un travail manuel journalier. Sans rien perdre de leur écartement normal, les fragments osseux avaient formé chacun une fausse articulation : le fragment inférieur du radius s'était placé entre les extrémités osseuses du tronçon supérieur; le fragment supérieur du cubitus s'était logé entre les extrémités osseuses du tronçon inférieur. Les doigts se fléchissaient avec force, ils accomplissaient sans effort les trois quarts de l'extension complète. A l'autopsie, F. Hutin (1) trouva tous les muscles profonds cicatrisés avec le périoste, les extrémités supérieures sur le bout inférieur des fragments numéraux des deux os, les extrémités inférieures sur le bout supérieur des fragments carpiens. Les muscles superficiels s'étaient cicatrisés dans le même sens, sur un tissu modulaire dont la lame mince et large formait un pont sur le plan profond duquel elle adhérait intimement. Il n'y avait aucune atrophie des autres muscles.
Les résultats de semblables blessures ne sont pas toujours aussi heureux: l'action des fibres musculaires supérieures étant plus ou moins abolie, celle des fibres musculaires inférieures peut être trop faible pour l'exécution des fonctions qui demeurent anéanties; des déviations entre les extrémités libres des muscles amènent la perturbation ou la perte des mouvements.
Les portions divisées d'un muscle se confondent quelquefois avec les cicatrices cutanées qu'elles tiraillent et dépriment. Mais les adhérences qui unissent les muscles aux cicatrices superficielles persistent rarement : très-souvent les muscles s'atrophient et perdent toute action.
L'atrophie des muscles, à la suite de contusions, est loin d'être rare; il en est de même de la paralysie plus ou moins complète de ces organes.
Aponévroses. — Les divisions des aponévroses se réunissent rarement exactement; la plupart du temps elles laissent entre leurs bords un écartement plus ou moins large à travers lequel les fibres musculaires sousjacentes viennent faire hernie. Les muscles peuvent se cicatriser avec les lèvres de la solution de continuité aponévrotique, et contracter des adhérences solides, qui nuisent h leur action ; dans ces cas, la hernie musculaire est persistante et se traduit par un relief qui acquiert une certaine dureté pendant la contraction. D'autres fois, les bords de la division aponévrotique se cicatrisent isolément et les muscles conservent leur mobilité; la hernie ne se produit alors que pendant la contraction musculaire; elle s'affaisse pendant le relâchement, et l'on peut sentir, à travers la peau, les contours épais de l'ouverture présentée par l'aponévrose.
(1) F. Hutin, Anatomie pathologique des cicatrices dans les différents tissus [Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1855, t. XIX).
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Les hernies musculaires ont pour résultat d'affaiblir l'action des muscles, qui ne sont plus maintenus par leur enveloppe fibreuse. On les rencontre surtout sur la face externe de la cuisse et sur la face antérieure de la jambe, et l'on remédie à leurs inconvénients par des bandages lacés en pean ou en tissu élastique, qui suppléent aux fonctions contentives des aponévroses.
Quand la destruction des aponévroses a eu lieu dans une grande étendue, les cicatrices qui en résultent sont toujours déprimées, plus ou moins adhérentes, et peuvent, selon leur étendue, apporter de la gêne dans l'exécution des fonctions.
Tendons. — Les tendons partiellement divisés se cicatrisent et présentent tantôt une échancrure en rapport avec l'étendue de la division, tantôt une tumeur fibroïde dans le lieu qu'occupait la solution de continuité. Des adhérences s'établissent entre le tendon et sa gaine ou les parties voisines elles persistent quelquefois et entravent la mobilité du tendon ; d'autres fois elles disparaissent et le tendon redevient libre. Lorsqu'un tendon a été complètement divisé en travers, sa cicatrisation diffère, suivant que ses extrémités ont été maintenues rapprochées ou sont restées écartées, suivant que la plaie est sous-culanée ou qu'elle est exposée au contact de l'air ou des topiques. Nous ne parlerons pas ici des plaies sous-cutanées des tendons faites parle chirurgien dans un but thérapeutique, et nous ne nous occuperons que des ruptures tendineuses.
Les ruptures tendineuses se réparent par première intention, si le contact des extrémités du tendon est parfaitement exact; dans le cas contraire, elles se comblent par l'intermédiaire d'une matière plastique qui forme un nodus dont la disparition se fait attendre plus ou moins longtemps et qui, à la longue, présente toutes les apparences d'une portion nouvelle de tendon.
Rapprochées par la position ou la suture, les extrémités d'un tendon coupé exposées à l'air peuvent se réunir régulièrement bout à bout; quand leur affrontement n'est pas exact, le nodus formé par le tissu fibroïde est plus considérable et persiste plus longtemps.
Quand les tendons sont blessés au voisinage de leur implantation sur les os, ils s'ossifient quelquefois dans une certaine étendue, à partir de leur insertion osseuse.
Il peut arriver que les tendons complètement ou incomplètement divisés, contractent des adhérences indestructibles avec les parties voisines, et particulièrement avec les os sur lesquels ils glissent, quand ceux-ci ont été brisés. Les tendons compris dans le cal sont alors soudés aux os d'une ma-
nière plus ou moins solide et perdent à jamais leur mobilité. On peut en voir des exemples dans les figures suivantes. Dans l'une (fig. 1M), le tendon de l'extenseur propre du gros orteil, en
partie déchiré par une balle, a contracté une adhérence solide avec le tibia fracturé. La rétraction du tissu cellulo-fibreux , consécutive à l'inflammation, a amené une déviation prononcée du pied en dedans : le gros orteil demeurait immobile dans l'extension forcée.
Dans l'autre [fig. 105), le tendon du long fléchisseur commun des orteils est compris dans le cal du tibia et du péroné, fracturés par une balle.
L'inflammation de longue durée qui a envahi le tissu cellulo-fibreux de la plante du pied et de la partie postérieure et inférieure de la jambe, a provoqué la rétraction permanente des orteils et leur flexion forcée,
Il n'est pas nécessaire que les tendons soient le siège d'une solution de continuité pour que de semblables résultats se produisent; il suffit de leur présence au milieu de . tissus enflammés chroniquement, ou suppurant pendant longtemps, pour altérer Fig. 10 4.—- Soudure du tendon de V ex- leur texture, les rendre adhérents, 'Ê^S7j:Z:\T """ " ■« englobe,-da„s une sorte de gangue (Collection de F. Hutin.) feutrée avec laquelle ils semblent faire corps , et pour déterminer des rétractions, des déviations ou des difformités incurables.
Les tendons sortent quelquefois des gaines fibreuses ou ostéo-fibreuses qui les renferment et qui assurent leur action en même temps que leur situation. Gel accident survient à la suite de l'ouverture ou de la déchirure des gaines fibreuses et constitue une véritable luxation des tendons, luxation temporaire ou permanente. Quand les parties auxquelles se distribuent les tendons sont en repos, ceux-ci conservent leur situation normale ou sont peu déplacés; quand elles viennent à entrer en action, les tendons