‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 146 sur 174 · NERFS · texte numérisé non relu

NERFS

sortent de leurs coulisses par un déplacement latéral qui s'effectue brusquement comme la détente d'un ressort et en produisant quelquefois un

FiG. 105. — Soudure du tendon du long fléchisseur commun des orteils, avec le tibia fracturé par une balle. (Collection de F. Hutin.)

bruit très-appréciable : dès que la contraction musculaire cesse, les tendons reviennent à leur situation première.

Nerfs. — Jusqu'à la fin du siècle dernier, on pensait que la cicatrice qui relie les deux bouts d'un nerf divisé était composée d'un tissu analogue à celui qui réunit toutes les autres parties molles de l'économie. Cruiskhank (1), le premier, en 4 776, parla de la reproduction des nerfs. Admise par les uns, niée par les autres, la régénération des nerfs fut établie par les expériences de Steinrueck (2) qui répéta toutes celles de ses devanciers. Postérieure-

(1) Cruiskhank, Experiments on the nerves on their reproduction [Médical facts and observations, t. VII, n° là).

(2) Carolus Otto Steinrueck, Dissertatio inauguralis physiologica de nervorum regeneratione. BeroJinr, 1838.

legouest — 2e édit. 43

67fr RÉSULTATS ÉLOIGNÉS DES BLESS. PAR ARMES DE GUERRE.

ment el de nos jours, les travaux de Waller (1), de Cl. Bernard, de Philippeaux et Vulpian semblent l'avoir définitivement démontrée, et ont mis en lumière les modifications anatomiques qui surviennent dans les nerfs à la suite de leur division. Il est admis aujourd'hui que la section d'un cordon nerveux amène progressivement dans toute l'étendue du bout périphérique une dégénérescence de la substance médullaire qui réduit le tube nerveux à la membrane de Schwannr "A la période de dégénérescence succède la période de réparation ou de régénération des fibres nerveuses : la régénération s'opère dans des conditions qui ne sont pas encore bien connues; mais elle n'en existe pas moins, et l'innervation se rétablit plus ou moins complètement et dans un temps plus ou moins long, c'est-à-dire après plusieurs mois et même après plusieurs années.

Entre les deux bouts d'un nerf divisé, qui tous deux présentent un léger renflement, s'épanche la lymphe plastique qui les réunit et dans laquelle apparaissent, après quelques jours, des fibres nerveuses de nouvelle formation, allant du bout central à l'extrémité voisine du bout périphérique. Que ces fibres nerveuses soient fournies par le bout central seul ou en même temps par le bout central et par le bout périphérique, c'est là un point de physiologie pathologique qui n'est pas encore élucidé , mais qui importe peu à la pratique.

L'intervalle qui sépare les deux bouts du nerf divisé venant à subsister, et ceux-ci restant isolés, sa régénération peut manquer, bien que les nerfs aient été dotés par Vulpian de la faculté de se régénérer, tout en étant séparés de leur centre trophique, en vertu d'une propriété autogénique. Lorsque la cicatrice qui réunit les deux bouts des nerfs se compose de tissu fibreux la régénération peut ne pas s'effectuer davantage.

Ces considérations expliquent comment à la suite de la lésion des nerfs les paralysies qui surviennent sont ou persistantes ou temporaires.

La lésion des nerfs donne lieu à un autre phénomène qui peut aussi disparaître ou persister avec une violence et une ténacité désespérante ; c'est la douleur.

La douleur provient habituellement de la déchirure ou de la section incomplète des nerfs dans les plaies récentes. Dans les plaies anciennes, que les nerfs aient été complètement ou incomplètement divisés, les douleurs sont quelquefois le résultat de la présence d'un corps étranger dans le voisinage ou dans l'intérieur du cordon nerveux, de la compression des nerfs ou de leur tiraillement par le tissu cicatriciel dans lequel ils sont englobés, par une esquille déplacée, par des végétations osseuses*

(1) Waller, Nouvelle méthode pour l'étude du système nerveux, etc. (Compte* rendus hebdomadaires de l'Académie des sciences, t. XXX1I1, p. 606, 1851).

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