NEUFS
A la suite des coups de l'eu qui donnent lieu à une suppuration prolongée et à la formation d'un tissu cicatriciel considérable, les douleurs sont très-communes; elles ont quelquefois une extrême acuité et résistent à tous les moyens employés: elles s'éteignent à la longue plutôt qu'elles ne guérissent et persistent quelquefois pendant la vie entière. Denmark (1) a rapporté l'observation d'un soldat qui, à la suite d'un coup de feu au voisinage du pli du bras, éprouva, aussitôt après la cicatrisation de cette blessure, des douleurs intolérables persistant le jour et la nuit, s'étendant du pouce et des doigts, sauf de l'annulaire et du petit doigt, à tout le bras jusqu'à la cicatrice. Il fallut recourir à l'amputation du bras. A la dissection du membre, on trouva le nerf radial doublé de volume, contracté suivant sa longueur et renfermant dans ses filets postérieurs un petit fragment de plomb qui y adhérait intimement, et qui s'était sans doute détaché de la balle quand ce projectile contourna l'humérus.
La douleur persistant à la suite de la lésion des nerfs a reçu le nom de névralgie traumatique.
La paralysie de la sensibilité et du mouvement, ou de l'une de ces deux fonctions isolément, succède habituellement à la section complète d'un nerf, et, ainsi que nous l'avons dit, peut n'être que temporaire, ou persister indéfiniment.
L'insensibilité peut être complète ou incomplète, bornée à la peau ou étendue aux muscles. La paralysie du mouvement se présente dans les mêmes conditions : tantôt la contraction musculaire n'est que diminuée ; tantôt elle est complète. Tous les muscles d'un membre ne sont pas toujours paralysés; il en résulte des déformations dans le membre en rapport avec le groupe des muscles atteints ou respectés.
Au lieu de la paralysie on rencontre quelquefois l'exagération de la con traction musculaire, comme on rencontre la douleur et l'hyperesthésie plus ou moins prononcées ou de simples fourmillements. La contraction musculaire donne lieu à des spasmes cloniques ordinairement accompagnés de névralgie. Nous avons vu un jeune enfant de troupe qui, en faisant de la gymnastique, éprouva dans le moignon de l'épaule un léger craquement suivf de douleur et de difficulté d'élever le bras. Lorsqu'il cherchait à surmonter cette difficulté, le bras s'élevait tout à coup rapidement, venait s'appliquer avec force contre l'oreille ; tandis que l'avant-bras fléchi embrassait étroitement la tête en arrière : ce spasme était accompagné d'une vive douleur dans toute la région de l'épaule et du scapulum dont les muscles étaient énergiquement contractés. Le membre ne pouvait être ramené
(1) Alex. Denmark, Example of Symptoms resembling tic douloureux from a wounded nerve (Medico-chirurgical Transactions, London, 1813, t. IV).
spontanément à sa position normale ; il fallait le dégager de la position qu'il avait prise, ce qui faisait cesser instantanément le spasme et la douleur.
Il n'est pas toujours nécessaire, pour que la paralysie se produise, qu'un tronc nerveux principal ait été divisé ; nous avons vu survenir une paralysie complète de l'avant-bras et du bras à la suite d'une saignée dans laquelle un des rameaux du nerf musculo-cutané avait été coupé.
Les contusions des nerfs peuvent aussi donner lieu à des paralysies partielles persistantes ou temporaires, à des spasmes cloniques de longue durée ou incurables. Nous avons rencontré chez un militaire qui, dans une chute de cheval, eut la jambe engagée sous l'animal et se heurta violemment la tête du péroné contre le sol, une contraction spasmodique continue des muscles longs péroniers latéraux. Le spasme musculaire n'était pas interrompu pendant le sommeil, et sa violence était telle, qu'on entendait, à petite distance, les soubresauts des tendons dans leur gaine. Rien ne put en triompher, et nous fûmes obligé de faire réformer le malade.
La lésion des nerfs donne lieu à des troubles de nutrition de la peau et des muscles ; elle apporte des modifications dans la calorification et dans les sécrétions. Le plus souvent la température des parties incomplètement innervées ou totalement privées d'innervation s'abaisse. La sécrétion de la sueur est diminuée ou supprimée ; nous l'avons vue plus souvent augmentée : la région est froide et moite. Tillaux (i) signale, d'après Crampton, le développement exagéré des poils des membres : nous n'avons jamais constaté, dans les lésions des nerfs, ce phénomène que l'on rencontre fréquemment sur les membres qui, à la suite de fractures, de tumeurs blanches, d'ulcérations, de plaies étendues, etc. , sont restés longtemps immobiles et soustraits au contact de l'air. Les ongles s'amincissent, se déforment et se courbent. dans une direction opposée à leur direction normale.
Des éruptions vésiculeuses plus ou moins tenaces alternent quelquefois avec les névralgies traumatiques (2), de même qu'on voit fréquemment le zona succéder à une névralgie intercostale. Des ulcérations peuvent succéder à ces éruptions. La peau devient plus douce, plus fine, et tantôt se colle pour ainsi dire aux parties sous-jacenles, dont elle révèle toutes les saillies; tantôt au contraire elle est molle, semble infiltrée, empâtée et donne à la région des contours arrondis et sans reliefs.
Les muscles pâlissent tout d'abord et diminuent de volume; ils s'altèrent bientôt, passent à l'état graisseux, et s'atrophient : ou bien les parties restent molles et flasques, ou bien elles se réduisent de plus en plus; les arti-
(1) Tillaux, Des affections chirurgicales des nerfs, thèse de concours. Paris, 1866.
(2) S. Weir Mitchell, George R. Morehouse and William W. Keen, Gunshot wounds and other Injuries of Nerves. Philadelphia, 1864.