MACHOIRES
très-difficiles à masquer. Nous devons à l'obligeance de Huliii, quelques dessins recueillis par lui pendant qu'il était chirurgien en chef de l'hôtel des Invalides, qui peuvent donner une idée assez exacte de ces mutilations.
La figure 111 représente le masque du sieur Prenais, dont Ribes a parlé jadis (1), et dont Hulin a donné plus lard l'observation complète (2). Blessé en 1811, à la bataille d'Albuféra (Espagne), par un biscaïen qui l'atteignit à la face, en fracassant le menton, Frenais est mort le h juin 1850. On n'apercevait plus chez lui aucune trace de l'os maxillaire inférieur; mais, en portant les doigts sur les côtés du pharynx, dans la direction de l'arcade dentaire supérieure, on reconnaissait les apophyses coronoïdes, et à peu près six lignes de l'extrémité temporale des branches de la mâchoire. La langue avait perdu un tiers de sa longueur; elle était rétractée sur l'os hyoïde, et offrait plus d'épaisseur que dans l'état naturel; mais elle était libre, néanmoins, au-dessus et au devant du laryn^x. La déglutition était assez facile; l'articulation des sons impossible, sans la pièce prothétique portée par le blessé.
La figure 112 est le dessin du masque du nommé Louis, blessé au siège de la citadelle d'Anvers, en 1832, par un éclat de bombe, et dont l'histoire a été rappelée par H. Larrey(3). Ce sujet avait perdu la presque totalité du maxillaire inférieur, dont il ne conservait, à gauche, que le bord postérieur de la branche montante, l'apophyse coronoïde et le condyle; à droite, toute la branche montante. La langue retombait lourdement au devant du larynx. Le sens du goût était conservé; l'articulation des sons facile poulies voyelles et difficile pour les consonnes. L'alimentation s'exécutait au moyen d'un vase muni d'un long bec. La salive s'écoulait au dehors en
Fig. 111. — Ablation du corps du maxillaire inférieur par un coup de canon. (Collection de Hutin.)
(1) Ribes, Dictionnaire des sciences médicales , t. XXIX, p. 424.
(2) Hutin, Bulletin de l'Académie de médecine, 1843, t. VI, p. 5^9.
(3) H. Larrey, Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'Anvers {Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, t. XXXIV, 2e série).
grande quantité; néanmoins la nutrition n'en souffrait pas, et le malade avait de l'embonpoint. Un artiste d'Anvers, nommé Versghuylen, construisit pour ce mutilé une mâchoire d'argent, qui lui servit uniquement ,à masquer sa difformité.
FiG. 112, — Ablation du maxillaire inférieur par un éclatde bombe.
(Collection de Hutin.)
André Maurel (fig. 113) reçut, le 3 décembre 1800, à Hohenlinden, un coup de mitraille qui lui frappa obliquement la face, fractura les os propres du nez, le corps et les apophyses montantes du maxillaire inférieur. Extraction immédiate de plus de cent os brisés. Au bout de trois mois et demi, toutes les plaies étaient cicatrisées; mais le blessé n'avait plus ni nez ni menton, Il a, à la place du nez, un trou qui admet le passage du petit doigt; il remplace son menton par une cravate haute et épaisse. Il entre aux Invalides tourmenté par l'idée de se suicider; Sabatier lui fait faire un nez et un menton avec une plaque pour supporter la langue; il quitte l'hôtel et y rentre trente ans après. Examiné par Hutin en 1845, il affirme que sa langue ne s'est jamais rétractée.
Sur la ligne médiane de la face, cicatrice solide, régulière, rayonnée et linéaire; à la place du nez qu'elle remplace, elle est tendue, sans relief: au-dessous, un trou de 2 millimètres 1/2 de diamètre, vestige de l'ouverture antérieure des fosses nasales ; — cloison conservée ainsi que la voûle palatine; — perte de quelques dents, entre autres des incisives moyennes, — La partie inférieure de la joue avait été emportée avec la mâchoire inférieure: la langue adhérait par sa face inférieure à la partie antérieure du cou sur l'hyoïde; les plaies des régions latérales s'étaient cicatrisées avec la portion inférieure des joues; peu de rides et de sillons latéraux; peu de