TRAITEMENT : PANSEMENTS
façon à permettre aux parties d'éprouver, sans obstacle et sans constriclion, le gonflement dont elles sont le siège à la suite de toute division. Assez nombreuses pour assurer la solidité du pansement, elles doivent être légères et dégagées de toute chose inutile. Les bandages pleins et les bandages de Mayor, fixés par des épingles au lieu de l'être par des nœuds, réunissent en général les conditions désirables de rapidité d'application, de solidité et de légèreté. Les pansements trop légers ne maintiennent pas toujours les parties à une température suffisamment élevée : pour obvier à cet inconvénient, nous faisons usage de feuilles de coton cardé, qui, appliquées par dessus les pièces d'appareil immédiatement en contact avec la plaie et maintenues par une simple compresse, constituent un pansement léger et chaud en même temps que doué d'une élasticité et d'une mollesse convenables.
Avant de lever le premier appareil des plaies qui doivent suppurer, il convient d'attendre que le pus soit formé, à moins que la constriction exercée sur les parties tuméfiées par l'appareil, sa dessiccation, la dureté des pièces qui le composent et la compression douloureuse qui en résulte n'obligent à panser plus tôt le malade. Afin d'éviter les tiraillements et les froissements douloureux des plaies, la levée du premier appareil doit être faite avec les plus grands ménagements; les même précautions doivent toujours présider aux pansements consécutifs, quels qu'ils soient.
Les chirurgiens des ambulances et des hôpitaux, où l'air est toujours plus ou moins altéré par le grand nombre des malades, où la température est souvent froide et l'atmosphère agitée, doivent apporter le plus grand soin à ne pas laisser les plaies trop longtemps découvertes : aussi convientil que toutes les pièces qui composent le pansement soient préparées à l'avance, afin qu'elles puissent remplacer immédiatement celles qui sont enlevées. A l'armée, comme dans les hôpitaux, l'usage des éponges doit être proscrit dans les soins de propreté des plaies ; les éponges s'imprègnent facilement des souillures antérieures et sont avantageusement remplacées par des lambeaux de linge ou par de petites compresses qui, changées à chaque pansement et pour chaque malade, ne peuvent transmettre, comme les premières, quelque affection épidémique ou contagieuse.
Les pansements ne doivent être renouvelés que rarement. Nous voudrions que ce précepte fût adopté par tous les chirurgiens d'armée. Il est important, au point de vue de l'exécution du service, qu'il simplifie et rend moins fatigant ; il ne l'est pas moins au point de vue de la thérapeutique. Les pansements rares ont l'avantage de laisser les malades dans le repos dont ils ont besoin, d'éviter l'irritation des plaies et la déchirure de leurs bords, de les exposer moins souvent au contact de l'air et de les lais-
ser plus longtemps sous l'influence des topiques médicamenteux, de les mettre à l'abri d'hémorrhagies et de dégénérescences.
Les pansements doivent être assez souvent répétés pour que les matières sécrétées n'incommodent pas les malades par leur mauvaise odeur, ne deviennent pas irritantes pour les plaies par leur abondance et leur âcreté, n'exposent pas, par leur rétention sous les pièces d'appareil, aux fusées du pus ou à des accidents d'infection purulente ; pour que le chirurgien puisse suivre les changements qui surviennent dans les plaies et en saisir les indications : hormis ces cas, on se trouve toujours très-bien de ne panser les plaies que le plus rarement possible.
Les pansements durs, mal faits ou trop souvent renouvelés, retardent fréquemment la cicatrisation des plaies : ils déterminent souvent un excès d'inflammation qui peut se terminer par la gangrène : ils provoquent des hëmorrhagies capillaires qui affaiblissent les blessés; des phlébites qui exposent les malades aux plus redoutables accidents; une dégénérescence pulpeuse des plaies, analogue à la pourriture d'hôpital; ou des callosités qui s'opposent à la marche régulière des phénomènes de la cicatrisation.
Des causes qui peuvent retarder, la cicatrisation des plaies. — Quelques circonstances inhérentes aux blessés ou aux plaies elles-mêmes peuvent en entraver la guérison; tels sont : l'amincissement des bords de la plaie, résultant de la destruction du tissu cellulaire sous- cutané; la végétation trop active des bourgeons charnus qui, dépassant les tissus environnants, ne peuvent se transformer en cicatrice ; l'atonie des parties divisées ; la dilatation variqueuse des veines voisines ; le scorbut; la syphilis; la gale et en général toutes les maladies de la peau. Ces dernières affections, la syphilis et les maladies de la peau, doivent particulièrement être recherchées chez les soldats qui, le plus souvent, peu soucieux des soins de propreté, couchant journellement en route et en campagne dans des gîtes nouveaux ou abandonnés la veille par d'autres troupes, et s'exposant fréquemment à tous les genres de contagion, en sont trop souvent atteints. Il faut encore ne pas ignorer que l'intempérance, les aliments grossiers ou quelquefois de mauvaise qualité, les privations et les fatigues déterminent très-souvent chez les militaires un état saburral des premières voies et une irritation des organes digestifs qui exercent une fâcheuse influence sur la marche des plaies. Il nous suffit de signaler ces différentes causes de retard ou d'empêchement à la cicatrisation des plaies, pour en indiquer implicitement le remède.
Complications des plaies par Instruments tranchants. — Les plaies par instruments tranchants peuvent présenter tous les accidents signalés comme complication des plaies en général, tels que l'inflammation,