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NOMENCLATURE DES OBJETS CONTENUS DANS UNE PAIRE DE CANTINES MÉDICALES

Cantine n° 1. — Boite ù médicaments.

kilogr.

Agaric de chêne 0,075

Acide acétique à 10° 0,100

Acétate de plomb crisLallisé 0,100

Alcool camphré • 1,000

Chloroforme 0,150

Cire jaune 0,100

Éther sulfurique alcoolisé 0,100

Extrait de réglisse pur 1,000

Extrait d'opium en pilules 0,0125

Émétique pulvérisé 0,010

Feuilles de thé ' 0,100

Mélange pour vin cordial 0,200

Perchlorure de fer en solution à 30° 0,200

Poudre de colophane 0,060

Poudre d'ipécacuanha 0,050

Protochlorure de mercure à la vapeur 0,025

Pilules de sulfate de quinine 0,050

Percaline agglutinative (bandes) nombre. Il

Étuis cylindriques de fer-blanc pour pilules ........ — 5

— — pour extrait d'opium . — 1

Bouchons de liège de rechange — 10

Façons, ouverture ordinaire, non bouchés, de 25 c. . — 6

— — — de 12 c. .. — 8

Flacons, large ouverture, — de 12 c. . . — 2

Boîtes d'appareils carrées avec couvercle . — 3

Sur le dessus de la cantine.

/Bandages de corps 5 \

\ — triangulaires 1 i

Grand linge. . < Suspensoirs , 1 )■ 3,200

/ Écharpes 5

\ Draps »

Petit linge ( Compresses assorties 3,500

à pansement. ( — fenêtrées. . . 0,900

Tiroir moyen .

Bandes roulées . . . 3,900

Charpie de fil comprimée, ..,...., 2,000

Appareils.

kiloçr.

Cérat simple 0,250

Azotate d'argent fondu 0,005

Perchlorure de fer en solution à 30° 0,030

Alcoolé d'extrait d'opium 0,030

Acide acétique à l()o. , 0,030

Sparadrap de diachylon 0,250

Agaric de chêne 0,025

Bandes roulées 1,100

Petit linge en compresses assorties ... 1,100

Charpie de fil ordinaire 0,500

Fil à coudre 0,100

Seringue à injections en étain nombre. 2

Éponges — 2

Boîte d'appareil carrée avec couvercle . — 1

Flacons carrés, petits, bouchés à l'émeri, pour appareils — à

Petit tiroir.

Bougies stéariques 0,500

Ficelle fine 0,500

Ruban de fil 0,125

Aiguilles nomb. 20

Bougeoir — 1

Crayons — à

Étui à aiguilles — \

Sur le dessus de la cantine.

'Randages de corps 5

— triangulaires 2

Grand linge. . { Écharpes 2 } 3,200

Suspensoirs . 5

^Draps »

Petit linge ( Compresses assorties . 7,600

à pansement. ( — fenêtrées 0,900

Gobelets de fer battu, de 1/4 de litre . nombre. 3

Pots à tisane de fer battu, de 1 litre — 3

Ruban de fil 0,125

Attelles pour bandages à fractures de bras et d'avantbras nombre. . 8

Attelles articulées pour bandages à fractures de cuisses . nombre 4

— — de jambes. — k

— Équerres-semelles: — 2

— Palettes palmaires — 4

Tiroir de gauche.

kilogr.

Bandes roulées '. 7,000

Tiroir de droite.

Bandes roulées 3,600

Charpie de fil comprimée . . 3,000

Instruments de chirurgie. — La boîte n° 3 est ainsi composée ;

Boîte n° 3.

Aiguilles à sutures 8

Bistouris convexes à coulant, de D. J. Larrey 2

— droits mousses à coulant, de D. J. Larrey .... A

Bistouri étroit pour la désarticulation des phalanges 1

— pointe au milieu, à coulant, de D. J. Larrey 1

Boîte dé pâte minérale . . ±

— en gaînerie pour mettre les aiguilles à sutures 1

Brosse plate , 1

Ciseaux à branches serrées en acier fondu, à tenon rivé carré 1 i

Couteau à désarticulation, deD. J. Larrey; long., 0m,115, poliblanc. 1 Couteau à un tranchant, pointe au milieu; longueur, 0m, 160, poli

blanc :', 1

Couteau à un tranchant, pointe au milieu ; longueur, 0m,205, poli

blanc. . ... ! 1

Couteau interosseux, de D. J. Larrey; longueur, 0m,130, poli blanc. 1

Cuir à rasoir 1

Élévatoire avec rugine d'un bout, taillé en lime du côté plat . 4

Épingles disposées pour sutures 50

Pelote compressive, de D. J. Larrey 1

Pince à torsion, à verrou démontant 1

— ordinaire , taillée en lime 1

— tire-balle pour esquilles et polypes, à tenon carré rivé et à point

d'arrêt 1

Scie à manche, plate semelle, avec trois lames dont une étroite 1

Sondes courbes de gomme élastique, avec mandrin (yeux dans le

tissu), première qualité 2

Tire-fond avec sa canule conductrice . . . 1

Tourniquet à vis, deux pelottes, quatre rouleaux ... 1

Tréphine avec couronne et curseur 1

Cette boîte n'est fournie aux infirmeries régimentaires qu'à titre de prêt pour le service des hôpitaux, et doit, à la fin de la campagne, être réintégrée dans un établissement hospitalier : son utilité est très-contestable; la trousse des sacs et sacoches d'ambulance doit suffire au service des chirurgiens des corps de troupes.

Les cantines sont par paires ; une paire de cantines est affectée à chaque bataillon d'infanterie, et à deux escadrons de cavalerie : elles sont transportées sur des mulets de bât ou sur des voitures. Leur transport par voitures a été arrêté en principe, par décret impérial du 21 janvier 1860, excepté en Algérie et dans les contrées où les opérations nilitaires nécessitent l'usage des mulets de bât.

Sac d'ambulance. — Le sac d'ambulance est conforme, pour l'extérieur, au sac de l'infanterie ; il est porté de la même manière par un soldat porte-sac. Chaque bataillon est muni d'un sac d'ambulance.

Il renferme :

Dénomination des objets.

kilogr.

Agaric de chêne amadouvier ... 0,025

Cire jaune 0,006

Ammoniaque liquide 0,030

Émétique pulvérisé 0,030

Chloroforme 0,040

Éther sulfurique alcoolisé 0,030

Alcoolé de camphre < 0,120

Cérat simple 0,060

Hydrolé de perchlorure de fer 0,050

Laudanum de Svdenham 0^030

Bouchons de liège nombre. 8

Bandes roulées 0,730

Grand linge à pansement 0,165

Petit linge à pansement 0,570

Charpie de fil. . 0,500

Coton cardé et ouate 0,500

Éponges fines 0,005

Allumettes amorphes boîte. 1

Bougies diverses 0,050

Étui à aiguilles nombre, 1

kilogr.

Fil à coudre 0,010

Attelles eu bois nombre. 5

Attelles métalliques avec liens — à

Flacons, large ouverture, en verre blanc, non bouchés,

de 6 cent — 2

Flacon, ouverture ordinaire, bouché à l'émeri — 1

— carrés, petits, pour appareil — 4

Pot à onguent en étain, avec couvercle vissé — 1

Lampe à alcool en fer-blanc — 1

Gobelet de fer battu et couvercle — 1

Tire-bouchon. — 1

Boîte de chirurgie contenant :

Aiguilles à sutures trempées 6

Bistouris, manche en corne (modèle Charrière) 2

Cocteau à désarticulation, de D. J. Larrey 1

Couteau de 0m,175 1

Clef de Garengeot, avec quatre crochets , 1

Crochet de de Graefe , avec éponge 1

Ciseaux forts coudés de Vézien 1

Épingles disposées pour sutura , 50

Manche pour clef de Garengeot 1

Pince tire-balle 1

Pince à artères ; . 1

Pince à torsion 1

Pelote compressive de D. J. Larey 1

Serres-fines en argent „ 6

' Scie avec lame de rechange , 1

Sonde d'homme en argent 1

Sonde exploratrice en étain 1

Sonde œsophagienne en gomme 1

Tourniquet avec pelote .... i

Sacoches d'ambulance. — Elles renferment les mêmes objets que le sac d'ambulance; elles sont destinées aux corps de cavalerie, à raison d'une paire par deux escadrons ; elles sont doubles, placées sur le cheval d'un cavalier et pendent de chaque côté de la selle. Jadis elles étaient attachées au troussequin ; quelques-unes, aujourd'hui, sont attachées à l'arçon antérieur : dans l'un et l'autre cas, elles sont fixées par un surfaix.

Les objets sont répartis dans les sacoches de façon à donner le même poids à chacune d'elles. Néanmoins elles fatiguent beaucoup le cheval qui les porte, et leur contenu se détériore rapidement par le battement contre les flancs de l'animal et par les secousses qui leur sont imprimées.

7Zi6 DU SERVICE DE SANTÉ EN CAMPAGNE.

Outre ces ressources chirurgicales, chaque médecin doit avoir ses instruments particuliers renfermés dans une trousse qu'il porte, soit dans sa giberne, ce qui est fort incommode, soit dans une des fontes de la selle; la fonte gauche est la plus propre à cet usage : nous avons toujours en soin de faire faire des fontes carrées, assez grandes pour contenir une certaine quantité de linge, en même temps que la trousse, un flacon d'éthersulfurique, et un autre de perchlorure de fer.

La giberne et la trousse garnie (Modèle type — Boîte n° 30 de la nomenclature 1859) renferment les instruments suivants :

k aiguilles à sutures.

1 bistouri convexe (modèle Charrière).

1 • — droit, manche en corne noire (id.).

1 — mousse ou boutonné (id.).

1 paire de ciseaux courbes sur le plat, à tenon.

1 — droits, à tenon.

h lancettes, châsse en corne noire.

1 pince à artères.

1 — à pansement, croisée, à point d'arrêt (modèle Charrière).

1 porte-mèche.

1 porle-pierre en argent, étui en corne.

i rasoir, châsse en corne noire.

1 sonde cannelée ordinaire, en argent.

1 — pour homme et femme, en argent.

1 spatule trempée en acier.

1 stylet aiguillé fin en argent

1 — en argent cannelé.

Trousse vide garnie de soie (modèle Charrière).

Giberne renfermant le tout.

Cette trousse et ces instruments sont d'un modèle trop petit; ils suffisent néanmoins aux pansements ordinaires.

Moyens de transport. — Le transport des blessés comprend plusieurs phases : la première consiste clans le transport des blessés du champ de bataille même à l'ambulance la plus voisine ; la seconde dans le transport des blessés de l'ambulance du champ de bataille aux établissements hospitaliers situés en arrière de l'armée.

Les moyens de transport réguliers des blessés, du champ de bataille à l'ambulance, sont réunis dans les ambulances, ils comprennent : 1° des brancards ; 2° des mulets de litières et de cacolets;. 3° des voitures diverses. Le transport des malades et blessés des ambulances aux établissements

MOYENS DE TRANSPORT DES RLESSÉS. 1U1

situés en arrière de l'armée, s'effectue à l'aide de voitures, par voies ordinaires ou par voies ferrées.

Brancards. — Les brancards sont surtout destinés à enlever les blessés t du champ de bataille ; ils doivent être solides, légers, simples, pouvoir se rouler ou se replier sous un petit volume, afin d'être placés en grand nombre dans les voitures de matériel ; il est indispensable que toutes les pièces qui les composent soient retenues les unes aux autres d'une manière fixe, afin qu'aucune d'elles ne s'égare.

Les brancards généralement usités sont des brancards à bras ; depuis un certain nombre d'années des brancards montés sur des roues ont été introduits dans les ambulances de quelques armées étrangères.

Brancards à bras. — Il est difficile de trouver un bon modèle de brancard à bras pour le champ de bataille, attendu qu'on réclame de cet appareil une condition incompatible avec les conditions que nous avons précédemment signalées, à savoir : la possibilité de servir de couchette au blessé, que le brancard soit suspendu, ou qu'il repose sur le sol ou sur le plancher d'une voiture. Pour qu'un brancard suspendu puisse servir de couchette, il est nécessaire de fixer solidement aux hampes les traverses qui complètent le cadre, et d'élever l'extrémité correspondant à la tête du malade plus que celle qui correspond aux pieds. Afin d'élever du sol le fond d'un brancard-couchette, il faut absolument y adapter des pieds, qui, s'ils sont courts ne rendent qu'imparfaitement, sur un sol inégal, le service qu'on en attend; s'ils sont longs, ils sont d'autant plus fragiles, et l'un d'eux venant à manquer, la stabilité de l'appareil se trouve compromise.

Les brancards de champ de bataille ne comportent pas ces perfectionnements qui ne sont réalisés qu'au détriment de la légèreté et de la solidité de l'appareil, en même temps que de la réduction de son volume.

Le brancard adopté pour nos ambulances ne réunit pas toutes les conditions d'un bon brancard de champ de bataille. Il se compose de deux hampes indépendantes en bois de frêne; d'une toile solide figurant un carré allongé et présentant le long de ses grands bords une coulisse dans laquelle on engage les hampes; ses extrémités supportent deux traverses fixes, en bois, garnies à chaque bout d'un anneau par lequel on fait passer la hampe avant de l'engager dans la coulisse du fond du brancard ; le tout est consolidé par quelques courroies à boucles, et complété par des bretelles en cuir pour les porteurs (fig. 126).

Ce brancard est replié, les hampes, les traverses et les bretelles roulés dans la toile, et placé en plus ou moins grand nombre sur des voitures, pour s être donné et monté au moment opportun.

Il se rapproche beaucoup, comme on peut le voir, de celui que

IkS

Percy avait proposé de donner à ses soldats brancardiers (fig. 127). Les hampes du brancard de Percy sont en bois de sapin et servent tour à tour de bras au brancard ou de hampes pour un fer de lance qui tient lieu de sabre au brancardier. Les traverses faites de bois de noyer, percées de trous pour recevoir les extrémités des hampes, sont terminées par des pieds qui élèvent le brancard à dix pouces de terre. Le fond du brancard présente sur ses deux grands côtés une coulisse dans laquelle les hampes sont engagées; il peut être séparé par le milieu dans le sens de sa longueur et réuni au

Fig. 126. — Brancards .

A, brancard monté. — B, hampes du brancard. — C, traverse.

moment du besoin par un lacet passé dans les œillets perces sur le bord opposé à la coulisse.

Un brancardier porte en équipement, une moitié de brancard composée d'une hampe, d'une traverse et de la moitié de la toile; et l'équipement réuni de deux brancardiers forme un brancard. On a fait à cette disposition le reproche de rendre un brancardier isolé inutile; ce n'est pas absolument ju.ile, attendu quedeux hommes au moins sont indispensables pour porter un ' rancard, et que dans le système proposé par Percy, les brancardiers ne devaient pas fonctionner isolément.

Le modèle de brancard dont nous avons donné la figure (fig. 126), n'est pas le seul modèle de nos ambulances ; il en est très-heureusement de plus simples bien qu'ils ne soient pas réglementaires. D'ailleurs l'emploi des brancards de champ de bataille est toujours de courte durée, puisqu'ils ne doivent servir qu'à transporter les blessés du lieu du combat à l'ambulance la plus voisine. En voulant bien se borner à réclamer d'un brancard de champ de bataille

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSÉS

le service restreint qu'il doit rendre, on construirait facilement un modèle réunissant tontes les conditions que nous avons indiquées. Il consisterait en deux hampes de bois clouées sur le fond fait en toile de coton ; chacune

FiG. 127. — Brancardiers.

a. Brancardier équipé et armé. Une des traverses du brancard est portée sur le sac ; moitié de la sangle du brancard est vue roulée autour de la ceinture ; le fourreau recevant le fer de la lance, quand cette dernière est employée comme un des bâtons du brancard, se voit au côté du soldat. — b. Le même brancardier, vu de dos. La façon dont les pieds de la traverse entrent dans les gaines de cuir aux côtés du sac se voit ici. — c. Une traverse séparée du sac.

des hampes porterait auprès de son extrémité une traverse en fer rond, articulée par un double anneau et se fixant à la hampe opposée par un crochet. Ce brancard, dont nous avons vu quelques modèles, présente la simplicité la plus grande ; il se roule avec facilité, se monte avec une égale rapidité, et ne pèse que 8 ou 10 kilogrammes.

Les hommes qui transportent les blessés sur un brancard doivent être, autant que possible, de la même taille; ils doivent marcher d'un pas égal, régulier et modérément cadencé, afin de ne pas communiquer de secousses aux blessés; quand ils sont de taille inégale, le plus petit doit se mettre du côté des pieds du malade; quand ils gravissent un plan fortement incliné ou qu'ils montent un escalier, ils font passer la tète du blessé devant ; quand ils descendent, au contraire, ce sont les pieds du malade qu'ils font passer les premiers.

Le nombre des brancards contenus dans les caissons est tout à fait insuffisant: il a été porté à 50 pour l'ambulance du grand quartier général, à U0 pour l'ambulance d'une division d'infanterie, à 20 pour l'ambulance d'une division de cavalerie, et à 6 pour l'ambulance du parc de réserve d'artillerie ; les brancards surajoutés sont roulés en faisceau et transportés par des mulets de bât.

Le transport à bras des blessés sur des brancards exige un nombre considérable de porteurs ; il ne peut être de longue durée et, toujours limité au champ de bataille, il n'est employé dans d'autres circonstances que très- exceptionnellement.

Les brancards à roues, pouvant être conduits sans beaucoup de fatigue par un seul homme, ont été mis en usage pour parer à cet inconvénient d'affecter nécessairement un certain nombre de porteurs à un seul brancard à bras, lorsque la distance à parcourir est un peu longue. C'est à la Prusse qu'appartient l'initiative du transport des malades et des blessés à l'armée sur des brancards à roues c, elle s'en est servie, dit-on, avec grand avantage pendant la guerre des duchés de l'Elbe ; cependant elle ne paraît pas en avoir continué l'usage pendant la dernière guerre de 1870-71. Il y a quelques années nous avons été envoyé à Heidelberg pour visiter la fabrique d'appareils de secours aux malades et blessés de M. Fischer, où nous avons examiné plusieurs modèles de brancards à roues : membre de la commission militaire de l'Exposition universelle de 1867, nous avons pu voir et étudier tous les modèles qu'avaient exposés les puissances étrangères et les sociétés de secours de divers pays.

Parmi le grand nombre de brancards à roues que nous avons décrits dans notre rapport (1), le plus simple nous paraît être le brancard à roues

(1) Rapport de la commission militaire sur l'exposition universelle de 1867. ~ Paris, Imprimerie impériale, 1868, p. 25.

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSÉS

de Gablenz, fabriqué par M. Fischer (de Heidelberg). Il consiste en un cadre, dont une moitié, celle qui supporte les poignées, est en bois et l'autre en fer; le fond est formé par une toile lacée sur le cadre. II est garni de sangles pour fixer le blessé, d'un coussinet en varech pour reposer sa tête, et, à l'occasion, d'une capote mobile en toile pour la protéger.

Deux ressorts en acier, adaptés par une de leurs extrémités à la portion en bois du cadre du brancard, suspendent celui-ci sur l'essieu, et s'articulent avec ce dernier par leur autre extrémité, à l'aide d'une mortaise et d'une clavette, dans toutes les positions qu'il peut prendre.

Le diamètre des roues est petit, la largeur des bandages assez grande (fig. 128).

Les deux parties du cadre du brancard se replient l'une sur l'autre, celle de fer sur celle de bois ; et les roues démontées, sont posées à plat sur l'appareil pour permettre l'emballage et le transport dans des voitures (fig. 129).

Tous les brancards à roues sont construits sur le même principe, à l'exception du brancard Gauvin, qui, portant avec lui ses ressorts de sus-

FiG. 128.

Brancard à roues de Gablenz.

pension, peut par conséquent être placé, chargé d'un malade, sur une voiture quelconque après avoir été enlevé de ses propres roues.

Une commission dont nous avions l'honneur de faire partie, s'est livrée à un examen approfondi des brancards à roues conduits dans les rues de Paris, et placés dans des wagons de marchandises du chemin de fer de

Versailles ; elle est arrivée à cette conclusion que l'avantage presque exclusif des brancards à roues se borne à n'exiger qu'un seul homme pour le transport d'un malade ou d'un blessé, avantage considérable, il est vrai, mais effacé par de nombreux inconvénients.

Ces appareils, en effet, présentent peu de solidité, sont tous plus ou moins difficiles à charger d'un malade et à plus forte raison d'un blessé, et néces-

Fig. 129. — Brancard de Gablenz replié et dû posé pour être transporté.

sitent pour cet objet le concours de plusieurs personnes. Ils n'ont aucune stabilité, malgré les chambrières dont ils sont munis. Ceux qui ont des roues de petit diamètre communiquent de rudes secousses aux hommes transportés ; ceux qui ont de grandes roues sont très-difficiles à enlever de leur essieu et surtout à replacer chargés; ils sont tous d'un agencement compliqué et d'un poids considérable ; enfin ils sont encombrants, les uns ne pouvant être séparés de l'essieu, les autres bien que démontés ne pouvant, même les plus simples, être placés en grand nombre sur les voitures de matériel jusqu'au moment de leur mise en service. Ils peuvent néammoins être utilisés dans un siège, dans les camps de manœuvre, sur de bonnes routes, peut-être même en garnison dans de grandes villes, où l'éloignement * des casernes et des hôpitaux exige plusieurs relais de porteurs pour transporter un malade sur un brancard ordinaire.

Cacolets et litières. —La France, jusqu'à présent, paraît être la seule puissance militaire qui ait employé d'une man.ère systématique et suivie les cacolets et les litières placés sur des mulets, au transport des malades et blessés. Les cacolets et les litières sont des fauteuils {fig. 130) et des couchettes en fer {fig. 131) disposés de façon à pouvoir être accrochés aux bâts des mulets: les cacolets sont accouplés par paire et peuvent indifféremment être placés à gauche ou à droite du bât ; les litières, appariées de même, sont distinguées en litière de droite et litière de gauche. Les litières anciennes, telles que celle que nous avons fait représenter {(ig.AZÏ), ne se replient pas totalement sur elles-mêmes, tandis que les cacolets, composés de lamelles

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSÉS

de fer articulées à charnière, peuvent se replier et s'appliquer sur les flancs du bât : les litières nouvelles se replient comme les cacolets. Celle disposition est avantageuse, en ce qu'elle permet de mettre au besoin toute espèce de chargement sur des bâts munis de litières ou de cacolets repliés; elle doit cependant éveiller l'attention des médecins, qui s'assureront que les mulets de cacolets et de litières de service à l'ambulance ne portent aucune charge, et peuvent être mis librement et immédiatement à la disposition des malades et des blessés.

Les blessés sont assis sur les cacolets (fig. 13i) et couchés dans les litières (fig. 132) : ceux qui sont atteints de fractures des membres in- FlG- 130. — Cucolet déployé.

férieurs ou qui ne peuvent se tenir assis, sont placés dans les litières., la tète

Fig. 131. — Litière reployée.

dirigée en avant et les pieds en arrière (fig. 133); ceux qui peuvent être mis

LEGOUEST. — 2e édit. 48

sur les cacolels, sont maintenus par une ceinture de cuir et assis, le visage

FiG. 132.

Litière déployée, garnie d'un rideau, d'oreillers, et chargée.

tourné du côté de la tête du mulet (fig. 13Zt). Les mulets sont accouplés par deux, l'un au devant de l'autre, au moyen d'une chaîne ; le premier mulet est conduit par la bride par un soldat du train à pied. Il importe que la charge du mulet soit égale des deux côtés et bien équilibrée ; d'une

Fig. 133. — Mulet de litières chargé et conduit en main par un infirmier

militaire.

part les blessés sont beaucoup plus doucement transportés, de l'autre

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSES

l'animal ne risque pas d'être blessé par le bât et mis hors (Te service pendant un certain temps.

Les mulets de litières et de cacolets varient en nombre suivant l'importance de l'ambulance à laquelle ils appartiennent.

Ce moyen de transport, bien qu'assez rude, présente les avantages

Fie. 134. — Mulet de cacolets chargé et conduit en main par un soldat du tram . des équipages militaires.

suivants : la possibilité de faire passer les mulets partout, d'aller relever

les blessés jusqu'au milieu des combattants, de n'employer qu'un seul conducteur et deux bêtes de somme pour transporter quatre hommes.

Voitures. — Nous avons dit précédemment quel était le nombre de caissons affectés à chaque division; nous n'y reviendrons pas à propos des moyens de transport, attendu que les caissons employés au matériel ne peuvent être généralement mis en usage pour le transport des blessés. Cependant quelques-uns sont construits pour cette double destination, suspendus sur des ressorts et disposés intérieurement de manière à former, par le dédoublement de leurs parois latérales, deux longues banquettes allant d'une extrémité à l'autre de la voiture. Mais, ou les caissons chargés de leur matériel ne sont pas disponibles, ou lé matériel dont on les décharge devra être transporté sur d'autres voitures moins bien appropriées à cet usage et tout aussi propres que les caissons au transport des blessés : ce n'est donc que d'une façon tout exceptionnelle qu'on y aura recours. — Les voitures du train des équipages, dont les unes consistent en

Fig. 135. — Hauteur d'un côté d'une voiture d'ambulance anglaise (modèle officiel).

a. Corbeille pour les sacs. — h. Courroies pour les fusils. — c. Baril à eau. — d. Seau à eau. — e. Tablier de cuir. — /'. Pot d'étain pour graisse. — g. Échelle. — h. Ressorts de suspension en caoutchouc. — i. Siégé avec dossier.

une caisse à parois pleines posée sur le train {prolonges) et les autres simplement en des échelles {fourragères) conviennent mieux que les caissons pour le transport des malades et blessés, bien que ni les unes ni les autres ne soient suspendues sur des ressorts;

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSÉS

Nous ne possédons pas encore un modèle arrêté de voilures convenables pour transporter les malades et les blessés. Cette partie du matériel du service des ambulances nous semble avoir perdu l'importance qu'elle avait jadis, alors que les malades et blessés étaient transportés sur les routes ordinaires pendant plusieursjours ou pendant plusieurs semaines : les voies ferrées s'étendant et se complétant chaque jour en Europe, restreindront de plus en plus l'usage des voitures pour le transport des malades et des blessés à des trajets de courte durée, mais probablement très-multipliés, tels que ceux du champ de bataille à l'ambulance la plus voisine, de celle-ci à des ambulances ou à des hôpitaux temporaires peu éloignés, aux gares de chemins de fer ou aux embarcadères de bateaux à vapeur.

La voiture adoptée pour le transport des malades et blessés dans l'armée anglaise (fi g. 135), que l'on a pu voir à l'Exposition universelle de 1867, donne l'idée des lourds véhicules considérés comme nécessaires à ce service, sous l'empire des souvenirs laissés par les guerres de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci. Cette voiture, bien que suspendue sur des ressorts, est un véritable chariot, dont la construction cyclopéenne aussi lourde que disgracieuse présente cependant quelques particularités intéressantes. Une simple toile tendue sur des cerceaux très-évasés par en haut, s'abaisse en auvent, à l'avant et à l'arrière de la voiture, pour en protéger l'intérieur qui est libre et ouvert d'un bout à l'autre. Sur le fond du chariot qui n'est élevé au-dessus du sol que de.90centimètres, sont deux brancardscouchettes, mobilessurdes rouleaux. Un siège en bois, mobile et suspendu aux ridelles par des courroies, peut être reculé ou avancé sur toute l'étendue de la voiture. La partie postérieure du chariot s'ouvre de haut en bas et

Fig. 136. — Plan inférieur delà voiture d'ambulance anglaise (modèle officiel).

permet de s'asseoir sur le fond de la voiture en tournant le dos aux chevaux (fig. 136).

Cette voiture peut transporter huit blessés : trois sont assis en avant sur le siège mobile, trois à l'arrière sur le fond du chariot, deux sont couchés sur les brancards.

Si l'on compare cette voiture à celles qui ont été construites pour le même objet en Amérique, notamment avec la voiture Howard, on est frappé de la supériorité de ces dernières.

La voiture Howard est une voiture à quatre roues suspendue sur trois ressorts en demi-pince, l'un sur l'avant-train, disposé parallèlement à l'essieu, les deux autres sur l'arrière-train, disposés perpendiculairement à l'essieu. La caisse, haute de 60 centimètres, large de lm,28 et longue de 2m,^0, a son fond élevé de 87 centimètres au-dessus du sol.

Fig. 137. — Vue générale de la voiture Howard pour le transport des blessés.

1. Dossier mobile en cuir pour siège du milieu. — 2. Fausset du réservoir à eau. — 3. Litière à poignées tirée un peu en dehors, sur petits cylindres d'acier disposés dans le plancher du compartiment pour litières. — 6. Brancards portés en dehors. — 7. Courroies pour placer les fusils.

La voiture tout entière, longue de 3 mètres, est couverte d'une toile de coton tendue sur quatre cerceaux de bois léger; ses côtés sont ouverts et peuvent être fermés par des rideaux également de toile de coton, qui sont roulés en haut à volonté ou abaissés et fixés par des boucles. Elle est conduite en guides et attelée de deux chevaux ; un frein à bascule mis en action par le cocher, agit sur la partie antérieure des roues de derrière {fig. 137).

Les parois latérales de la caisse sont pleines et fixes; elles supportent de chaque côté deux larges anneaux extérieurs où sont passés les brancards de

MOYENS DE TIUNSPORT DES PRESSÉS

champ de bataille. Le devant est ouvert ; la partie postérieure, coupée transversalement en deux parties égales articulées à charnières, s'ouvre de haut en bas dans la moitié ou dans la totalité de sa hauteur.

Un marche-pied de bois est adapté à l'arrière et règne sur toute la largeur de la voiture ; il est immobile et distant du sol de 52 centimètres.

L'intérieur de la voiture est divisé en deux compartiments, l'un antérieur, l'autre postérieur, par une cloison de bois fixe dans la hauteur de la caisse, et par un rideau de toile de coton, tendu ou mobile à volonté, dans la partie supérieure de la hauteur de la voiture.

Le compartiment antérieur contient un siège transversal fixe, formant coffre, rembourré, capitonné en toile cirée, et muni à'm\ dossier trèsbas formé par la cloison de bois qui sépare les deux compartiments. I est à trois places [fig. 138).

Fig. 138. — Vue de front de la voiture Howard.

1. Fort ressort semi-elliptique. — 2. Dossier complet pour siège du conducteur. — 3. Dossier en cuir pour siège du milieu. — h. Crochet pour supporter les membres fracturés.

Le compartiment postérieur, long de 2 mètres et de la même largeur que la caisse, contient un cadre de bois inscrit dans celle-ci et supporté auxdeux ters de sa hauteur par des ressorts d'acier reposant sur le fond de la voiture; d'autres ressorts d'acier et des tasseaux en caoutchouc séparent le

cadre des parois verticales de la caisse et sont destinés à atténuer les chocs latéraux. Sur ce cadre sont placés, soit trois sièges transversaux mobiles, à deux places, soit trois sièges transversaux à une place et un brancardcouchette, soit deux brancards-couchettes. Des rouleaux de bois adaptés au cadre servent à faciliter le glissement des brancards-couchettes dans la voiture et à protéger les sièges qui restent toujours en place.

Quant aux brancards-couchettes, consistant en un panneau de bois léger, rembourré, capitonné et garni de toile cirée, ils sont contenus dans le plancher de la voiture disposé à cet effet à double fond.

L'espace resté libre entre les sièges et le plancher de la voiture renferme un réservoir d'eau, en bois doublé de zinc, de forme quadrilatère, mobile, mais pouvant être fixé solidement, de la contenance de 50 litres environ, et muni d'un robinet traversant la paroi postérieure de la voiture, sans cependant la dépasser afin d'échapper aux chocs.

Le même espace,ainsi que celui situé sous le siège de devant, peut encore recevoir quelques provisions de bouche, des objets de pansement, des

FlG. 139. — Coupe latérale de la voiture Howard.

appareils ou instruments de chirurgie de première nécessité. Enfin, des poulies glissant sur des tiges de fer fixées aux cerceaux du ciel de la voiture

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSÉS

permettent de suspendre, à l'aide de cordes, les appareils appliqués sur les membres fracturés.

Cette voiture peut transporter huit hommes assis : deux à côté du cocher et six dans l'intérieur de la caisse; ou six hommes : deux à côté du cocher, trois assis et un couché dans l'intérieur de la caisse ; ou quatre hommes : deux couchés clans l'intérieur, deux assis à côté du cocher. Les hommes assis dans l'intérieur vont les uns en avant les autres en arrière ; ceux qui prennent place près du cocher vont en avant.

Ce modèle de voiture, très-léger et très-bien entendu, peut être considéré comme le type de toutes les voitures analogues qui ont été construites depuis et que les perfectionnements dont elles ont été l'objet n'ont fait que rendre plus pesantes. Quelques-unes d'entre elles, telles que la voiture du baron Mundy [fig. 140) et ceîle de la Société de secours {fig. 141), peu-

FiG. 140. — Installation des malades dans la voiture d'ambulance du baron Mundy.

vent recevoir un plus grand nombre de malades ou de blessés couchés, à la condition de les superposer les uns aux autres. C'est toujours avec de très-grandes difficultés que les couchettes supérieures sont mises en place quand elles sont chargées ; les malades qui les occupent sont exposés pendant la marche à des oscillations considérables. Si nous ne possédons pas, ainsi que nous le disions tout à l'heure, un,

MOYENS DE TRANSPORT DES BLESSÉS. 763

modèle définitivement adopté de voiture pour le transport des malades et blessés, le parc de construction de Vernon en a donné cependant deux spécimens dont l'un, à quatre roues, est manifestement trop lourd, et dont l'autre, à deux roues, est un perfectionnement de la voiture Masson longtemps employée en Algérie.

La première de ces voitures, dont les parois sont pleines, est suspendue sur quatre ressorts en pince, conduite en guides, munie d'un sabot et traînée par deux ou par quatre chevaux.

La caisse de la voiture est large de 3m,^5, haute à l'intérieur de lm,5k ; ses parois en tôle sont pleines dans toute sa hauteur, sauf le devant qui est ouvert.

Elle est divisée dans toute sa hauteur en deux compartiments, l'un antérieur, l'autre postérieur, par une cloison de bois mince, mobile dans son tiers moyen seulement, qui s'ouvre à deux battants verticaux.

Le compartiment antérieur contient deux sièges transversaux et fixes, placés l'un devant l'autre : le siège de devant est à découvert, le siège de derrière est couvert par la toiture de la voiture, et garanti en avant par des rideaux ; au-dessous se trouve un coffre.

Le compartiment postérieur est long de 2 mètres en dedans, large de lm,20 ; le fond de ce compartiment, coupé pour le passage des roues, n'a que lm,20 de longueur.

Le derrière de la voiture s'ouvre latéralement en portière, dans tout son tiers moyen; les deux autres tiers, habituellement fixés à la caisse par des verroux, peuvent aussi être ouverts dans toute leur étendue. Les parois latérales sont percées, de chaque côté, de deux fenêtres à vitres mobiles et garnies de rideaux ; la portière de derrière est aussi percée d'une fenêtre, et la cloison séparant les deux compartiments, de deux petites fenêtres sans vitres.

Le fond de la caisse est à lm,25 au-dessus du sol : on y arrive par un marche-pied pliant en fer, dont les degrés sont distants l'un de l'autre, et le dernier distant du sol de U5 centimètres.

Deux banquettes sont disposées le long des parois latérales de la caisse ; elles sont fixes et couvertes d'un -matelas mince, garni de toile cirée, capitonné et assez résistant, présentant une poignée de cuir à chacune de ses extrémités. Le matelas sert de coussin aux banquettes et reçoit des hommes assis ou couchés. Amené au dehors, il fait momentanément office de brancard, reçoit un homme couché, est reporté par une de ses extrémités sur la banquette et attiré dans la voiture à l'aide des poignées de cuir.

Tout l'intérieur de la voiture est confortablement rerrïbourré, capitonné et garni en toile cirée,

Une lanterne est placée à l'extérieur, sur le côté droit de la voiture, audessus de la roue de devant.

Un baril de tôle, de la contenance de hQ litres environ, est adapté sous le siège de devant, en avant du train.

Cette voiture pèse 930 kilogrammes ; elle coûte 1200 francs (au parc de Vernon).

Elle peut transporter dix malades assis de côté dans l'intérieur, trois malades sur le siège couvert du compartiment antérieur ; deux malades sur le siège découvert, à côté du cocher ; total : quinze malades assis ; ou dix malades assis et un couché, total onze; ou cinq malades assis et deux couchés, total sept.

En principe le siège de devant est destiné au cocher et à deux infirmiers.

Cette voiture est lourde et d'un difficile accès dans toutes les parties ; le grand nombre de malades qu'elle peut transporter constitue son unique avantage.

La voiture Masson perfectionnée est à deux roues, traînée par un seul cheval et conduite en guides. Elle se compose d'une caisse de bois longue de 2 mètres, large de lm,!5 et haute de 0m,40, portant sur deux ressorts en demi-pince fixés à un même train.

Dans le fond de la caisse, traversé par l'essieu, sont ménagées deux cases, l'une en avant, l'autre en arrière, propres à recevoir les sacs des hommes transportés. La caisse est couverte d'une toiture de toile goudronnée, supportée par des montants en fer à \ m,l 5 du fond. De celte toiture, qui n'a que lm,35 de longueur, descendent quatre rideaux en toile de chanvre tendus et fixés d'une manière mobile à la caisse; le rideau de devant, au lieu d'être vertical, descend obliquement de la toiture à la caisse, en arrière du siège du cocher, sorte de fauleud supporté par trois tiges en fer.

Le derrière de la caisse s'ouvre de haut en bas, à charnières et d'une seule pièce. Le fond de la caisse est à 95 centimètres du sol.

Sur le fond de la caisse sont deux brancards-couchettes, glissés, parle pied, sur des rouleaux de fer attenant à la voiture.

Ces brancards-couchettes consistent en un cadre de bois blanc, formé de planchettes minces placées de champ, avec fond de toile garni d'un petit matelas. Ils permettent de relever ou d'abaisser à volonté la tête et les épaules des malades ou blessés; ils sont munis de poignées et de pieds qui, par un système plus ingénieux que solide, sortent d'un des grands côtés du brancard ou y rentrent simultanément.

Le poids de cette voiture est de 295 kilogrammes.

Le prix est de 300 francs (au parc de Vernon).

Elle peut transporter deux hommes couchés,

MOYENS DE TRANSPORT DES IÎL1ÎSSÉS. 765

Cette petite voiture est excellente, bien qu'elle soit peu stable, comme toutes les voitures à deux roues ; les malades y sont bien couchés, l'accès en est facile, elle n'occupe qu'un seul homme et un seul cheval : son défaut est d'être conduite en guides au lieu d'être conduite par un homme à pied. La suppression du siège du cocher la rendrait plus accessible encore, et la conduite à pied l'allégerait et permettrait au conducteur de parer plus sûrement aux difficultés de la route, en même temps que de veiller quelque peu aux besoins des hommes transportés.

Ce modèle de voiture est à conserver, le premier est à rejeter ou à modifier.

En résumé, les voitures pour le transport des malades et blessés peuvent être construites sous trois types différents : le type caisson, toujours coûteux, lourd et d'accès difficile ; le type char-à-banc qui laisse les hommes transportés exposés aux intempéries; enfin le type tapissière qui semble réunir le plus grand nombre des conditions désirables, c'est-à-dire simplicité, légèreté, en même temps que .'solidité suffisante, manœuvre facile, accès commode, réactions douces; aération permanente en même temps que garantie contre les intempéries atmosphériques ; contenance suffisante en hommes assis ou couchés; enfin, admission de quelques brancards, de ressources chirurgicales de première nécessité, d'un réservoir d'eau et de quelques provisions de bouche.

Nous condamnons absolument le principe qui consiste à construire pour l'armée des voitures d'un modèle uniforme, pouvant être indistinctement affectées au transport de malades, de vivres, de fourrages ou de matériel. Il est indispensable, à notre avis, d'avoir des voitures spéciales, exclusivement destinées au transport des hommes. Cette donnée admise amènera nécessairement et rapidement la construction d'excellents modèles de voitures d'ambulance, et nous pensons que c'est au système des voitures tapissières, attelées d'un cheval ou de deux chevaux, qu'il convient de donner la préférence.

Les ressources régulières pour le transport des malades et blessés sont loin d'être toujours suffisantes ou disponibles, et la plupart du temps ilfest nécessaire d'y suppléer par des moyens auxiliaires consistant en mulets, chevaux et voitures loués pour les transports généraux de l'armée par les soins de l'administration ou mis sur l'heure en réquisition. On doit, du reste, dans les cas pressants, rechercher et utiliser toutes les ressources que les localités peuvent offrir; D. J. Larrey (1), après la bataille de Baulzen, profitant du zèle et de l'humanité des habitants, fit transporter à Dresde un grand nombre de blessés

(1) D. J. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, t. IV, p. 168.

placés sur (les brouettes 1res en usage dans le pays pour le transport des denrées et des marchandises; il fit confectionner pour l'expédition de Syrie (1), cent paniers en forme de berceau, portés par des chameaux et destinés à recevoir les blessés. Nous-même, nous avons employé ce moyen de transport en Algérie (1845), en remplaçant les paniers de I). J. Larrey parles grandes bennes en sparterie qui servent habituellement à contenir la charge des chameaux; mais nous avons été obligé de renoncer à nous servir de ces bêtes de somme dont les malades, et à plus forte raison les blessés, ne pouvaient supporter l'allure. Dans la même campagne (Kabylie, 1846), nous avons eu recours à un moyen de transport en usage chez les Arabes et qui consiste à placer en travers sur un large bât ou sur un bat garni d'un sac à demi rempli de feuilles ou de fourrage, un brancard façonné sur l'heure avec des branches d'arbres et des cordes : les deux extrémités du brancard sont fixées au bât par des liens passant sous le ventre du mulet ou du cheval. Ce moyen de transport est fort pénible pour les blessés et pour le muletier ; celui-ci est obligé de tenir constamment la main sur une des extrémités du brancard, afin d'en limiter les oscillations qui néanmoins sont toujours considérables.

Dans certaines circonstances, notamment dans les retraites, les caissons et les pièces d'artillerie même ont été utilisés comme moyens de transport. Lorsque le général Bonaparte leva le siège de Saint-Jean-d'Acre, il ordonna que tous les chevaux qui se trouvaient à l'état-major, sans en excepter les siens, fussent employés au transport des blessés pour retourner en Egypte. Il est peu de chirurgiens de notre armée actuelle qui n'aient cédé momentanément leurs chevaux à des blessés pour gagner l'ambulance.

L'envoi des blessés des ambulances aux élablissements en arrière peut se faire par tous les moyens que nous venons d'indiquer, si l'on en excepte cependant le transport par les brancards, mode tout à fait insuffisant, et qui longtemps continué, exige un nombre considérable de porteurs. Les rares exemples d'officiers ainsi transportés par leurs soldats, pendant plusieurs jours et à de très-longues distances, sont tout à fait exceptionnels.

Evacuations. — L'envoi des blessés d'une ambulance ou d'un hôpital de première ligne sur un établissement en arrière, constitue ce que l'on appelle une évacuation; il nécessite des ressources nombreuses et rapides : les cours d'eau navigables, la mer, lorsque la proximité du littoral le permet, et les chemins de fer sont les voies justement préférées pour cette opération.

Sans prétendre tracer ici les règles qui devraient présider au service de santé en campagne dans toutes ses parties, nous dirons, à pro-

(1) D. J. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, t. I, p. 278.

pos des évacuations, que les malades et les blessés doivent être dirigés journellement des ambulances de première ligne sur les établissements hospitaliers provisoires ou sédentaires les plus voisins, lorsque les circonstances le permettent. Jadis, l'armée restant stalionnaire ou manœuvrant dans un espace de terrain circonscrit, les malades et les blessés susceptibles de transport et désignés comme tels par les médecins traitants, étaient évacués des hôpitaux de première ligne, toujours prompts à s'encombrer, sur. les hôpitaux de deuxième, de troisième et de quatrième ligne. Les hommes les plus gravement malades, ou les blessés qui ne pouvaient être transportés, sans danger, pendant plusieurs jours, étaient seuls gardés dans les hôpitaux de première ligne, de môme que ceux dont les blessures ou les affections étaient assez légères pour faire prévoir une guérison trèsprochaine. Les premiers étaient évacués plus en arrière dès que leur état le permettait, et les seconds rejoignaient leur corps dès qu'ils étaient guéris.

Ces prescriptions réglementaires se rapportant aux évacuations en général, et notamment aux évacuations par les routes ordinaires, peuvent, sauf légères modifications, être appliquées aux évacuations par voies ferrées ou par mer.

Les évacuations sont une des parties délicates du service de santé eu campagne ; trop fréquentes, trop nombreuses ou portées dans de fausses directions, elles peuvent diminuer les rangs d'une armée; trop restreintes, elles exposent les malades et les blessés aux dangers de l'encombrement, et l'armée elle-même aux désastres d'une épidémie. Elles demandent donc à être ordonnées avec mesure et discernement, et elles exigent une attention soutenue de la part des médecins qui désignent les malades ou les blessés à évacuer. Tous les fiévreux sans exception peuvent être évacués par mer; tous, sauf ceux dont l'état le contre-indique impérieusement, doivent être évacués par les chemins de fer. Parmi les blessés, ceux dont la mort est imminente et ceux qui, légèrement atteints, devront rejoindre leur corps sous peu de jours., sont les seuls qui ne doivent pas être évacués; tous les autres, qu'ils soient atteints de fractures, qu'ils aient été amputés, doivent être évacués plus tôt que plus tard, et immédiatement, si cela est possible, l'expérience ayant prouvé que les blessés supportent mieux d'être transportés dans les premières vingt-quatre heures qui suivent leur blessure, que pendant la période fébrile ou inflammatoire. Il est indispensable, pour alléger les derrières de l'armée des nombreuses non-valeurs qui les encombrent, d'établir des lignes d'évacuation aussi promptes que sûres; aujourd'hui que les bateaux à vapeur et les chemins de fer ont facilité les voyages et les transports, et rapproché toutes les distances, il con-

viendrait mieux de renvoyer immédiatement dans la mère-patrie les hommes reconnus assez malades ou assez gravement blessés pour ne pas pouvoir rendre de service avant un mois ou six semaines, que de les garder dans des établissements provisoires. Les malades ou blessés y gagneraient en bien-être moral et matériel ; ils occasionneraient moins de frais de traitement, et, considération importante, ils ne courraient pas risque, dans le cas d'une défaite ou d'une retraite, de tomber entre les mains de l'ennemi.

Lorsqu'on est assez heureux pour pouvoir choisir, les moyens de transport nécessaires aux évacuations, il faut prendre les plus doux, au moins pour les malades et blessés les plus gravement atteints, alors même que ces moyens ne seraient pas les plus rapides : entre tous, ceux que fournit la navigation fluviale et maritime, sont les mieux supportés par les malades. Il n'entre pas dans notre sujet de dire quelles précautions hygiéniques doivent être prises à bord des bâtiments chargés de malades ou de blessés, et nous nous bornons à rappeler qu'il faut veiller à ce que les entreponts ne soient point encombrés et à ce que les hommes couchés sur le pont soient pourvus de couvertures.

Le transport sur brancards et à bras d'hommes est le plus doux après le précédent : nous avons dit qu'il est tout à fait insuffisant et ne peut être employé qu'exceptionnellement.

Le transport en cacolels est un transport des plus durs, et le transport en litières l'est à peine un peu moins. Cependant nous avons fait voyager avec nous en Algérie, pendant plus de quinze jours, un amputé de la cuisse et un homme atteint de fracture de jambe couchés sur des litières ; l'un et l'autre tombèrent dans un ravin avec le mulet qui les portait et son conducteur, sans se faire aucun ma! : l'amputé n'en guérit pas moins avec une grande rapidité.

Les voitures suspendues sur des ressorts sont évidemment plus ménagères des blessés que les voitures non suspendues.

Lorsqu'on transporte par ce moyen des blessés atteints de fractures ou des amputés, il faut se préoccuper surtout de ménager aux parties malades les secousses les plus rudes : dans les cas de lésions du membre supérieur, les blessés soutiennent habituellement le membre malade avec le membre sain et le protègent ainsi beaucoup mieux que ne pourrait le faire le chirurgien; mais dans les cas de lésion du membre inférieur, il faut avoir soin de placer solidement les membres dans une situation fixe, et de les faire reposer sur des plans présentant une certaine élasticité en même temps qu'une certaine mollesse. La paille entière ou hachée, le foin, des joncs, des feuilles, de menus branchages, quelques parties des vêtements ou de l'équiquement, seront employés par un chirurgien industrieux à atteindre

ce but. Il est quelquefois possible de suspendre les membres fracturés en les faisant reposer sur une planchette supportée par des cordes, comme le pratiquent à bord des navires nos confrères de la marine, et il est toujours assez facile de disposer à cet effet, dans les voitures et les charrettes, des barres transversales destinées à porter ces sorles de hamacs.

Malheureusement la suspension des membres clans les transports par voitures, ne rend pas les mêmes services que dans les transports par mer, et n'atténue pas autant les secousses qu'une couche modérément molle et .suffisamment épaisse des matières- que nous avons indiquées plus haut.

Malgré les précautions prises, il est indispensable de s'assurer, h la fin du jour et même à chaque halle de la journée, que les appareils et les pansements ne sont pas dérangés; les amputés en particulier, et les amputés de jambe et surtout de cuisse, doivent être très-attentivement pansés et surveillés afin d'être mis à l'abri du tiraillement, de l'arrachement des sutures et de la saillie des os à travers la plaie du moignon, accidents des plus fréquents dans les transports et que tous les chirurgiens d'armée ont été appelés à constater.

Le transport par chemin de fer, qui paraît au premier abord réunir les conditions les plus désirables, est fort rude et fort pénible pour les blessés, tel qu'il a été pratiqué jusqu'à présent en France. Nous avons vu maintes fois des malades atteints de blessures même anciennes, et surtout de blessures atfx membres inférieurs, arriver à destination après quelques heures passées dans des wagons de 3e classe, dans un état beaucoup plus grave qu'au départ.

Les évacuations de malades et de blessés par les chemins de fer doivent être étudiées et réglementées comme l'ont été jadis les évacuations par les voies ordinaires. Les évacuations qui furent faites pendant la campagne d'Orient n'ont laissé aucune tradition à ce sujet : les blessés arrivant par mer à Marseille ou à Toulon, y étaient retenus lorsque leur état était grave, et ils ne poursuivaient leur route qu'autant qu'ils pouvaient être transportés sur le chemin de fer comme des voyageurs ordinaires, dans des voitures dont l'agencement intérieur ne présentait rien de particulier. Quant aux errements suivis pendant la campagne d'Italie (1859), ils n'ont pas eu un caractère plus spécial : les malades ou blessés pouvant rester assis, ont été placés dans les wagons du service habituel,, n'ayant reçu aucune disposition préalable; les malades ou blessés qui devaient être transportés couchés, ont été mis sur un lit de paille ou de foin étendu sur le fond des wagons à bagages, des wagons'à marchandises ou des wagons -écuries. Ce n'est pas qu'il faille dédaigner ce dernier moyen, le plus pratique peut-être,

LEGOUEST. — 2e édit. 49

et certainement un des meilleurs au point de vue de la douceur du transport, quand l'épaisseur du lit de paille ou de foin est suffisante.

Pendant la guerre de la sécession des États-Unis d'Amérique, des wagons furent aménagés spécialement en vue de transporter les malades et blessés, et reçurent le nom de wagons-hôpitaux.

Fig. 142. — Coupe longitudinale d'un wagon-hôpital américain.

.Les wagons des chemins de fer américains n'ayant qu'un seul compartiment, étant garnis de sièges laissant entre eux un passage médian dans toute la longueur du compartiment, et pouvant contenir soixante voyageurs, il a été facile de disposer ces voitures pour recevoir et coucher des malades et blessés.

Le wagon-hôpital que la commission sanitaire des États-Unis avait envoyé à l'Exposition universelle de Paris (1867), était disposé de la manière suivante :

Aux deux extrémités du wagon servant d'entrée, sont ménagés deux petits compartiments destinés aux médecins accompagnant le convoi de malades et aux gens de service; l'un d'eux sert d'officine pour la préparation extemporanée des médicaments, boissons et vivres.

Ils communiquent largement avec le compartiment central, dans toute la longueur duquel sont disposés, sur les parois latérales, des cadres de bois laissant un passage au milieu d'eux. A ces cadres sont suspendus, l'un au-dessous de l'autre et au nombre de trois, avec de forts anneaux de caoutchouc, des brancards-couchettes garnis d'une fourniture de literie analogue à celle des couchettes en usage à bord des navires. Ainsi sont disposées, trois par trois, quinze couchettes de chaque côté du wagon, qui, par conséquent, en contient trente.

L'intérieur de la voilure est chauffé par un poêle de fonte à double enveloppe ; le tuyau du poêle est contenu dans un double manchon de tôle qui présente au dehors deux larges ouvertures : l'une d'elles, dirigée dans le sens de la marche du train, admet l'air extérieur et pur qui s'y précipite

pour renouveler l'atmosphère de la voiture sans la refroidir; l'autre permet à l'air intérieur contaminé de s'échapper au dehors.

Les figures lk2 et 143, que nous donnons ici, représentent l'intérieur de wagons-hôpitaux n'ayant pas de petits compartiments à leurs extrémités; ils contiennent 32 couchettes au lieu de 30. Bien que la disposition de ces wagons ait l'inconvénient de superposer deux ou trois malades les uns aux autres, elle a le grand avantage de permettre d'en transporter un

FiG. 148. —

Vue perspective de la moitié de l'intérieur d'un wagon-hôpital américain, transportant des soldats' blessés.

grand nombre dans des conditions relativement bonnes. Dix, quinze, vingt wagons-hôpitaux sont entrés dans la composition d'un seul train, où trouvaient place 300, ^i 50 ou 600 malades et blessés. Chacun de ces trains avait un wagon-cuisine, dans lequel étaient préparés, pendant la marche, les aliments que l'on distribuait aux malades pendant les temps d'arrêt.

La Prusse, en. 1867, fit disposer, pour le transport des malades et blessés, des wagons de voyageurs de 4e classe en wagons-ambulances. Ces wagons

sont pourvus à leurs deux extrémités de portes donnant sur une plateforme de fer, se relevant ou s'abaissant h volonté pour former passerelle de l'un à l'autre, en sorte que, même en marche, la communication est facile d'un bout à l'autre du train [fig. lliU). Entre les colonnettes de bois

Fig. 144. — Coupe longitudinale, montrant l'arrangement général des brancards dans un des wagons de quatrième classe adoptés en Prusse pour le transport des blessés en temps de guerre.

a. Lampe. — b. Ventilateurs des côtés et du toit. — c. Fenêtres. — d. Brancards.

— e. Appareil de suspension. — f. Passerelle élevée. — g. Passerelle abaissée.

— h. Marche-pied supérieur. — i. Marche-pied inférieur. — k. Roues. — l. Coussinets de caoutchouc.

qui soutiennent la toiture à l'intérieur, sont suspendus, d'un côté, six, de l'autre, quatre brancards superposés deux à deux : chaque wagon contenant ainsi dix malades. Les brancards sont suspendus à des crochets de fer

Fig. 145. — Méthode de suspension des] brancards dans les wagons de quatrième classe adoptés en Prusse pour le transport des blessés.

au moyen d'anneaux de caoutchouc, et, pour plus de solidité, de courroies de cuir (fig. 145). Un poêle, une table et un paillasson étendu sur le plan-

cher, complètent l'ameublement du wagon-ambulance, avec deux lampes et des porte-manteaux pour suspendre les vêtements et les armes. Chaque brancard est garni d'un matelas et d'un coussin de crin, de deux couvertures de laine et d'un drap.

Vingt wagons-ambulances, un wagon-cuisine, un wagon d'approvisionnement, un wagon destiné au personnel médical et administratif, et un autre aux bagages, composent essentiellement un train sanitaire.

C'est avec des trains sanitaires analogues que, dans la guerre de 1870-71, la Prusse a ramené ses malades et blessés des stations principales d'Épernay et de Wissembourg, jusque dans les localités de l'intérieur préparées pour les'recevoir, et jusqu'à Berlin même (1).

Le système différent qui préside à la construction des wagons des chemins de fer dans les divers pays, oblige à recourir à des systèmes différents non-seulement pour le placement des malades et blessés dans les voitures, mais encore pour la conduite générale des trains d'évacuation. Les wagons américains et allemands n'ayant qu'un seul compartiment percé d'une porte à chacune de ses extrémités, se prêtent facilement à l'apposition contre leurs parois latérales d'un certain nombre de brancards-couchettes. Les wagons des chemins de fer français, coupés dans toute leur hauteur ou à demi-hauteur, par des cloisons transversales formant plusieurs compartiments, et percés de portes latérales pour chacun de ces compartiments, ne présentent pas une disposition aussi avantageuse pour le placement des brancards-couchettes, et ne permettent pas comme les wagons munis de passerelles, d'aller d'un bout à l'autre du train en marche. Pendant la dernière guerre 1870-1871, les malades et blessés ont été transportés en France de la façon la plus incommode et la plus irrégulière, sans aménagement préalable des wagons. Cependant, l'une des commissions dont nous avons fait partie, avait étudié les moyens d'utiliser le mieux possible le matériel de nos compagnies de chemins de fer tel qu'il est. Le système d'agencement qu'elle a proposé est celui que le fabricant Fischer (de Heidelberg) a envoyé à l'Exposition universelle de Paris, en 1857 : il consiste en deux barres de bois munies, à chacune de leurs extrémités, de courroies de cuir garnies de crochets, pour les suspendre à mi-hauteur du wagon, et sur lesquelles sont placés, au nombre de deux ou trois, des brancards-couchettes ou des brancards ordinaires. Dans les wagons- écuries ou dans les wagons h bagages, des anneaux fixés aux parois mêmes de la voiture, ou à un cadre de bois préalablement disposé dans son intérieur, reçoivent les crochets de suspension des barres transversales; dans les

(1) Wasserfurh, Les wagons- ambulances, quatre mois dans un train sanitaire^ trad. par Morache {Annales d'hygiène, 4872, t. XXXVIf).

77l DU SERVICE DE SANTE EN CAMPAGNE.

wagons de 3e classe, les crochets sont placés sur le dossier en bois des compartiments, sans autre disposition préalable : les compartiments des wagons de 3e classe ne peuvent recevoir que deux brancards; les wagonsécuries ou à bagages n'en reçoivent que six ou huit, occupant l'une et l'autre extrémité dans le grand axe de la voilure, et ne laissant qu'un passage transversal d'une porte à l'autre, disposition qui rend ces brancards peu accessibles. C'est l'installation qu'avait adoptée la Prusse avant qu'elle fit construire les wagons spéciaux dont nous avons parlé précédemment.

Il est à désirer qu'une entente s'établisse entre le gouvernement et nos compagnies de chemins de fer clans le but d'étudier un modèle et de faire construire des voitures qui, à un moment donné, puissent se prêter mieux que celles qui existent aujourd'hui au transport des malades et blessés.

Les premiers wagons-hôpitaux américains ne communiquaient pas entre eux, et chacun d'eux constituait un petit hôpital. Ceux qui vinrent après communiquaient par une passerelle, de façon à permettre la circulation d'un bout à l'autre du train même en marche. Ce système, adopté en Allemagne, est évidemment le meilleur; il n'est cependant pas d'une absolue nécessité. La communication des wagons entre eux permet aux médecins et aux gens de service de passer de l'un à l'autre sans fatigue, de visiter tous les malades en marche, et de restreindre à de justes limites l'effectif du personnel médical et administratif; tandis qu'il est nécessaire de placer au moins un infirmier dans chaque wagon isolé, et que chacun de ces wagons ne peut que successivement être visité par le médecin pendant les temps d'arrêt. Mais le wagon -cuisine fonctionne mal en marche, et les distributions d'aliments sont difficiles; les repas eux-mêmes ne se font pas commodément. Quant aux pansements, ceux qui exigent des soins et des ménagements ne peuvent, être faits dans un train en mouvement. La plupart des soins matériels et chirurgicaux restent imparfaits ou impossibles pendant la marche, et doivent être remis au moment où le train est immobile. Il n'est pas impossible, comme nous l'avons fait pendant la guerre de 1870-71, de donner avis par le télégraphe aux stations où le train doit s'arrêter, de préparer les aliments nécessaires aux malades, bien que le défaut d'approvisionnements des localités et d'installations de cuisines dans les gares ou à leur voisinage soit une source de difficultés et de relardements.

Il est donc à désirer, pour assurer le service avec sécurité et avec un personnel restreint, que les trains de chemins de fer destinés à transporter les malades et blessés soient préparés spécialement pour cet usage avec des wagons communiquant entre eux par leurs extrémités, et pourvus d'un wagon-cuisine et d'un wagon de provisions pour parer aux éventualités.

Le service des évacuations par chemins de fer nécessite une réglementation qui ne peut être faite que d'après la réglementation à intervenir sur les services accessoires de l'armée : les États-Unis, l'Allemagne, nous ont devancé dans cette voie où il est indispensable que nous les suivions, en profitant de leur expérience et de celle que nous avons si chèrement acquise.

Les évacuations doivent être accompagnées par un ou plusieurs médecins., suivant le nombre des malades qui les composent; lorsqu'elles se font par mer sur des bâtiments de l'État, les chirurgiens du bord donnent leurs soins aux malades et aux blessés ; sur les navires de transport, l'unique chirurgien qui s'y trouve habituellement ne suffit pas toujours au surcroît de besogne qui lui incombe, et sur les petits bâtiments comme sur les bateaux des fleuves, qui n'ont point de chirurgiens à bord, il est nécessaire d'embarquer avec les malades et les blessés au moins un médecin de l'hôpital ou de l'ambulance qui fournit l'évacuation.

Lorsque les évacuations sont faites sur des voitures, celles-ci doivent être garnies de paille, de foin, d'herbe, de joncs ou de fumier, et recouvertes par des toiles ou des branches d'arbres pour recevoir et protéger les malades et les blessés. Le médecin chargé de les accompagner fait faire plusieurs haltes pendant la journée de marche, afin de s'enquérir des besoins des malades et d'y satisfaire; il se tient, pendant la marche, à la gauche de la colonne, afin de ne laisser personne en arrière; néanmoins, il parcourt de temps en temps tout le convoi, pour voir si personne ne le réclame. Le gîte d'étape a dû être préparé à l'avance dans chaque localité par les ordres des commandants militaires, ou des municipalités prévenues dès la veille ou le matin même de l'arrivée des malades ; il consiste ordinairement en de grands édifices publics, églises, magasins, granges, etc., garnis de paillasses, de matelas, de couvertures, ou simplement de paille, pris en réquisition chez les habitants.

Les médecins de l'évacuation doivent se loger avec leurs malades ou à proximité d'eux; à l'arrivée, comme avant le départ, ils en passent la visite, et ils leur prescrivent une distribution de vivres, avant de les mettre en route ; arrivés à destination, ils les conduisent jusqu'à l'hôpital même qui doit les recevoir, et ils rendent compte au médecin en chef de la localité de tout ce qui a pu survenir pendant la route.

Fonctionaaemaesift des ambulances. — Nous venons de faire connaître les ressources médico-chirurgicales d'uue armée en campagne, il nous reste à en exposer !a mise en œuvre sur le champ de bataille.

Autrefois, les médecins laissés en arrière n'arrivaient souvent sur le lieu de combat, avec tout ce qui leur est nécessaire, que le lendemain de l'af-

faire ou même beaucoup plus tard; aujourd'hui, les médecins des corps de troupes vont au feu avec leurs régiments, et les médecins des ambulances se tiennent assez près des combattants pour pouvoir leur donner de prompts secours. Percy et D. J. Larrey, en créant, l'un ce qu'il appelait la chirurgie de bataille, l'autre V ambulance volante, furent les premiers organisateurs du système des ambulances qui fonctionne encore de nos jours, sauf quelques modifications apportées par le temps et l'expérience.

Le fonctionnement des ambulances de bataille, c'est-à-dire les premiers secours à donner aux blessés sur le terrain, le transport des blessés à l'ambulance, et leur évacuation sur les hôpitaux provisoires établis en arrière de l'armée, n'est pas chose simple et facile. Les difficultés de ce service consistent dans le nombre, en un temps donné, des hommes mis hors de combat; dans l'insuffisance ou la nature des moyens de transport; dans l'étendue du terrain occupé par les blessés; dans les manœuvres des troupes, les -péripéties de la bataille, et les chances elles-mêmes de la guerre. Il est aisé de régler et d'exposer théoriquement ces opérations diverses; il est presque toujours impossible de les exécuter 'avec la régularité et la rapidité désirables.

Lorsque les blessés sont peu nombreux ou se succèdent à de longs intervalles, lorsque les troupes combattent de pied ferme, marchent ou reculent lentement; lorsqu'une bataille est préparée dès la veille et que tout a été disposé et prévu ; lorsque l'action se passe dans les tranchées ou sous les murs d'une ville assiégée, les secours sont généralement prompts et faciles.

Dans les sièges, des ambulances de bataille sont établies pour une ou deux divisions, au milieu ou en arrière de la ligne de bataille des assiégeants campés sous les murs de la place; elles sont établies d'une manière plus ou mains sédentaire, soit dans des fermes ou des maisons que les assiégés ont négligé de détruire, soit dans des baraques, si les opérations du siège doivent avoir quelque durée, soit encore sous des tentes. Elles sont pourvues de ressources ca matériel tirées des magasins généraux de l'armée ou des caissons de réserve des ambulances divisionnaires ou des ambulances des quartiers généraux. Les médecins des ambulances des quartiers généraux, des divisious et même des corps de troupes, sont appelés à y faire le service, sous les ordres d'un médecin en chef. Ces établissements, dont l'organisation participe des ambulances de bataille et des hôpitaux provisoires, reçoivent les hommes blessés envoyés des ambulances de tranchées, et les malades de l'armée : ils sont évacués le plus souvent possible sur les hôpitaux de première ligne.

Les ambulances de tranchées sont établies en arrière ou au milieu même

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des tranchées, et défilées du feu de la place par un repli de terrain, ou protégées par des blindages, des ouvrages en terre, des sacs ou des gabions remplis de. terre. Desservies par des chirurgiens des ambulances divisionnaires, que le chirurgien en chef désigne chaque jour et remplace à tour de rôle, à l'heure où l'on relève les troupes de service à la tranchée, elles sont pourvues d'un certain nombre de brancards, d'eau, et de tous les objets nécessaires aux opérations et aux pansements. C'est sur elles que sont dirigés par les soins des chirurgiens des corps les hommes blessés dans les tranchées. Ces hommes, après avoir reçu les soins que leur état réclame, sont évacués au fur et à mesure qu'ils sont pansés ou opérés sur les ambulances sédentaires, si les communications sont faciles; dans le cas contraire, ils partent avec les troupes et les chirurgiens quittant le service de la tranchée, les uns à pied, les autres transportés soit sur des brancards, soit sur des cacolets, soit dans des voilures lorsque les voies en permettent l'usage.

Les chirurgiens des corps de troupes suivent leurs régiments commandés pour la tranchée et y restent avec eux. Ils sont munis de leur trousse et gardent auprès d'eux le soldat porteur du sac d'ambulance. De l'eau et des brancards laissés en permanence dans la tranchée, doivent toujours être à leur disposition. Ce sont eux qui relèvent les hommes atteints, leur donnent des soins d'urgence, les font transporter et les accompagnent, au besoin, jusqu'à l'ambulance de tranchée.

Le service chirurgical des corps de troupes est le même dans l'intérieur des villes assiégées que dans les tranchées. Des ambulances échelonnées à une petite distance en arrière des fortifications reçoivent les blessés comme les ambulances de tranchées, et, comme elles, les dirigent au fur et à mesure qu'ils sont pansés ou opérés sur l'hôpital ou les hôpitaux de la place.

Les chirurgiens en chef d'armée doivent parcourir les ambulances le plus fréquemment possible, pour s'assurer de la bonne exécution du service.

Quand un assaut doit avoir lieu, le chirurgien en chef en est prévenu et prend, de concert avec le commandant et l'administration, les mesures propres à assurer les secours : ces mesures sont à peu près les mêmes que les dispositions nécessaires dans une bataille rangée.

Lorsqu'on est en présence de l'ennemi et qu'on manœuvre depuis plusieurs jours pour en venir aux mains, le chirurgien en chef doit reconnaître le terrain ou l'étudier sur la carte ; dès qu'il sait, par la voie de l'ordre de l'armée, la position qu'occuperont les troupes, il désigne les lieux où viendront se placer les ambulances, et il indique les établissements provisoires en arrière sur lesquels les ambulances évacueront leurs blessés. Mais de grandes batailles se livrent quelquefois à l'improviste, commencent

par des escarmouches et s'engagent contre la volonté et même à l'insu des généraux; les dispositions sont prises alors et accommodées aux circonstances, le mieux et le plus rapidement possible.

Dans tous les cas, chaque ambulance marche avec sa division, et vient se placer en arrière d'elle à proximité du champ de bataille, derrière un repli de terrain ou un bouquet de bois, dans une ferme ou dans un bâtiment. On cherchera un endroit le plus possible à couvert du feu de l'ennemi, pourvu de paille, de bois et d'eau, bien que les tonnelets de l'ambulence aient été préalablement remplis. Un drapeau rouge placé sur un point culminant de l'édifice ou du voisinage signalera aux blessés et à ceux qui les transportent le lieu où l'ambulance est établie.

Un seul caisson sera tout d'abord déchargé des caisses et paniers de chirurgie; les autres caissons ne seront déchargés que successivement, au fur et à mesure des besoins, afin d'éviter le désordre et la perte de temps, dans le cas où l'on serait obligé de changer de place. Les médecins préparent leurs instruments et leurs appareils de pansement; ils font disposer la table d'opération, préparer les abris, le couchage des blessés et un copieux approvisionnement de boissons composées de solution de suc de réglisse, de vin ou d'eau-de-vie étendus d'eau. On réunira auprès de l'ambulance tous les moyens de transport qui en font partie et tous ceux qui pourront être trouvés et mis en réquisition sur le lieu même.

Dès le début de l'action, les médecins des corps accompagnés des soldats porte-sacs et des cantines d'infirmerie régimentaire portées à dos de mulet, donnent les premiers secours aux blessés, sur le terrain. Ils ne doivent pas songer à pratiquer, séance tenante, des opérations de quelque durée; ils ne pourraient le faire sans imprudence et sans s'exposer à les laisser inachevées. Ils se borneront à remplir les indications les plus urgentes, telles qu'arrêter une hémorrhagie par la compression ou le tamponnement, en réservant la ligature pour les cas d'absolue nécessité; achever l'ablation d'un membre presque détaché du corps par un gros projectile; fermer une plaie pénétrante; immobiliser provisoirement un membre fracturé; faire charger avec précaution sur les brancards ou les cacolets les hommes atteints de lésions graves*

Si les troupes combattent en place, ou sans faire de grands mouvements, les médecins des corps pourront accomplir régulièrement leur mission : il leur sera possible, comme durant des marches ou des combats partiels qui ne nécessitent pas l'établissement des ambulances divisionnaires, de faire décharger les cantines d'infirmerie, de se* réunir entre eux et de former sur le terrain même une petite ambulance plus mobile que l'ambulance divisionnaire sur laquelle ils dirigent néanmoins les blessés.

Mais si les troupes marchent en avant ou reculent, les médecins des corps rencontrent souvent à leur service des obstacles insurmontables. Les troupes se replient-elles en arrière, ils doivent faire tous leurs efforts pour emporter leurs blessés, pansés ou non, et quand, dans une retraite précipitée, ils ne peuvent y parvenir, ils sont bien obligés d'abandonner les malheureux qu'il leur est impossible de secourir, s'ils ne- veulent se faire tuer inutilement avec eux et auprès d'eux. Dans une marche rapide en avant, les médecins, en suivant leurs régiments, laissent en arrière, sans les panser, les blessés qui tombent chemin faisant; s'ils s'arrêtent pour donner leurs soins aux hommes atteints, ils sont bientôt distancés, isolés quelquefois, et très-souvent ils ne peuvent plus rejoindre les corps auxquels ils appartiennent. Ce qu'ils ont de mieux à faire, dans ce dernier cas, c'est d'aller offrir leurs services aux ambulances divisionnaires, où ils seront toujours les bienvenus.

Il y a donc des circonstances fréquentes où le service de santé, sur le lieu même du combat, ne peut être exclusivement assuré par les seules ressources des corps de troupes. Néanmoins, autant que possible, les médecins des corps accompagneront leurs régiments respectifs; le soldat qui ne voit pas son chirurgien à côté de lui marche au feu avec moins de confiance; il a besoin de croire que le secours qui peut lui devenir nécessaire lui sera donné immédiatemenl, C'est aux chirurgiens des ambulances à relever les blessés laissés en arrière par les combattants, et à leur donner les premiers soins. A cet effet, le chirurgien en chef de l'ambulance envoie sur le terrain abandonné par les troupes, un ou deux de ses aides avec quelques infirmiers munis de musettes à linge, des mulets de litières et de cacolets et des brancards.

L'enlèvement des blessés du champ de bataille et leur transport à l'ambulance est la partie la plus défectueuse du service de santé en campagne. Aujourd'hui même, après les grandes guerres de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci, après les sanglantes batailles de nos jours, ce service si essentiel n'est attribué à personne, ou plutôt on n'a mis personne en état de le rendre. Lorsque les blessés tombent dans les rangs, ils n'ont, dans l'état actuel des choses, que leurs camarades pour les emporter aussi péniblement pour les uns que pour les autres, sur le dos, sur les bras, suides fusils, dans la capote ou le manteau. Les inconvénients de celte situation sont connus ; le soldat quitte son rang, souvent pour n'y plus rentrer ou sans le retrouver de longtemps; le nombre de soldats emportant leurs camarades se borne rarement au strict nécessaire, et l'on a pu voir quelquefois quatre, cinq et six militaires conduire à l'ambulance un homme légèrement blessé et marchant aussi bien que ses compagnons.

L'ambulance envoie bien derrière les combattants des mulets de cacolets et des brancards, mais elle ne dispose pas d'un personnel d'infirmiers assez nombreux pour en détacher les hommes destinés à relever les blessés, à les charger sur les mulets, à les rapporter au besoin sur les brancards. Dans la dernière guerre d'Italie (1859) on a cherché, dans le but de prévenir les abus que nous avons signalés, à assurer ce service en formant des brigades de porteurs composées des musiciens disponibles dans chaque corps. Cette tentative ne saurait être admise comme un précédent à imiter, non plus que la proposition faite d'affecter à ce service des hommes pris dans le rang, désignés à l'avance et choisis parmi les plus braves.

Il est indispensable que l'enlèvement des blessés du champ de bataille et leur transport à l'ambulance soient confiés à des hommes spécialement affectés et exercés à ce service, et qui ne fassent aucun vide dans les rangs : l'effectif des combattants serait ainsi maintenu aussi complet que possible; les blessés seraient secourus plus promplement et plus efficacement. Aussi pensons-nous qu'il est nécessaire de revenir, en y apportant quelques modifications, au projet de Percy, qui consistait à créer un corps spécial de brancardiers, fourni par les infirmiers d'ambulance.

Ce projet, qui avait eu un commencement d'exécution à l'armée d'Allemagne, dont on avait reconnu l'utilité, et qui avait été adopté en principe par un décret impérial de décembre 1813, fut indéfiniment ajourné par suite des événements politiques (1). Au lieu d'avoir dans une ambulance un effectif de 15 à 20 infirmiers, il faudrait élever le nombre de ces hommes au chiffre de 80 ou 100 : les uns, chargés de la tenue des cahiers et des petits pansements (au nombre de 10), resteraient à la disposition immédiate des médecins; les autres, en nombre égal, seraient affectés au service matériel de l'ambulance; les derniers, enfin, seraient chargés d'enlever les blessés du champ de bataille. Munis d'une musette à linge et d'un petit bidon rempli d'eau alcoolisée, ils se tiendraient avec les brancards et les mulets de cacolets immédiatement derrière la ligue des combattants, prêts à relever et à transporter les hommes atteints, et établiraient un vaet-vient continuel entre le terrain du combat et l'ambulance, sous la surveillance de leurs sergents et caporaux.

Les blessés, en arrivant à l'ambulance, doivent tous être examinés avec soin et séparés en deux catégories : ceux qui n'ont que des blessures légères et ceux qui, déjà pansés sur le champ de bataille, n'occuperont le chirurgien que plus tard, sont placés d'un côté; tandis que de l'autre sont placés les blessés gravement atteints pu réclamant quelque opération, dont on

(1) Laurent, Histoire de Percy , p. 387.

s'occupe immédiatement. Il faut toujours, suivant le précepte donné par D. J. Larrey et inspiré par un sentiment de haute et, ferme charité, commencer par donner ses soins au plus dangereusement blessé, sans avoir égard au rang et aux distinctions (1). Lorsque les blessés arrivent en petit nombre et successivement, on peut immédiatement pratiquer les opérations et faire les pansements définitifs ; quand, au contraire, ils arrivent en grand nombre et collectivement, il faut se contenter d'en faire le triage, ne pratiquer que les opérations d'une urgence immédiate et remettre les autres après le combat.

Le combat terminé, un médecin, accompagné d'infirmiers et de moyens de transport, parcourra le champ de bataille afin de s'assurer que tous les blessés ont été enlevés, et de porter secours à ceux qui seraient restés sur le terrain. Ce service est de la dernière importance; il doit être fait avec beaucoup de promptitude et avec un soin tel, qu'après la journée la plus sanglante, pas un blessé ne passe la nuit sur le champ de bataille.

Tous les blessés, à mesure qu'ils sont pansés ou opérés, sont évacués de l'ambulance de bataille sur le lieu le plus rapproché où l'on a décidé d'établir un hôpital temporaire. Quelques-uns cependant, atteints de lésions trèsfégères, retournent à leurs corps et y reprennent les armes; les autres, ayant des blessures plus graves, quoique légères encore, gagnent à pied le lieu qui leur est indiqué; les derniers, enfin, à qui la gravité de leurs blessures interdit la marche, sont transportés par tous les moyens que procurent le train des équipages, les transports auxiliaires ou les réquisitions. Les mulets de cacolels et de litières ne doivent jamais quitter l'ambulance afin d'être toujours prêts à marcher avec elle.

Si l'évacuation des ambulances de bataille n'a pu se terminer avant que l'armée se remette en marche, on laisse en arrière quelques médecins et des infirmiers pour prendre soin des blessés qui attendent leur tour de translation ; le gros de l'ambulance suit l'armée, et les médecins laissés en arrière avec les infirmiers la rejoignent dans le plus bref délai.

Les chargements des caissons d'ambulance doivent toujours être maintenus au complet : après chaque affaire, le chirurgien en chef de l'ambulance s'assure de l'état des instruments, des quantités de linge et des médicaments employés, et pourvoit aux besoins par des emprunts faits à ses caissons de réserve ou par des demandes à la réserve d'approvisionnements du quartier général.

Nous avons indiqué, dans le cours de cet ouvrage, les moyens de pourvoir aux pansements et aux appareils les plus simples, les plus légers et les

(1) D. J. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, t. III, p. 5,

plus économiques. Nous nous bornerons à rappeler ici combien il importe dans les ambulances de ménager les ressources dont on dispose.

Le chirurgien en chef de l'armée doit se porter pendant le combat du côté où l'action paraît être le plus vive et parcourir toutes les ambulances de la ligne de bataille, afin de s'assurer que chacun est à son poste, d'aider ses collaborateurs manu et consilio, d'inspirer aux blessés le courage et la confiance que commandent toujours l'autorité et l'expérience. Il se fera remettre après chaque affaire l'état aussi exact que possible des blessés reçus aux ambulances et des opérations qu'ils ont subies; ces renseignements joints aux rapports bihebdomadaires qu'il demandera aux médecins des hôpitaux et des corps de troupes, serviront plus tard à faire l'histoire médico-chirurgicale de la campagne.

Telles sont, en grande partie, les prescriptions réglementaires qu'on doit s'efforcer de mettre en pratique : inscrites dans le règlement du 1 er avril 1831 sur le service de santé, elles n'ont pas cessé d'être en vigueur, si toujours elles n'ont pas été suivies exactement. Sous des formes différentes, mais facilement reconnaissables, elles nous ont été empruntées par les puissances étrangères où elles semblent avoir acquis un degré de perfectionnement qui n'est autre, peut-être, que leur stricte observance par tous ceux qui doivent les exécuter.

Installation des hôpitaux temporalités. — D'après le règlement, on distingue ces établissements en hôpitaux de première, de deuxième et de troisième ligne, à partir de la base d'opérations de l'armée : mais ce que nous avons dit des évacuations par les chemins de fer, permettant de transporter en trois, quatre ou cinq jours les malades et blessés à des distances considérables, diminue l'importance qu'on attachait jadis, avec raison, à espacer les localités d'évacuation et de réception par des intervalles pouvant être parcourus sans trop de peine en une journée.

D'une manière générale, les hôpitaux temporaires sont régis et doivent fonctionner sur le même pied que les hôpitaux permanents de l'intérieur; la vérité est qu'il ne faut pas prétendre y trouver les mêmes ressources, mais chercher à les en rapprocher. Le choix des emplacements et des bâtiments, la fixation de leur contenance en lits, les facilités d'aération, le rapport numérique des médecins et des infirmiers aux malades sont les points qu'il importe de noter dans leur installation ; les moyens de traitement, d'alimentation, etc., se complétant presque toujours promptement.

On établit généralement ces hôpitaux soit dans des hôpitaux mêmes, soit dans des casernes, couvents, séminaires, etc., soit encore dans des églises. Les églises ont, pour la plupart, l'inconvénient d'être humides ou froides ;

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