HÔPITAUX TEMPORAIRES
les hôpitaux, casernes, couvents et autres établissements analogues ont l'inconvénient plus grand encore de n'offrir aux malades et blessés qu'un asile déjà contaminé par la population qui leur cède la place. Au point de vue de l'hygiène, on fera donc bien, autant que les ressources locales le permettront^ d'éviter la transformation en hôpitaux temporaires de bâtiments précédemment occupés et qui, d'ailleurs, en raison même des facilités administratives qu'ils présentent, sont rapidement encombrés. A ce sujet les enseignements de la guerre d'Orient (1855), pendant Inquelle se sont élevés sur les rives du Bosphore, à l'instigation de Michel Lévy, de nombreux hôpitaux en baraques, n'ont point été perdus.
Pendant la guerre de la sécession des États-Unis, les Américains ont parfaitement connu et- apprécié cet exemple, et par un entraînement que leur propre expérience a justifié, ils ont généralisé les applications du principe des hôpitaux-baraques, qui n'est autre, en lin de compte, que celui de la dissémination des malades ou au moins de l'atténuation de toutes les influences d'encombrement, d'infection et de contagion.
Les hôpitaux-baraques et les hôpitaux sous tentes ont fait leurs preuves de salubrité relative : les baraques et les tentes s'infectent comme les constructions en pierre, mais elles ont sur ces dernières constructions l'immense avantage que les unes peuvent être transportées facilement sur un sol vierge, les autres démolies et reconstruites ailleurs, sans grands frais. La dissémination des malades et blessés dans de petits édifices, dans des baraques, sous des tentes, et, si cela est possible, chez les habitants mêmes, constitue la mesure préventive la plus puissante des épidémies qui happent presque fatalement des agglomérations d'hommes et déciment si souvent les armées en campagne. Peut-être les avantages incontestables des hôpitaux-baraques suggéreront- ils l'idée de substituer, même en temps de paix, dans les grandes villes de l'intérieur, des établissements d'une installation aussi prompte que facile, construits en matériaux légers et peu coûteux, pouvant être démolis et déplacés tous les dix ou quinze ans, à ces monuments dispendieux de la chanté publique que l'on érige si lentement, et qui, infectés par une occupation constante, sonttous plus ou moins imprégnés d'un inéphitisme séculaire.
Les baraques et les tentes ont leurs inconvénients; elles sont froides en hiver, chaudes en été. Les tentes notamment sont des abris tout à fait insuffisants pour les malades lorsque les froids se déclarent; il en est de même des tentes-baraques. Dans les hôpitaux-baraques ou dans les hôpitaux sous tentes, le service administratif a toujours présenté jusqu'ici quelques difficultés d'exécution, en raison de leur installation imparfaite. Ces établissements exigent un personnel souvent très-nombreux que l'armée elle-
même ne pourrait donner, mais qu'elle pourrait sans cloute emprunter aux comités de secours.
Baraques. — Depuis les publications (circulaire n° 6) faites par le Surgeon gênerai' s Office des États-Unis d'Amérique, des plans et modèles d'hôpitaux temporaires qui ont été construits pendant la guerre de la sécession, des modèles et des plans nombreux de baraques, de tentes et de tentes-baraques ont été produits, qui se rapprochent plus ou moins, sans les égaler, des établissements de Y Union, et tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet ont répété ou développé ce que le premier nous avons dit à ce sujet (1).
Les nécessités du service et la pratique apportèrent aux premières constructions faites par les Américains de nombreuses modifications; et bientôt un ordre circulaire du War department prescrivit l'uniformité de ces établissements sur quelques points essentiels, et insista sur l'obligation faite aux officiers chargés de la construction des hôpitaux, de n'affecter aucun bâtiment au service hospitalier sans l'approbation d'un inspecteur médical, et de n'en élever aucun sans en avoir soumis les plans à l'approbation du chirurgien général.
Les principes qui dominent dans tous les plans donnés par les Américains pour la construction des hôpitaux, consistent : 1° à isoler chaque bâtiment, chaque pavillon-baraque, qu'il soit destiné au logement des malades, des médecins, des employés et des gens de service ou aux bureaux, magasins, salles à manger et cuisines, buanderie, corps de garde, écuries, etc. ; 2° à relier les divers locaux qui, pour le bien et l'exécution du service, doivent communiquer entre eux par des galeries couvertes d'une toiture sans bas côtés ; 3° à espacer les bâtiments de 10 mètres au moins et à les disposer de façon que l'un ne nuise pas à la ventilation de l'autre; U° enfin à orienter, du nord au sud, le grand axe des salles de malades dont les façades sont exposées ainsi à l'est et à l'ouest.
Des dispositions variées ont été données aux hôpitaux : Dans les uns, la moitié des pavillons rangés parallèlement les uns derrière les autres, s'ouvre perpendiculairement sur une longue galerie ; l'autre moitié est disposée symétriquement, et les deux parties sont reliées par un bâtiment central destiné à l'administration. Dans les autres, et le nombre en est assez grand, les pavillons sont disposés en rayons s'appuyant par leur extrémité centrale sur une galerie circulaire ou elliptique qui les met en communication les uns avec les autres et avec les bâtiments d'exploitation, placés au centre; enfin, dans d'autres encore, les pavillons sont échelonnés sur une galerie qui
(1) Legouest, Le service de santé des armées américaines pendant la guerre des États-Unis, 1861-66. Paris, 1866.
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forme les deux côtés d'un triangle dont le sommet est occupé par le bâtiment de l'administration, la base, par des tentes destinées à des malades ou à des troupes de service, et l'aire, par les bâtiments d'exploitation.
Ce dernier plan, que les Américains recommandent de préférence, est celui sur lequel a été construit l'hôpital Lincoln, à Washington, d'après les données fournies par J. C. Kee, lieutenant-colonel chirurgien des États- Unis (fig. 149).
Chaque pavillon de malades contient une salle de GO lits, et deux petites salles, à chacune de ses extrémités : l'une est destinée à la supérieure des infirmières, l'autre au dépôt du linge, des médicaments et des objets de pansement de première nécessité; la troisième est une salle de bains; la dernière, un cabinet d'aisances. Les latrines sont toujours placées à l'extrémité excentrique des salles et munies de tonneaux qui sont vidés et chaulés toutes les nuits.
Les pavillons sont faits en planches non rabotées, imbriquées les unes sur les autres, et ils sont couverts de toits également en planches et revêtus de papier goudronné. Le plancher est en bois et élevé de 2 pieds au-dessus du sol ; les parois sont blanchies à la chaux ; elles sont de plus revêtues à l'intérieur d'une couche de plâtre partant du plancher jusqu'à une hauteur de 8 pieds.
Les salles de malades ont 187 pieds de long sur 24 de large, 16 pieds de haut jusqu'à l'origine du toit, et 30 pieds jusqu'au sommet de celui-ci. Elles sont percées de 34 fenêtres les unes vis-à-vis des autres, de quatre portes, une à chaque bout et deux au milieu, l'une en face de l'autre. Il reste une allée de 1 1 pieds de large entre les deux rangées de lits. Quand une salle est pleine et contient soixante malades, il y a pour chacun d'eux 70 pieds carrés de surface et 1450 pieds cubes d'air.
Mieux avisés qu'un certain nombre d'administrations soit publiques, soit hospitalières, les chirurgiens américains ont appliqué à leurs salles de malades les moyens de ventilation les plus connus, les plus simples et les plus efficaces : ils ont pris l'air pur à l'extérieur par le bas de la salle, ils se sont débarrassés de l'air échauffé et contaminé par la partie supérieure. A cet effet, quatre larges ouvertures garnies d'un grillage solide, sont percées à distance régulière dans le plancher de la salle et communiquent au-dessous de lui avec l'air extérieur, par des tuyaux de bois ; tandis que le faîte de la la toiture est ouvert en ventilateur sur toute la longueur du bâtiment {fig. 146 et 147).
Par cette disposition on obtient une abondante provision d'air frais pendant la saison chaude et les températures atmosphériques moyennes, même lorsque les portes et les fenêtres sont fermées. En hiver, le faîte de la Legouest. — 2e édit. 50
Fie. 146. — Disposition des poêles, des prises d'air et des manches a air,
vue de face.
in
Fig. 147. — Disposition du faite de Fig. 148.— Disposition des poêles, des la toiture des baraques pour per- manches et des prises d'air, vue de
mettre la sortie de l'air. côté.
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toiture est clos, et la ventilation se fait par des manches à air, à l'aide des moyens de chauffage employés. Dans chaque salle sont quatre poêles de fonte chauffés au charbon ; chacun d'eux est entouré d'une chemise de zinc ou de tôle de fer, et placé au-dessus d'une chambre à air frais communiquant avec l'extérieur [fig. 146 et 148).
A 8 pieds du poêle, dans l'axe longitudinal de la salle, est une manche ou un tuyau de 18 pouces de côté, descendant du toit jusqu'aux fermes, à travers lequel est dirigé le tuyau du poêle même qui détermine un tirage considérable de l'intérieur à l'extérieur (.fig. 148).
Du côté interne des ailes de l'hôpital règne un corridor ou promenoir couvert, par où les malades qui peuvent se lever vont prendre leurs repas dans des salles à manger, et dans lequel un chemin de fer porte à ceux qui ne quittent pas leur lit, les aliments renfermés dans des boîtes garnies de réchauds, depuis la cuisine jusque dans les salles. Ce sont là des améliorations encore loin d'être introduites dans le plus grand nombre des hôpitaux européens. Nous avons vu cette disposition en Suisse, notamment à Bâle et à Saint-Gall. Les réfectoires, construits comme les pavillons-baraques et communiquant directement avec les cuisines, sont assez grands pour recevoir un nombre de convives égal aux deux tiers de celui des lils que comporte l'hôpital.
Ilestà peine nécessaire de dire que le travail manuel a été remplacé par le travail mécanique partout où il a pu l'être avantageusement ; une machine à vapeur alimente d'eau chaude et d'eau froide toutes les parties de l'établissement ; elle est appliquée au service de la cuisine, pour la cuisson d'une partie des aliments, au service des bains, des pompes à incendie, etc.
La libéralité qui a présidé à l'installation des bâtiments destinés à l'administration est très-remarquable : le bâtiment de l'administration, proprement dit, possédant seul un rez-de-chaussée et un étage, les réfectoires, la cuisine, la buanderie, le logement des employés et gens de service, celui des sœurs, le logement des médecins, le local de la machine à vapeur, le magasin des vivres, le magasin de charbon, la cantine, la chapelle, la chambre des morts, les écuries n'ont pas nécessité moins de vingt pavillons isolés; et parmi tant de choses à signaler, il en est une qui mérite tout particulièrement de l'être. C'est l'installation de la pharmacie, desservant un hôpital de douze ou quinze cents malades, et celle de ses magasins, dans un espace de 25 mètres carrés environ.
Si les principes émis sur la construction des hôpitaux par la circulaire ministérielle de V Union, sont d'une ampleur inusitée, son application a encore dépassé tout ce que les prévisions des administrateurs du vieux continent auraient pu concevoir. «Jamais dans l'histoire des nations, dit avec un
mgaranoDDDflgii «
Img. 149. — Hôpital général Lincoln à Washington, D. C. (Échelle 1/2400).
1. Bâtiment de l'administration. — 2, 2, 2, 2. Salles. — 3, 3. Salles à manger. — 4. Cuisine. — 5. Buanderie., — 6. Appartement de l'économe. — 7. Logement des sœurs. — 8. Machine. — 9. Boucherie. — 10. Magasin de charbon. — 11. Commissariat. — 12. Cantine. — 13. Chapelle.
— 14. Écurie. — 15. Logement des employés. — 16. Corps de garde. — 17. Salle des morts.
— 18. Baraque des troupes de service. — 19, 20, Logements des officiers. — 21. Tentes. — 22. Réservoir,