CHAPITRE IV
Contusions. — Phénomènes locaux. — Degrés des contusions. — Plaies contuses. — Caractères et degrés. — Commotion et stupeur. — Traitement des contusions, des plaies contuses, de la commotion et de la stupeur.
Les armes et les instruments de guerre peuvent tous, à très-peu d'exceptions près, être employés comme instruments contondants : le dos et le pommeau des armes blanches, la crosse des fusils et des pistolets, les haches d'infanterie et de cavalerie, les refouloirs, les leviers et les marteaux d'artillerie, les massues et les pics du génie, deviennent autant d'instruments contondants aux mains de travailleurs ou de combattants, surpris par le besoin de la défense, ou pressés par l'ardeur d'un combat corps à corps.
Les manœuvres de force de l'artillerie, les éboulements qui surviennent dans les explosions, dans les travaux de mine ou de terrassement du génie, les lourds affûts roulants, les caissons chargés de munitions, les voitures pesantes des équipages militaires, les chevaux eux-mêmes sont souvent l'occasion d'accidents graves, qui présentent à l'observation des plaies contuses et des contusions à divers degrés.
Tous les projectiles des armes à feu, enfin, produisent des contusions et des plaies contuses, que la série de phénomènes et d'accidents particuliers qu'elles déterminent a fait étudier d'une manière spéciale sous le nom de blessures par armes à feu.
Les corps contondants donnent lieu à deux genres de blessures : les contusions et les plaies contuses.
Les contusions consistent dans la lésion des tissus de l'économie par le choc ou la pression des agents extérieurs; elles ont pour caractère fondamental, Pextravasation des liquides organiques, sans division du tégument externe.
9k BLESSURES PAR ARMES ET CORPS CONTONDANTS.
Les plaies contuses diffèrent des contusions par. la solution de continuité de la peau.
Les contusions et les plaies contuses présentent à considérer des phénomènes locaux et des phénomènes généraux.
Contusions. — Phénomènes locaux. — Les phénomènes locaux de la contusion varient depuis le froissement le plus léger des parties contuses, jusqu'à l'attrition des tissus mous, la fracture et le broiement des os du squelette. Le volume, la. forme et la densité des corps contondants, la quantité de mouvement qui les anime et la direction qu'ils affectent, la constitution anatomique et la disposition des parties frappées, sont autant d'éléments qui donnent lieu à des différences remarquables dans les phénomènes locaux des contusions.
Les corps orbes, d'un volume médiocre et d'une grande densité, frappant les parties perpendiculairement ou plus ou moins obliquement, déterminent particulièrement des contusions : ils exercent spécialement leur action sur les tissus mous et friables.
La contusion n'est pas toujours le résultat du choc direct des agents extérieurs; elle est quelquefois encore occasionnée par l'ébranlement transmis dans les organes par de violentes secousses, par des chutes, par des coups portés à une dislance plus ou moins considérable du lieu où elle se manifeste; elle a lieu, dans ce cas, par contre-coup (1). C'est surtout par l'intermédiaire des os que les contre-coups se produisent : un os frappé communique secondairement, soit aux parties molles, soit aux parties dures avec lesquelles il est en contact, le choc qu'il a reçu. Le retentissement du choc secondaire est quelquefois perçu en môme temps que le choc direct : la douleur en est le seul signe immédiat ; une tuméfaction parfois molle et indolente lui succède; d'autres fois, une inflammation sourde d'abord se manifeste, s'avive à la longue, détermine du gonflement, de l'œdème, des suppurations au voisinage des os et l'altération de ces derniers.
Quoi qu'il en soit, la contusion, ainsi que l'a dit Velpeau (2), est toujours produite mécaniquement par l'action d'une puissance sur une résistance soutenue par un point d'appui plus ou moins solide; les agents vulnérants jouant le rôle de la puissance, les tissus soumis à leur action représentant la résistance, et un corps extérieur, ou les tissus sous-jacents à ceux qui éprouvent la contusion, servant de point d'appui.
Les différents tissus de l'économie n'offrent pas une résistance égale à
(1) Bazille, Prix de l'Académie de chirurgie, édition io-8°. Paris, 1819, t. IV, p. 420.
(2) Velpeau, De la contusion dans les divers organes. — Thèse de concours pour la chaire de pathologie chirurgicale. Paris, 1833.