CONTUSIONS
l'action des corps contondants; leur élasticité, leur mobilité et leur densité variables font qu'ils échappent, qu'ils cèdent, ou qu'ils résistent mieux aux chocs qui les atteignent. Les os, par leur dureté et leur grande densité, sont, de tous les tissus, ceux qui résistent davantage à l'action des agents extérieurs. La peau, le tissu jaune élastique, le tissu cellulaire, par la souplesse et l'élasticité dont ils sont doués, échappent plus facilement que les muscles aux effets de la contusion ; les différents organes, suivant la mollesse ou la friabilité du tissu qui les constitue, sont plus ou moins facilement contusionnés parle choc des corps vulnérants.
La contusion est ordinairement instantanée : quelquefois cependant elle se produit lentement, sous l'impression prolongée et souvent répétée des agents extérieurs.
Degrés de la contusion. — La contusion offre des degrés qui sont distingués d'après les altérations plus ou moins profondes éprouvées par les parties (1).
Le premier degré de la contusion consiste dans la solution de continuité des plus petits vaisseaux de la partie contuse, et dans une effusion de sang peu considérable, qui produit une infiltration et donne lieu à l'ecchymose.
Le deuxième degré consiste dans la rupture de vaisseaux d'un calibre plus fort, dans une déchirure plus ou moins étendue des parties et dans un épanchement de sang en quantité variable, réuni en collection.
Le troisième degré présente une profonde altération et une gangrène consécutive des tissus intéressés.
Le quatrième et dernier degré consiste dans l'attrition et la désorganisation immédiate des parties atteintes.
Le premier degré de la contusion, lorsqu'il n'intéresse aucun organe important ou de texture délicate, est toujours un accident léger et ne donne lieu à aucun gonflement, à aucune douleur notable. La douleur, cependant, apparaît quelquefois à la pression, longtemps après la production de l'accident, et présente une assez longue durée; d'autres fois encore, elle survient instantanément avec une très-vive acuité, pour disparaître après quelques instants : ces phénomènes se présentent lorsque le choc a porté sur le trajet de troncs nerveux, ou sur des parties où la peau repose sur les os. L'ecchymose qui suit la contusion est le résultat de l'infiltration sanguine dans le tissu cellulaire : elle est caractérisée par une tache violacée, bleuâtre, ou presque noire, suivant qu'elle est produite par un choc plus ou moins violent, ou qu'elle siège dans des parties plus ou moins abondamment pourvues de tissu cellulaire lâche ou lamelleux, et recou-
(1) Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. Y,' p. 264.
vertes par une peau plus ou moins fine. Le siège primitif de l'ecchymose est habituellement le point contus lui-même. L'ecchymose apparaît immédiatement sur le lieu frappé, lorsque la contusion est superficielle; elle se montre après une période de deux h huit jours, lorsque la contusion a agi plus profondément. A mesure que la dissociation des éléments du sang et leur résorption s'opèrent, la coloration de l'ecchymose diminue d'intensité, prend une teinte jaunât-e, puis verdâtre de plus en plus faible, et finit par disparaître dans un temps dont la durée varie de quelques jours à six semaines, deux mois et même davantage, selon la violence de la contusion. En même temps que l'ecchymose pâlit, elle s'étend davantage. Elle apparaît très-souvent sous les teintes les moins foncées dans un lieu assez éloigné de celui qui a subi le choc, lorsque d'épaisses et solides aponévroses entrent dans la constitulion anatomique de la région contuse. Ce phénomène remarquable tient à ce que l'infiltration sanguine est limitée ou dirigée dans sa marche par les plans aponévrotiques et par la disposition plus ou moins dense et résistante du tissu cellulaire : ces considérations permettent quelquefois d'indiquer à l'avance, suivant la région atteinte, la direction que prendra l'ecchymose et le lieu de son apparition.
Le second degré de la contusion, c'est-à-dire la rupture de vaisseaux plus considérables que les capillaires par la déchirure plus étendue des tis~ SUS; donne lieu à des épanchements sanguins qui se réunissent en collection plus ou moins bien limitées, et dont l'évolution successive se termine de diverses manières. La quantité de sang épanché dans ces foyers est trèsvariable : elle peut n'être que de quelques grammes ou atteindre deux, trois, quatre et cinq cents grammes. Les tumeurs qui résultent de l'accumulation du sang en foyer sont superficielles ou profondes; elles siègent immédiatement au-dessous de la peau ou au-dessous des aponévroses. Superficielles, elles se montrent sous l'aspect d'une saillie arrondie, fluctuante, de couleur rougeâtre, marbrée de teintes violettes ou bleuâtres : l'intensité de la coloration et la fluctuation diminuent du centre à la circonférence, qui présente un relief circulaire plus dur que le reste de la tumeur. Cette disposition se rencontre surtout dans les contusions siégeant sur une région soutenue par un plan osseux superficiel; elle a été prise quelquefois, et particulièrement au crâne, pour le rebord d'une fracture avec enfoncement central des fragments. Le relief résistant de la base des tumeurs sanguines, indique la limite de l'épanchement sanguin faisant place à l'infiltration sanguine.
Les tumeurs sanguines superficielles sont quelquefois le siège de battements pulsatifs. Ces battements, nés de la rapidité avec laquelle le sang traverse les artérioles divisées, cessent quelques heures après l'accident,