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CHAPITRE V

Blessures par les gros projectiles. — Effets des gros projectiles. — Effets des projectiles creux, de leurs éclats et des corps mis en mouvement par les gros projectiles. — Contusions; plaies contuses. — Traitement en général.

Blessures par les balles. — Contusions ; plaies ; déchirures ; sillons ; sétons ; pénétration des balles. Ouvertures d'entrée et de sortie des balles. Ouvertures multiples. Trajet des balles. Déviation, déformation et division des balles.

Projectiles divers : Effets qu'ils produisent.

Les blessures par armes h feu ne sont, à proprement parler, que des blessures par contusion. Elles ont été distinguées des contusions et des plaies contuses ordinaires, en raison des causes qui les déterminent, de l'aspect particulier qu'elles présentent, des phénomènes locaux et généraux auxquels elles donnent lieu, des complications spéciales qu'elles affectent, des indications qu'elles réclament, des résultais ultérieurs qui en sont la conséquence, des conditions enfin où elles sont habituellement observées.

Produites par l'action des divers projectiles que nous avons énumérés, elles présentent, suivant qu'elles sont déterminées par des projectiles de gros calibre, ou par des projectiles de petit calibre, des différences assez grandes pour justifier leur division en blessures par les gros projectiles et en blessures par les petits projectiles.

Blessures par les gros projectiles. — Les blessures faites par les gros projectiles se rapprochent beaucoup plus que les blessures faites par les petits projectiles, des contusions et des plaies contuses ordinaires ; cette considération nous engage à les décrire immédiatement après celles-ci.

Les gros projectiles sont pleins ou creux : les uns sont sphériques, les autres ont une forme allongée.

Les projectiles pleins sont les boulets ronds en fonte de fer de divers calibres ; les projectiles creux sont les obus, les bombes, les grenades, fabriqués comme les premiers en fonte de fer.

Les gros projectiles pleins ne se divisent pas sur les os et les tissus de l'économie, mais ils peuvent se briser sur des corps extérieurs très-résis- .tants et agir par leurs éclats.

Les projectiles creux, chargés de poudre ou en même temps de poudre et déballes, font explosion à un moment calculé de leur course, et agissent par, leur masse tout entière, par leurs éclats, ou simultanément par les petits projectiles qu'ils renferment.

Les boulets rainés, réunis par une barre de fer plus ou moins longue, tournoient l'un sur l'autre et peuvent agir par leur masse ou par la tige de fer qui les relie.

Les gros projectiles agissent non-seulement par eux-mêmes, mais souvent encore par l'intermédiaire des corps qu'ils rencontrent sur leur passage, et auxquels ils communiquent une impulsion plus ou moins énergique. Des morceaux de bois brisés, des éclats de pierres, des cailloux, des armes même, peuvent être mis en mouvement par les gros projectiles et donner lieu à des blessures. Lorsque les bouches à feu sont chargées à blanc, c'est-à-dire de poudre seulement, la bourre qui maintient la poudre peut occasionner les accidents les plus sérieux. Alors même que la poudre n'est pas maintenue par une bourre, le choc seul des gaz s'échappant de l'arme, détermine à petite distance des contusions et des ébranlements redoutables.

Effets des gros projectiles. — Les effets des gros projectiles sont, en général, proportionnels à leur force d'impulsion et à leur volume. La force d'impulsion, très-considérable au début de la course des projectiles, s'amoindrit progressivement jusqu'à ce que les projectiles deviennent inertes. Le volume des projectiles peut être moindre que celui des parties frappées, l'égaler, ou le surpasser; les parties peuvent être frappées sous un angle plus ou moins ouvert : de là naissent de nombreuses variétés dans les blessures.

On s'est beaucoup occupé jadis, et récemment encore, des effets produits par le vent du boulet. Il est à peine besoin de répéter que l'air déplacé par le passage d'un gros projectile, n'éprouve aucune espèce de modification physique ou chimique, et que son déplacement est incapable de déterminer un choc suivi d'accidents. Les blessures attribuées au vent du boulet résultent de l'action immédiate du boulet lui-même, ainsi que l'ont prouvé l'expérience et l'expérimentation parfaitement d'accord, ici, avec la théorie.

Contusions. — L'action des gros projectiles donne lieu à des contusions et à des plaies contuses de tous les degrés.

Doués d'une impulsion peu considérable et frappant très-obliquement les parties, les projectiles peuvent ne produire que des contusions de peu d'importance : mais, animés d'une grande quantité de mouvement, ils déterminent, bien que leur incidence soit oblique, l'attrition des viscères,

la fracture des os, le broiement des parties profondes, tout en ne divisant pas le tégument externe. Ce sont ces effets profonds des projectiles agissant obliquement, qui ont été attribués au vent du boulet. Les degrés, la marche et le traitement des contusions produites par les gros projectiles, ne diffèrent pas de ceux des contusions ordinaires dont nous avons traité dans le chapitre précédent.

Plaies confuses. — Les gros projectiles déterminent le plus souvent des plaies contuses : tantôt les plaies conluses ressemblent aux phies contuses ordinaires, tantôt, et c'est le cas le plus commun, elles se présentent avec perle de substance. L'impulsion et la direction des projectiles font varier la forme et la gravité des plaies.

Les plaies sont habituellement constituées par un long sillon plus ou moins profond, dont la largeur est en rapport avec le volume du projectile ; les bords de ce sillon sont renversés en dehors, frangés, tout en conservant une certaine régularité, et ecchymoses dans une grande étendue. Selon que le projectile a agi par une plus grande partie de son diamètre, la peau, les parties sous-jacentes superficielles et les parties profondes, ont été dilacérées ou totalement emportées. La surface des plaies est d'un gris rougeâtre, couverte de trac tus ceilulo-fibreux, vestiges des tissus cellulaire, musculaire et aponévrotique déchirés. Ces plaies ne déterminent habituellement pas d'hémorrhagies.

Lorsque les projectiles sont de volume médiocre, ils peuvent traverser les parties en faisant deux ouvertures plus ou moins irrégulières; l'ouverture d'entrée est communément plus petite que l'ouverture de sortie qui présente des déchirures plus grandes et dont les bords sont renversés en dehors. Le trajet de ces plaies est converti en eschare et présente quelquefois des pertes de substance.

Les gros projectiles et les projectiles de moyen calibre pénètrent dans les cavités ou les traversent de part en part, et déterminent alors des désordres qui presque toujours occasionnent la mort, sinon immédiatement, au moins dans un temps très -court.

Les gros projectiles se présentant perpendiculairement ou peu obliquement à la surface des membres, font des plaies d'autant plus étendues qu'ils agissent sur une plus grande partie du diamètre des membres frappés et par une plus grande partie de leur propre diamètre. Les .membres peuvent subir des pertes de substance ou des échancrures considérables, intéressant non-seulement les parties molles et les vaisseaux, mais les os eux-mêmes. Si le projectile qui atteint un membre peu volumineux est d'un très-gros calibre, il peut emporter le membre en entier. Pour que cet effet se produise sur des membres volumineux, il faut que le projectile

vienne frapper par le milieu de son diamètre le centre même des membres. Bien que cet accident ne soit pas rare, il n'est cependant pas très-commun : la plupart du temps les membres sont fracassés et dilacérés sur la plus grande partie de leur circonférence, et restent appendus par des portions de peau ou de muscles qui, par leur élasticité ou par leur situation moins centrale sur le trajet direct du projectile, ont échappé à la destruction immédiate.

Lorsque les membres ont été littéralement emportés, la surface de la plaie qu'ils présentent est des plus irrégulières. La peau et les muscles inégalement déchirés, les extrémités des cordons nerveux et des franges de tissus fibreux pendant sur une vaste plaie d'un gris noirâtre, au milieu de laquelle on rencontre des fragments d'os et les extrémités fracturées des os restés en place, tel est l'aspect que présentent les membres emportés par les gros projectiles.

Ces horribles et vastes blessures ne s'accompagnent pas toujours d'une grande perte de sang; quelquefois même elles ne donnent lieu à aucune hémorrhagic. Ce phénomène remarquable est dû à la rupture à un niveau différent des tuniques artérielles, sous l'effort de traction ou d'arrachement qu'elles subissent. La tunique interne, plus friable que les deux autres, cède et se rompt la première ; après elle vient la tunique moyenne : ces deux tuniques se rétractent et'se recroquevillent, dans une certaine étendue, à l'intérieur de la tunique externe celluleuse qui se laisse distendre, s'amincit, s'effile, se rompt enfin beaucoup au-dessous des tuniques précédentes et, se rétractant et se recroquevillant comme elles, vient mettre obstacle à l'écoulement du sang. L'hémorrhagie apparaît cependant quelquefois après un certain temps, soit par l'effort de l'ondée sanguine, soit par la cessation de la crispation des vaisseaux, soit parla fluxion succédant dans la plaie à la stupeur locale.

Les fractures produites par les gros projectiles, en général, et eu particulier dans les cas qui nous occupent, ne se bornent pas toujours au lieu même où l'os a été frappé; elles remontent plus ou moins haut sur la diaphyse et s'accompagnent quelquefois de fêlures d'une grande étendue.

La manœuvre ou le tir des bouches à feu donne souvent lieu à de graves accidents. Les pièces détériorées par un long usage, présentant quelques défauts de fabrication, chargées depuis longtemps ou mal chargées, éclatent - quelquefois : leurs éclats lancés avec violence agissent comme les éclats des projectiles creux les plus volumineux, brisent les affûts, en détachent des fragments et blessent plus ou moins grièvement les artilleurs de service. Trop souvent encore, dans les pièces chargées par la bouche, des parcelles en ignition, restées dans la pièce au moment où l'on y introduit la poudre,

enflamment celle-ci, avant que les hommes refoulant la charge, aient eu le temps de retirer le refouloir destiné à cet usage. Le refouloir, brisé dans l'intérieur de l'arme et transformé en projectile, déchire ou emporte les mains et les avant-bras des artilleurs qui le tiennent. Les plaies résultant de cet accident sont ordinairement accompagnées de brûlures plus ou moins graves, et recèlent de nombreux fragments de bois.

Dans le chargement des pièces par la culasse, la gargousse peut prendre feu accidentellement et donner lieu à des blessures plus ou moins sérieuses, notamment à des blessures des mains et de la face de l'homme qui introduit la gargousse dans l'arme.

Non seulement, ainsi que nous l'avons déjà dit, les gros projectiles ne se divisent pas dans l'économie, mais encore ils dévient très-rarement de leur route et restent peu souvent dans les parties. On cite, cependant, et nous avons vu nous-même quelques exemples de déviation de projectiles de moyen calibre, et de leur présence dans les parties; mais ce ne sont que des exceptions à la règle générale. Il arrive plus souvent que les projectiles de moyen calibre abandonnent, dans le cours de leur trajet, des portions de vêtements entraînés et poussés au devant d'eux; quelquefois même on a trouvé, enfoui au milieu des parties molles, un projectile de moyen calibre recouvert d'une enveloppe incomplète de tissus de vêtements dont il s'était coiffé.

Projectiles creux. — Les fragments de projectiles creux font des plaies à la fois contuses et déchirées. Ils varient à l'infini, comme nous l'avons dit, de volume et de forme ; ils sont très-irréguliers et présentent deux surfaces unies, l'une concave et l'autre convexe, limitées par des bords découpés en facettes aussi nombreuses que les caprices du hasard et garnis d'aspérités vives et inégales : le nombre des angles rencontrés sur les bords est à peu près illimité. Il est impossible de spécifier le mouvement qui les anime : lancés dans toutes les directions au moment de l'explosion des projectiles, ils déchirent l'air avec bruit et exécutent des mouvements gyratoires commandés par leur forme et la position de leur centre de gravité. Ils peuvent donc agir sur nos tissus par tous les points de leur surface, par leurs plans courbes, comme par leurs angles, leurs bords ou le tranchant de leurs bords.

Les plaies déterminées par les éclats des projectiles creux sont, en général, d'une très-grande irrégularité : elles donnent lieu, plus souvent que les plaies par les gros projectiles, à des hémorrhagies. Elles recèlent plus souvent des portions de vêtements entraînés par les projectiles et des fragments de projectiles même : des éclats de gros volume , provenant de grenades, d'obus et même de bombes, sont restés dans les parties et n'en lecouest. — 2e édit. 8

\\k BLESSURES PAR ARMES A FEU.

ont été retirés qu'après plusieurs jours. Les fragments de projectiles se dévient aussi plus souvent dans l'intérieur de l'économie que les gros projectiles pleins : leur forme plus ou moins aplatie rend compte des diverses circonstances que nous venons de signaler.

La mitraille et les enveloppes de fer-blanc des boîtes à mitraille prêtent à des considérations analogues, aussi bien sur les mouvements qui les animent que sur leur mode d'action : nous ajouterons encore que nous avons vu les enveloppes des boîtes à mitraille donner lieu à des blessures en tout semblables à celles que font les instruments tranchants.

Les fragments de projectiles creux peuvent ne faire que des contusions, lorsqu'animés d'une faible impulsion ils agissent par une large surface eonvexe ; mais, la plupart du temps, ils déterminent des plaies contuses, en raison des aspérités et de l'irrégularité de leurs bords. Les très-petits fragments font des plaies dont l'aspect diffère de celui des plaies par armes à feu et se rapproche de celui des plaies faites par des instruments piquants mal émoulus. L'action des fragments considérables est la même que celle des gros projectiles, sauf les différences déjà signalées. L'apparition plus fréquente des hémorrbagies dans les plaies par éclats de projectiles creux que dans les blessures par projectiles pleins, s'explique par la lésion plus facile des vaisseaux par les bords agressifs des fragments.

Les corps accidentellement brisés et détachés par la rencontre des gros projectiles, agissent d'une manière analogue aux fragments des projectiles creux; ils sont, comme eux, très-divers déforme et de volume, et reçoivent une impulsion plus ou moins considérable : comme eux, ils peuvent emporter un membre en partie ou en totalité.

Les gros projectiles et les fragments de projectiles creux ne se bornent pas toujours à faire une seule blessure : ils peuvent atteindre ou emporter plusieurs membres en même temps, les deux jambes, les deux deux cuisses, les deux avant-bras, les deux mains. Le volume et l'impulsion considérable des gros projectiles, les mouvements gyratoires des fragments de projectiles creux sont les causes de ces blessures multiples. Non-seulement ils peuvent blesser ou emporter plusieurs membres d'une même personne, mais ils peuvent blesser ou tuer un grand nombre d'individus : des boulets ont renversé une file de dix ou quinze hommes, et ont traversé le corps de plusieurs chevaux rangés les uns à "côté des autres.

L'action des gros projectiles et des gros fragments de projectiles creux donne lieu, comme les corps contondants volumineux ordinaires, à la stupeur locale et à la stupeur générale dont nous avons parlé à propos des

contusions et des plaies contuses. Les blessures qu'ils déterminent exposent aux accidents nerveux et au tétanos; elles sont sujettes à la gangrène, à l'inflammation, à l'érysipèle, aux suppurations profondes et aux fusées purulentes : la pourriture d'hôpital s'en empare assez souvent, et l'infection purulente en est fréquemment le résultat.

Traitement. — Le traitement des contusions et des plaies contuses faites parles gros projectiles, ne diffère pas, en général, du traitement des contusions et des plaies contuses ordinaires : nous renvoyons à ce que nous avons dit à ce sujet.

Les plaies perforées doivent être traitées avec beaucoup de soin. Pour éviter, autant que possible, les inconvénients de cicatrices larges, profondes et adhérentes, les parties doivent être maintenues dans une situation propre à combattre les effets soit de rétraction, soit d'extension permanente des membres. Il est rare, néanmoins, que, malgré toutes les précautions prises, on arrive à des résultats satisfaisants; la plupart du temps les parties frappées sont soudées plus ou moins intimement entre elles par la cicatrice, et perdent en grande partie, sinon complètement, le libre exercice de leurs fonctions. On peut en dire autant des plaies constituées par des sillons larges et profonds. La position doit être aidée, lorsque le gonflement et l'inflammation primitive des parties atteintes font place à l'affaissement et à la suppuration, par l'emploi de bandelettes agglutinatives destinées à maintenir et à rapprocher les bords des plaies, afin de diminuer la surface et l'étendue du tissu cicatriciel.

Les plaies sont quelquefois si vastes que malgré les soins les mieux entendus, elles ne peuvent être amenées à cicatrisation, ou que la cicatrice qui les recouvre est tellement mince et fragile qu'elle se déchire au moindre effort et sous le choc le plus léger. Il n'est pas rare de voir des blessures avec larges pertes de substance aux fesses, aux cuisses, aux gras des jambes ou au voisinage des grandes articulations, présenter pendant toute la vie des blessés une plaie d'aspect ulcéreux, siégeant au centre ou dans un point quelconque de leur étendue : il n'est pas rare de voir des cicatrices étendues et bridées se détruire, s'ulcérer, se reformer à la longue et avec beaucoup de peine, pour se rompre de nouveau, et parcourir ainsi une interminable série des mêmes phénomènes.

Les corps étrangers restés dans les plaies doivent être extraits le plus tôt possible, soit directement, soit par des contre-ouvertures : il en est de même des esquilles. L'extraction des corps étrangers et des esquilles sera traitée, avec l'étendue que comporte son importance, dans le chapitre spécialement consacré aux blessures par les petits projectiles.

Lorsqu'un gros projectile produit une fracture, celle-ci doit être mise

dans les conditions les plus simples que peut comporter une fracture compliquée : nous établirons la conduite à tenir en pareil cas, en traitant des fractures par armes à feu en général.

Les blessures des membres par les gros projectiles outre les indications générales d'amputation, fournissent quelques indications particulières. L'étendue des plaies est quelquefois tellement considérable que leur cicatrisation paraît impossible et que le blessé ne semble pas pouvoir subvenir aux frais d'une suppuration des plus longues et des plus abondantes ; l'amputation est alors le seul remède auquel on puisse avoir recours. Dans ces cas, l'amputation doit être pratiquée au lieu d'élection sur la continuité ou dans la contiguïté du membre blessé.

Lorsqu'un membre a été emporté en totalité par Un gros projectile, il convient de faire une amputation régularisatrice dans le lieu même de la blessure, plutôt que d'abandonner la cicatrisation de la plaie aux seuls efforts de la nature. On évite ainsi la plupart des accidents auxquels sont exposées les plaies vastes et irrégulières, le danger des longues suppurations, les fusées purulentes qui, remontant dans le moignon, peuvent en entraîner la fonte putride; on substitue aux déchirures des parties molles et aux aspérités des os, une section plus nette qui permet d'obtenir des moignons mieux conformés, moins exposés aux douleurs, à la rupture des cicatrices, aux ulcérations, et plus aptes à recevoir des appareils prothétiques appropriés.

Blessures par les balles. — Les blessures produites par les balles ne diffèrent pas seulement de celles qui sont produites par les gros projectiles par leur moindre étendue, mais encore par cette particularité que les accidents auxquels elles donnent lieu ne paraissent pas toujours être en rapport de gravité avec leurs causes et ne se révèlent pas toujours immédiatement. Les blessures faites par les gros projectiles présentent ordinairement leur summum de gravité au moment même de l'accident : c'est alors qu'on constate des contusions et des plaies contuses plus ou moins violentes et plus ou moins étendues, les fractures, l'attrition ou même l'ablation totale des membres, et qu'on peut en prévoir les conséquences. Dans les blessures par les petits projectiles, si ces corps bornent leur action à des contusions de divers degrés, les choses ne se passent pas autrement que dans la marche des contusions en général; mais, au contraire, s'ils ont pénétré dans les parties et formé dans des tissus de nature différente un canal plus ou moins long et profond ; s'ils ont blessé des vaisseaux ou fracturé des os; si, en vertu de leur malléabilité, ils se sont déformés ou divisés; s'ils ont entraîné avec eux des corps étrangers et qu'ils les aient abandonnés dans les plaies; si eux-mêmes sont restés logés dans les par-

lies lésées, ils font naître une série d'accidents qui ne sont que rarement observés dans les blessures occasionnées par les projectiles volumineux. Ces accidents sont immédiats ou consécutifs : les premiers ne sont autres que les fréquentes complications des plaies par armes à feu; les seconds, qui ne se montrent pas nécessairement, constituent ce qu'on peut appeler les accidents à redouter, tels que l'inflammation, l'étranglement, les suppurations profondes, les fusées purulentes, les hémorrhagies secondaires, etc.

Les blessures faites par les petits projectiles sont généralement désignées sous le nom de coups de feu ; elles admettent les divisions suivantes : 1° les contusions; 2° les plaies contuses.

Contusions. — Sans être rares, les contusions produites par les balles se rencontrent moins souvent que les plaies contuses; elles résultent du choc d'une balle qui, parvenue à la fin de sa course, n'est plus animée d'une force assez considérable pour pénétrer les tissus, et que les soldats désignent sous le nom de balle- morte; ou bien encore du choc d'une balle sur une des parties de l'équipement ou de l'habillement qui présente une grande résistance, comme les buffleteries ou les diverses pièces de cuivre qui les garnissent, comme un bouton de métal, une montre, un portefeuille, des pièces de monnaie, etc. , etc.

Les contusions peuvent présenter tous les degrés, depuis une simple ecchymose jusqu'à la mortification immédiate ou consécutive des parties frappées. La mortification immédiate est favorisée par le peu d'épaisseur des parties molles interposées entre le projectile et les os, disposition qui se rencontre à la pommette, au pourtour de l'orbite, sur la branche horizontale de la mâchoire inférieure, sur les côtes, sur le grand trochanter, sur la face antérieure du tibia et au voisinage des articulations.

Les contusions faites par les balles n'ont pas un caractère essentiellement différent des contusions produites par tout autre corps vulnérant. Elles sont cependant, en général, peu étendues en surface; le petit volume des projectiles l'explique suffisamment : mais le poids des balles et leur vitesse considérable agissent quelquefois à une assez grande profondeur sur les parties sous-jacentes, sans pour cela entamer la peau qui résiste par sa texture fibreuse et élastique. Les eschares résultant immédiatement de l'action des balles ont la plupart du temps une forme arrondie et en rapport avec la forme du projectile; elles paraissent avoir été faites comme à l'emporte-pièce, sont presque toujours sèches, mettent un temps assez considérable à tomber et se détachent habituellement d'un seul bloc. Les contusions faites par les balles sont généralement assez douloureuses. Elles succèdent plus souvent au choc direct des balles sphériques qu'à celui des balles oblongues, dont la surface irrégulière déchire facilement la peau.

Plaies. ' — Déchirures. — Sillons. — L'action des balles ne se borne pas à produire des contusions; elle donne lieu, le plus communément, à une plaie qui revêt tous les caractères d'une plaie conluse et détermine une douleur en rapport avec le degré de sensibilité du blessé et l'état moral dans lequel il se trouve au moment de la blessure. Certains blessés ne s'aperçoivent pas immédiatement de l'accident dont ils sont atteints, d'autres perçoivent la sensation d'un coup plus ou moins violent, qu'ils comparent volontiers à un coup de bâton.

La plaie n'intéresse quelquefois que la peau et présente des caractères qui varient suivant l'incidence du projectile. Lorsque celui-ci frappe Irèsobliquement une surface large et plane, ou qu'il touche très -légèrement le sommet d'aspérités plus ou moins aiguës, il donne lieu à des éraflures souvent fort étendues, comme on le voit sur la partie postérieure et sur la partie antérieure du tronc, ou à des écorchures très-limitées, comme aux parties saillantes du visage et au voisinage des articulations. La peau, dans ces derniers cas, est presque toujours|entamée dans toute son épaisseur; dans les premiers, elles n'est souvent intéressée qu'en partie et présente une trace noirâtre de la largeur du doigt, dont la surface est meurtrie et dont les bords, irrégulièrement dessinés, sont ecchymoses dans rétendue de quelques millimètres. Ces écorchures sont habituellement fort douloureuses.

Si l'action de la balle restant toujours oblique, sous un angle d'incidence moins aigu, est plus énergique, elle entame la peau dans toute son épaisseur, et produit de véritables sillons dont les bords s'écartent d'autant plus que les sillons sont plus profonds. Les sillons intéressent quelquefois les aponévroses d'enveloppe et les muscles dans une petite étendue : la douleur qu'ils déterminent, tout en restant vive, est moindre que dans les cas précédents.

Sétons. — Les balles frappant sur la surface du corps sous un angle plus ouvert, sur des parties arrondies ou sur lesquelles la peau glisse et se plisse facilement, perforent l'enveloppe extérieure, et, passant entre elle et lesparties sous-jacentes, la traversent de dedans en dehors,, pour ressortir à une distance en général peu éloignée du lieu où elles sont entrées. On a donné à cette espèce de blessure le nom de selon. Le trajet des sétons faits par les balles est toujours meurtri, et la peau qui le recouvre est amincie suivant l'étendue dans laquelle le tissu cellulaire sous-cutané a été détruit. Les ouvertures de ces sétons sont assez souvent elliptiques , et leur grand diamètre dirigé dans le sens de la translation du projectile. La peau qui forme la paroi superficielle du trajet de la balle peut être ecchymosée, mais le plus souvent elle ne change pas de couleur ; elle se gangrène quelquefois, soit par l'inflammation, soit par la destruction du tissu cellulaire qui

la double, et le séton se trouve transformé, après la chuté des eschares, en sillon à bords frangés et inégaux.

Pénétration. — Lorsque le projectile pénètre dans les parties sous un angle plus ou moins rapproché de l'angle droit, il peut ne faire qu'une ouverture, et dans ce cas il est assez probable qu'il est resté dans les tissus comme dans un cul-de-sac; ou bien il fait deux ouvertures, l'une d'entrée, l'autre de sortie.

Ouvertures d'entrée et de sortie. — Les deux ouvertures faites par la balle, l'ouverture d'entrée et l'ouverture de sortie, n'ont pas toujours des caractères tellement tranchés, qu'on puisse les distinguer l'une de l'autre; leur grandeur relative a servi de texte à de longues discussions, dans lesquelles des chirurgiens également habiles ont émis des opinions diamétralement opposées (1). Les uns ont dit avoir toujours vu l'ouverture d'entrée plus grande que l'ouverture de sortie; les autres ont prétendu avoir toujours vu le contraire, et constaté que l'ouverture de sortie est toujours plus grande que l'ouverture d'entrée.

L'ouverture d'entrée et l'ouverture de sortie sont tantôt égales, tantôt inégales dans leur dimension comparée, celle-ci surpassant celle-là, et réciproquement, ainsi que l'a démontré Huguier dans les recherches qu'il a faites à ce sujet (2).

L'égalité entre la plaie d'entrée et la plaie de sortie n'est possible que si la balle, à son entrée, frappe la peau sous une incidence égale à celle qu'elle possède en la traversant pour sortir; si l'impulsion de la balle n'a pas sensiblement diminué pendant son trajet à travers les parties; si les tissus traversés sont d'égale densité; si la peau du côté de l'ouverture d'entrée a la même laxité, la même élasticité et la même épaisseur que du côté de l'ouverture de sortie; enfin, si la balle n'est pas déformée, soit dans sa course à l'air libre, soit dans son trajet dans l'économie, et se présente toujours aux tissus et aux téguments dans la même position.

L'ouverture d'entrée est plus petite que l'ouverture de sortie, quand la balle rencontre, à mesure qu'elle chemine, des tissus plus denses, comme des débris d'aponévroses, de tendons ou d'os, entraînés dans sa course , lorsqu'elle se déforme dans son trajet dans l'épaisseur des parties mêmes ; lorsque, déformée dans son trajet aérien, elle pénètre en présentant une

(1) Des plaies d'armes à feu. (Communications faites à l'Académie nationale de médecine, par MM. les docteurs Baudens, Roux, Malgaigne, Amussat, Blandin, Piorry, Velpeau, Huguier, Jdbert (de Lamballe), Bégin, Roehoux, Devergie, 1 vol in-8. Paris, 1849.)

(2) Des plaies d'armes à feu. (Communication de M. Huguier. — Séance de l'Académie de médecine du 26 septembre 1848.)

surface d'un diamètre moins considérable que celui sous lequel elle se présente pour sortir; enfin, quand la balle entre perpendiculairement aux parties, et sort dans une direction oblique à leur plan.

L'ouverture d'entrée est plus grande que celle de sortie, lorsque la balle pénètre obliquement et sort perpendiculairement aux parties; quand la balle est tirée de près; lorsque le projectile entraîne avec lui la bourre ou des portions de vêtements et qu'il les abandonne dans son trajet; quand les tissus sont plus denses du côté de l'entrée que du côté de la sortie ; quand la peau glisse sur des aponévroses ou sur des os; enfin lorsque la balle, à son entrée, se présente sous une surface plus grande qu'à sa sortie.

La comparaison établie par Dupuytren (1) entre les effets physiques des projectiles lancés par la poudre à canon sur les corps inertes et leurs effets sur les corps vivants; les expériences faites, sous sa direction, par Paillard, et reprises en I8Z18 par Huguier, ne sont pas acceptables d'une manière absolue, et ne trouvent tout au plus leur application qu'en ce qui concerne les blessures des os. L'examen clinique, d'une part, et, de l'autre, les expériences sur les animaux vivants et sur des cadavres, sont les seules sources où l'on doive puiser, sur les effets des balles, des notions qu'une longue pratique multiplie pour ainsi dire à l'infini.

L'ouverture d'entrée des balles représente assez généralement la forme de ces projectiles. Les balles rondes font le plus souvent une ouverture d'entrée arrondie, dont les bords noirâtres sont déprimés et dirigés en dedans : la circonférence externe de la plaie est presque toujours assez nettement limitée par un liseré ecchymotique; la circonférence interne, irrégulièrement dessinée par des bords contus ou désorganisés; son centre présente quelquefois une perte de substance; d'autres fois, il est occupé par des lambeaux de derme et de tissu cellulaire mortifiés. Du sang en petite quantité, un liquide sanieux coloré en brun, s'échappent ou suintent de l'intérieur de la plaie ; celle-ci quelquefois ne donne lieu à aucune espèce d'écoulement de quelque nature que ce soit.

La couleur noirâtre de la plaie est due en partie à la contusion, et en par tie à l'abandon par le projectile des sédiments que la poudre ou les produits gazeux de la poudre, au milieu desquels il s'est trouvé quelques instants, ont déposés à sa surface.

Les plaies d'entrée, et quelquefois, mais beaucoup plus rarement, les plaies de sortie, exhalent une odeur manifestement sulfureuse, due, comme la couleur noire, à la présence et à la solution de» dépôts sur le projectile de la poudre enflammée.

(1) Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. V, p. 295 et suiv.

II ue faut pas confondre l'odeur sulfur?use des plaies, avec l'odeur qu'apportent avec eux les blessés arrivant des champs de bataille, et dont les mains et le visage sont souvent noircis par la poudre, après l'usage répété qu'ils ont fait de leurs armes.

Ces différents phénomènes, et en particulier l'aspect des plaies par armes à feu, firent croire aux premiers chirurgiens qui les observèrent, que les projectiles étaient vénéneux ou brûlaient les tissus atteints. "Cette dernière opinion régna jusqu'en 156/î, époque à laquelle A. Paré la combattit, et démontra que si on tire quelque balle dans un sac plein de poudre à canon, le feu n'y prend aucunement (1). Elle a été reproduite de nouveau et étayée par des considérations d'un intérêt plus théorique que pratique. « Quand une balle (2) est arrêtée dans sa course, le mouvement, subitement enrayé, se transforme en une quantité équivalente de chaleur qui est plus que suffisante pour produire la fusion du plomb. Une balle, animée d'une vitesse de 270 mètres par seconde, pénétrant dans le corps et brusquement arrêtée, subit donc la fusion, ce qui explique les changements de forme si bizarres qu'elle présente clans les plaies osseuses, et d'où il faut conclure que toute plaie osseuse est compliquée de brûlure des parties molles. » Tout en admettant volontiers l'élévation de la température d'une balle frappant un os, nous ne croyons pas qu'elle produise la fusion du plomb : il suffit d'examiner les balles divisées ou déformées par les os pour être convaincu que leur changement de forme est purement mécanique. Quant à l'empoisonnement des plaies, il n'est pas plus démontré que la brûlure; mais la décomposition des couches organiques broyées par le projectile peut donner lieu à des composés dangereux, lorsqu'ils passent dans le torrent circulatoire, et cette considération rend parfaitement compte de l'opinion des anciens chirurgiens sur les coups de feu.

Les ouvertures de sortie des balles sphériques sont en général plus irrégulières que les ouvertures d'entrée; elles présentent souvent des déchirures et quelquefois des lambeaux disposés en rayons : la peau semble avoir éclaté. Les bords, beaucoup moins contus que ceux des plaies d'entrée, sont habituellement plus ou moins renversés en dehors. L'ecchymose périphérique n'existe quelquefois pas le premier jour delà blessure; elle n'apparaît que quelque temps après, et dans une étendue plus considérable.

Ouvertures multiples. — Au lieu de ne faire qu'une seule plaie constituée par l'ouverture d'entrée, ou deux plaies constituées par l'ouverture

(1) A. Paré, Œuvres complètes édition Malgaigne. — Autre discours sur le fait des arquebusades, bastons à feu, etc., t. II, p. 131.

(2) Docteur Mulhausen, Centralblatt, 23 septembre 1871.

d'entrée et par celle de sortie, les balles peuvent faire des blessures multiples, et il n'est pas rare devoir trois, quatre, cinq plaies et même davantage produites par la même balle qui, dans sou trajet a rencontré successivement plusieurs parties du corps. On a pu constater, chez un militaire, six ouvertures faites par une même balle ayant traversé les deux cuisses et le scrotum.

En revanche, deux balles arrivant ensemble ou h intervalle de temps rapproché, le blessé ayant gardé la même position, peuvent pénétrer par une seule ouverture et rester dans les parties, ou ressortir par deux ouvertures en se frayant une voie séparée.

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer donnent une idée de l'aspect général des plaies produites par les projectiles des armes à feu et de leur action sur la peau. Quelques chirurgiens ont cru remarquer que les ouvertures d'entrée faites à la peau par les balles oblongues étaient moins déchirées que celles faites par les balles sphériques, lorsque le coup de feu était tiré de près; qu'elles étaient oblongues, nettes, quelquefois linéaires,, plus petites que celles de sortie : ils ont cru voir que les ouvertures de sortie étaient plus régulières, plus longues que larges, si la balle a suivi sa direction première; irrégulières, très-déchirées, à bords fortement relevés, si la balle a été déviée et qu'elle soit sortie par le travers. Mais nos propres observations, en rapport avec celles du plus grand nombre de nos confrères de l'armée, nous ont convaincu que, si les ouvertures d'entrée et de sortie des balles oblongues présentent peut-être une variété d'aspect et de forme plus grande que les ouvertures des balles sphériques, elles n'en diffèrent pas essentiellement, et que leurs dimensions sont également soumises aux conditions que nous avons précédemment exposées. On a bien cité quelques cas où les balles oblongues ont fait des ouvertures linéaires; mais des phénomènes analogues ont été observés et par quelques chirurgiens (1) et par nous à la suite de l'action des balles sphériques. La forme linéaire de l'ouverture d'entrée des balles en général doit être regardée comme très-rare et tout à fait exceptionnelle; elle se présente dans des conditions encore peu définies et qui nous paraissent surtout résider dans la laxité et les plis de la peau atteinte du côté de la flexion des articulations, lorsque .celles-ci sont fortement fléchies.

Ces considérations sur les ouvertures d'entrée et de sortie des balles oblongues en général, s'appliquent également aux ouvertures d'entrée et de sortie des balles tirées dans les armes nouvelles et sur l'action desquelles nous nous expliquerons plus loin.

(t) Guthrie, Commentaries on the surgery of the war, etc., 6e édit., p. 4.

Trajet des balles. — La question de savoir comment les projectiles pénètrent les parties, c'est-à-dire s'ils pénètrent en écartant les tissus, en les divisant ou en les détruisant, nous paraît être une question oiseuse, attendu que les projectiles participent à la fois de ces diverses manières d'agir, modifiées parla quantité de mouvement considérable qui les anime et qui en fait des corps contondants. Les balles oblongues elles-mêmes, malgré la forme conique ou ogivale de leur partie antérieure, malgré le mouvement de vrille qui leur est communiqué, n'agissent pas autrement. Quelques circonstances fortuites, impossibles à prévoir et difficiles à expliquer, peuvent sans doute faire qu'une balle pénètre suivant un mode plutôt que suivant un antre; mais, dans l'immense majorité des cas, le mode de pénétration qu'elle affecte est celui que nous signalons.

Quoi qu'il en soit, lorsqu'une balle pénètre à une certaine profondeur ou qu'elle traverse quelque partie du corps, elle rencontre sur son trajet des tissus et des organes de nature différente, sur lesquels elle agit de diverses manières. Le tissu cellulaire, répandu en si grande abondance dans l'économie, est toujours perforé; suivant l'élasticité dont il est doué, il présente un canal d'un diamètre plus ou moins considérable, dont les parois sont plus ou moins contuses, tandis que le centre, répondant à l'axe même du trajet du projectile, est détruit ou mortifié. La rectitude, la régularité et la largeur du canal dépendent encore du volume, de la forme et de la vitesse du projectile; de la tension et du relâchement des parties frappées.

Les aponévroses et le tissu fibreux, en général, peuvent éprouver des pertes de substance; mais la plupart du temps ils présentent des déchirures plus ou moins irrégulières : les tissus s'écartent quelquefois pour laisser passer le projectile à travers une simple fente dirigée dans le sens des fibres ligamenteuses ou aponévrotiques, dont le rapprochement dissimule le trajet de la balle. Les aponévroses solides peuvent résister à l'action des projectiles et rester intactes en apparence, alors que les tissus sous-jacents sont plus ou moins contus. Les tendons, en général mobiles, toujours lubréfiés par le liquide des gaines synoviales, glissant facilement les uns sur les autres, peuvent échapper à l'action des balles, mais peuvent aussi être déchirés et contus; leurs fibres peuvent être dissociées ou détruites.

Le tissu musculaire cède facilement à l'effort des projectiles qui le divisent, le déchirent et le traversent en formant des sillons et des canaux à parois plus ou moins régulières et à trajets plus ou moins directs. Ce phénomène dépend de l'incidence suivant laquelle les muscles ont été frappés par les projectiles, et de l'état de tension, de contraction ou de relâchement dans lequel ils ont été surpris. Les muscles sont aussi bien traversés par les balles lorsqu'ils sont tendus ou contractés que lorsqu'ils sont

relâches : il est impossible de dire dans lequel de ces états ils cèdent ou résistent le mieux à l'action des projectiles. Cependant la tension et la contraction semblent devoir favoriser la division des muscles, en offrant aux balles un certain degré de résistance nécessaire à assurer leur action; mais elles peuvent aussi déterminer des déviations. Le relâchement paraît devoir amortir le choc de la balle et permettre un glissement du muscle qui le fait échapper au projectile. La fibre musculaire tendue offre moins de surface à l'effet des balles que la fibre musculaire non tendue ; il en résulte que la perforation ou la perte de substance produite dans un muscle tendu, devient plus petite lorsque celui-ci est mis dans le relâchement; le contraire s'observe dans le cas où un muscle a été divisé ou perforé pendant la contraction. Ces conditions, jointes à la lésion simultanée de plusieurs muscles qui, suivant le mouvement exécuté par le blessé, sont lSs uns tendus, les autres contractés ou relâchés, et qui, à l'état de repos, ne conservent plus les mêmes rapports les uns avec les autres que pendant leur action, déterminent des sinuosités dans le trajet des balles, et peuvent en interrompre la continuité.

Tous les autres tissus mous de l'économie cèdent à l'effort des balles ; déchirés, divisés, perforés ou désorganisés, ils se comportent selon la texture anatomique dont ils sont doués. Les uns, fixes, ne peuvent échapper à l'action directe ou oblique des projectiles; les autres, mobiles, s'y dérobent quelquefois.

Les parties dures, c'est-à-dire les cartilages et les os, suivant qu'ils sont frappés perpendiculairement ou directement par les balles, subissent des lésions différentes : les cartilages, par leur souplesse et leur élasticité, échappent quelquefois à l'action des projectiles; mais ils peuvent aussi être contus, fracturés ou détruits : les os, en raison de leur densité, peuvent résister aux projectiles; mais ils sont aussi contus, perforés, fendus, fracturés et désorganisés.

Ces diverses considérations sont autant d'éléments propres à faire apprécier d'une manière générale la forme du trajet des balles. Dupuytren, qui pensait qu'une balle tirée à une certaine dislance fait une ouverture d'entrée constamment plus petite que l'ouverture de sortie, admettait que la balle se creuse un canal plus large à mesure qu'elle chemine dans les parties (1). Pour lui, le trajet d'une balle est représenté par un cône dont la petite extrémité correspond à l'ouverture d'entrée, et la base à l'ouverture de sortie. L'expérience n'est pas conforme à cette manière de voir. Lorsque le doigt est introduit dans le trajet d'une balle, il pénètre sans difficulté; serré à l'ouverture de la peau et de l'aponévrose superficielle, il se

(1) Dupuytren, Leçons orales, etc., t. V, p. 303.

meut au delà, en effet, dans un espace plus libre; mais, s'il vient à rencontrer plus profondément de nouvelles aponévroses, des tendons, des nerfs ou des vaisseaux, des ligaments ou des os, il éprouve soit un obstacle, soit une constriction nouvelle, et constate de nombreuses irrégularités dans la voie qu'il parcourt. Le trajet d'une balle, aussi direct qu'il soit, ne constitue donc pas un canal d'un calibre égal dans toute son étendue ou plus considérable à mesure qu'il est plus profond; il présente, au contraire, des parois irrégulières, tantôt rapprochées, tantôt écartées les unes des autres, suivant qu'il intéresse des tissus qui ont subi, chacun à sa manière, l'action des projectiles. Certains n'ont été que déchirés, d'autres ont été détruits; ceux-ci sont revenus sur eux-mêmes, ceux-là se sont, au contraire, écartés ; les uns, frappés de mort instantanée, sont restés en place, les autres ont été emportés; tous ont été violemment contus.

Avant la dernière guerre (1870-1871) on attribuait volontiers aux balles des armes du nouveau modèle la production de désordres plus considérables en violence et en étendue qu'aux anciennes balles oblongues et surtout qu'aux balles sphériques : des expériences instituées comparativement semblaient autoriser cette opinion. Cependant, on avait déjà pu constater le contraire après la bataille de Sadowa (1866); une large expérience a démontré depuis que les balles des fusils du modèle nouveau, ne donnent lieu comme les autres qu'à des effets en rapport avec leur quantité de mouvement, c'est-à-dire avec leur masse multipliée par leur vitesse, et que les mouvements de rotation sur elles-mêmes et de nutation qu'elles possèdent, en outre de leur mouvement de translation, n'ont dans leur action aucune influence appréciable. Le poids de la balle sphérique est de 26,6 grammes, celui de la balle du nouveau modèle, de 25 grammes : la vitesse initiale de la première est plus grande que celle de la seconde, mais elle diminue plus rapidement et lui devient bientôt inférieure. Il en résulte qu'au début de sa course, et tant que sa vitesse égale celle de la balle du nouveau modèle, la balle sphérique produit des effets au moins aussi considérables que celle-ci ; que lorsque la vitesse de la balle sphérique est moindre que celle de la balle du nouveau modèle, ses effets sont moindres également. Les projectiles anciens et les projectiles nouveaux ne produisent donc des effets différents qu'autant qu'ils frappent à la distance au delà de celle où leur vitesse est la môme ; et dans ce cas la supériorité reste aux projectiles nouveaux.

Déviation des balles. — Les balles sphériques n'ont pas toujours un trajet rectiligne dans les parties lésées ou traversées ; elles dévient assez souvent de leur première direction pour en prendre une autre qu'il est quelquefois très-difficile, sinon impossible, d"expliquer. L'incidence va-

riable des projectiles sur les parties, la différence de densité présentée par celles-ci ; les déformations des projectiles eux-mêmes et les mouvements qui les animent; la rencontre d'aponévroses plus ou moins tendues sur lesquelles ils peuvent glisser, de tendons, de muscles plus ou moins contractés, de cartilages doués d'une certaine élasticité; le choc contre les os fracturés ou restés entiers, sont les causes qui font dévier les balles de la direction qu'elles possèdent au moment de leur pénétration.

La plupart des auteurs qui ont écrit sur les plaies d'armes à feu citent de nombreux exemples de 'déviations singulières des projectiles : il n'est pas de chirurgien qui, ayant pratiqué aux armées ou dans des conditions analogues, n'ait pu en constater de semblables. La déviation la plus extraordinaire que nous ayons vue, parmi un très-grand nombre, est celle d'un biscaïen qui, pénétrant vers l'angle gauche de la mâchoire inférieure, vint s'arrêter sous la peau entre la dernière fausse côte et la crête de l'os des iles du même côté : le militaire qui en fut atteint, à la bataille d'Inkermann (campagne d'Orient, 185^ à J 856), avait été frappé debout et renversé sur le coup. Il résulte de ces faits que les projectiles s'arrêtent quelquefois sous la peau, sortent à des distances considérables de l'endroit où ils ont pénétré, se logent ou s'échappent dans des lieux tout à fait imprévus.

Selon quelques chirurgiens militaires (1), les balles oblongues ont un trajet plus direct que les balles rondes : cela n'est vrai que d'une manière générale, et nous avons pu constater dans les dernières campagnes, comme nos confrères ont également pu s'en convaincre, que les balles oblongues dévient aussi très-souvent. Le cône ou l'ogive dont se compose leur partie antérieure présente des surfaces parfaitement disposées pour donner lieu aux déviations des projectiles, lorsque ceux-ci , au lieu de frapper des parties résistantes directement par la pointe, les rencontrent par un point des surfaces courbes ou obliques qui supportent cette dernière.

Les balles sphériques frappant obliquement- sur les parois d'une cavité, ou sur le pourtour d'une articulation, ont quelquefois contourné la cavité ou l'articulation sans y pénétrer, et sont venues sortir, ou se présenter sous la peau, dans un point plus ou moins éloigné du lieu de leur entrée, quelquefois même dans un point diamétralement opposé à celui-ci (2). On

(1) Scrive, Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient, in-8. Paris, ■1857. — Quesnoy, Notice médico-chirurgicale sur l'armée d'Orient [Mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 1857). — Macleod, Notes on the surgery of the war in the Crimea. London, 1858.

(2) Percy, Manuel du chirurgien d'armée, p. 99 et 120. — Levacher, Mémoires sur quelques particularités concernant les plaies faites par armes à feu [Mémoires de l'Académie de chirurgie, t. IV, p. 147, édit. in-8). — Lombard, Clinique chi-

a vu des balles traverser un membre de part en part sans fracturer les os, bien que ceux-ci se trouvassent directement sur le trajet des projectiles. On en a vu d'autres, mais plus rarement, pénétrer dans l'intérieur des cavités en respectant les organes, bien que la lésion en parût inévitable.

Levacher (l)a donné l'explication de ce phénomène, en disant que la peau ou la paroi extérieure du trajet de la balle résiste latéralement : si la résistance est supérieure à l'effort de la balle, celle-ci ne sort pas et se porte dans un point plus éloigné où, trouvant encore une résistance supérieure, elle progresse de nouveau jusqu'à ce qu'elle ait perdu tout son mouvement, ou qu'elle agisse sur la peau sous une incidence où elle déploie toute sa force.

Dupuytren a accepté et répété cette théorie qui énonce le fait sans l'expliquer.

Nous admettons bien que des parois solides ou élastiques, comme celles de la voûte du crâne et de la poitrine, lorsqu'elles sont frappées obliquement dans leur concavité, résistent dans une certaine mesure à l'effort d'une balle, mais nous ne saurions admettre que la peau seule puisse se comporter de la même manière, quand le projectile est animé d'une force assez grande pour parcourir sous les téguments la moitié ou même le quart de la circonférence de l'abdomen, du crâne ou de la poitrine. Nous pensons que les balles ne peuvent contourner les parois d'une cavité, sous les téguments, qu'autant qu'elles sont animées d'un mouvement de rotation sur elles-mêmes s'exécutant dans un sens déterminé. Voici, selon nous, comment les choses se passent : lorsqu'une balle vient frapper obliquement sur le sternum ou sur une côte, et qu'elle traverse la peau, elle est animée, outre son mouvement de translation dont la direction est changée par la résistance et l'élasticité de l'os, d'un mouvement de rotation sur elle-même. Si ce mouvement de rotation s'exécute dans un sens qui fait tourner le projectile d'arrière en avant, et lui permet de rouler pour ainsi dire sur la face interne des téguments, le projectile peut parcourir un trajet circulaire jusqu'à ce que son mouvement de rotation ait cessé. Dès qu'il ne jouit plus de ce mouvement, il obéit à celui de sa translation et perfore la paroi tégumentaire. Si, au contraire, le mouvement de rotation de la balle se fait d'avant en arrière, de façon qu'elle ne puisse rouler suivant sa translation sur la face interne de la peau, et qu'elle repousse au devant d'elle les tissus qui lui font obstacle, elle surmonte bientôt la résis-

rurgicale des plaies faites par armes à feu, p. 34. — Hennen, Principies ofmilitary surgery, 4e édit., p. 34. — D. J. Larrey, Clinique des camps, t. I, p. 216. — Dupuytren, Leçons oj^ales, t. V, p. 331.

(1) Levacher, Mémoires de l'Acad. de chirurgie, t. IV, p. 147, édit. in-8, 1819.

lance et sort, après un très-court trajet, dans la direction nouvelle que le choc sur les os lui a communiquée.

Il est encore nécessaire, pour qu'une halle contourne une cavité, qu'elle ne soit pas déformée et que sa surface, parfaitement lisse, ne présente aucune aspérité capable de déchirer la face interne de la peau.

Les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer font prévoir que les balles oblongues ne peuvent parcourir de semblables trajets. L'observation est ici en rapport avec la théorie. Les balles oblongues, plus ou moins irrégulièrement figurées, et animées d'un mouvement héliçoïde, n'ont encore offert aucun exemple de ces déviations, assez communes dans le trajet des balles sphériques.

Déformation et déviation des balles. — Les balles de plomb subissent assez souvent, dans leur trajet à travers nos tissus, des déformations qui sont en général d'autant plus considérables que les tissus qui les ont produites sont plus solides et plus résistants. Elles se divisent même en un certain nombre de fragments qui pou vent sortir isolément et donner lieu à plusieurs plaies de sortie, tandis qu'il n'existe qu'une seule ouverture d'entrée.

Les tendons, au voisinage de leur implantation, et particulièrement les os, sont les agents ordinaires de la déformation et de la division des balles : lorsque les os sont fracturés, ils donnent lieu plus souvent encore, par les bords tranchants de leurs fragments, à la division des projectiles. Ces déformations ont pu faire croire à des observateurs inattentifs ou inexpérimentés, que les balles avaient été mâchées ou mutilées dans le but de rendre leurs effets plus nuisibles ; elles consistent en de simples dépressions ou en sillons à bords plus ou moins aigus; en déchirures très-variées de forme et d'étendue ; quelquefois même en un aplatissement plus ou moins complet du projectile. Les dépressions et les déchirures retiennent souvent dans leurs anfracluosités des parcelles des tissus qui les ont produites, et surtout de petits fragments d'os.

Les balles s'aplatissent quelquefois en frappant sur les vêtements recouvrait des parties résistantes qu'elles pénètrent néanmoins; on trouve sur leur face aplatie l'empreinte de la trame des tissus, lorsque ceux-ci sont faits de chanvre ou de lin. En s'aplatissant contre les os, les balles sphériques prennent la forme d'une lame de plomb, variable en épaisseur, aussi mince quelquefois que la plus mince des pièces de monnaie (1), et dont la circonférence présente des bords irrégulièrement dentelés et renversés.

(1) Desport, Traité des plaies d'armes à feu (observation XXVI, p. 387).

Lorsqu'elles se divisent, la surface de leur division est sillonnée de stries parallèles à la direction de leur mouvement.

Les balles oblongues se déforment, s'aplatissent et se divisent comme les balles sphériques : leur aplatissement est moins régulier.

La déformation, l'aplatissement et la division des balles ne résultent pas de la fusiun du plomb provoquée par le choc du projectile, dont le mouvement, subitement arrêté, se transforme en chaleur. S'il en était ainsi, les sillons, les dépressions et les aspérités qu'on rencontre à leur surface n'auraient pas la netteté qui caractérise ces déformations dans la majorité des cas; et les portions de vêtements que frappent les balles et qui impriment leur trame a la surface aplatie des projectiles, présenteraient des traces de brûlure. Nous croyons, jusqu'à ce que des expériences décisives prouvent le contraire, que la déformation et la division des balles sont purement mécaniques, ainsi que nous l'avons déjà dit.

Toutes les balles, dans leur trajet dans l'air, peuvent rencontrer des corps qui leur font subir des déformations : elles peuvent frapper les armes ou quelques parties de l'équipement et garder l'impression du choc qu'elles en ont reçu. Aussi ne faut-il pas se hâter de conclure qu'une déformation est nécessairement le résultat de la résistance opposée par nos tissus, de la rencontre d'un os par exemple, ce qui rendrait le pronostic de la blessure plus grave. Il faut se rappeler encore que les balles tirées dans des armes rayées éprouvent des déformations normales, pour ainsi dire, qui leur sont imprimées par les rayures, et qui ne doivent pas être confondues avec les déformations communiquées par la rencontre des partics solides de l'économie. On peut voir, au musée du Val de-Gràce, une belle collection de projectiles, tant anciens que nouveaux, qui ont subi les déformations et les divisions les plus variées sur les corps extérieurs et sur les tissus de l'économie.

Pour achever, à un point de vue général, le parallèle que nous avons cherché à établir entre l'action des balles sphériques et des balles oblongues, nous dirons que la plus grande justesse dans le tir de ces dernières semble donner un plus grand nombre de blessés clans les guerres modernes que dans les anciennes. Il n'est guère possible de tirer à cet égard quelque enseignement de la guerre de.1870-1871, où l'artillerie et les mitrailleuses ont joué un si grand rôle; mais le colonel "Wilford (1), instructeur à l'École de tir du gouvernement Anglais, rapporte qu'en Gafrerie, 80 000 balles rondes furent tirées par de vieux mousquets, et blessèrent 25 Caffres, tandis qu'à

(1) T. Longmore, esq., Gun-shot Wounds. (A System of surgery, edited by T. Holmes. London, 1861.)

legouest. — 2e édit. 9

Cawnpore, une compagnie armée de carabines anglaises, attaquée par un «ros de cavalerie, coucha par terre 69 assaillants en une seule décharge.

On a calculé qu'à Salamanque, sur trois mille balles tirées par l'armée

anglaise, une seule balle portait; — à Solférino (1859), en vingt-quatre heures, 11500 Français, 5300 Sardes et 21 000 Autrichiens, furent mis hors de combat, tandis que les rapports de l'armée anglaise constatent que, pendant les combats des 16, 17 et 18 juin 1815, y compris la bataille des Quatre-Bras et de Waterloo, les blessés furent au nombre de 8000, sans compter ceux du duc de Wellington.

Ces considérations ont une grande importance au point de vue de l'organisation des secours chirurgicaux dont les armées ont besoin de nos jours.

Pn-ojecttSes divers. — ïLcmi-s eîFe«s. — Les balles de plomb sphériques ou oblongues sont les seuls projectiles dont l'armée fasse un usage régulier dans les armes à feu portatives. Les balles des armes à feu communes, c'est-à-dire des carabines de tir, des fusils de chasse, des pistolets ordinaires ou des pistolets dits revolvers, variables de forme et de calibre, font des blessures analogues à celles que produisent les balles de munition. D'une manière générale, on peut dire que les blessures sont d'autant moins graves que les projectiles qui les déterminent sont plus petits.

Les plombs de chasse tirés à grande dislance et agissant isolément font des blessures peu profondes et sans gravité, lorsqu'ils n'atteignent pas d'organes délicats ou importants : tirés de près, ils donnent lieu aux blessures les plus graves. Les plombs, quel que soit leur numéro, s'écartent les uns des autres, dès qu'ils sont sortis du canon de l'arme, et couvrent une grande surface : tirés à bonne portée, ils pénètrent en grand nombre et profondément; ils ont alors toute chance de blesser un organe important et de déterminer des accidents redoutables : enfin, tirés de très-près ou à bout portant, alors qu'ils ne se sont pas encore écartés, ils font des blessures d'une grande gravité. Les plaies sont quelquefois très-larges, déchirées, inégales, déchiquetées et noirâtres; d'autres fois elles ressemblent, du côté de l'entrée, à une plaie faite par une balle. Elles sont néanmoins toujours plus larges, s'accompagnent de perte de substance, et présentent, du côté de la sortie, une dimension et des désordres plus considérables.

La bourre des armes chargées à blanc, la poudre elle-même, peuvent jouer le rôle de projectiles et déterminer de graves blessures, lorsque les coups de feu sont tirés de près. Non-seulement les grains de poudre qui ont échappé à la combustion pénètrent, à une petite profondeur, il est vrai, les parties qu'ils frappent, mais encore le choc des gaz qui s'échappent de l'arme détermine des contusions profondes et des plaies contuses de la plus haute gravité.

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