EXPLOITATION
Exploration des blessures. — La première chose que doit faire le chirurgien appelé à donner ses soins à un blessé par un coup de feu, c'est d'explorer la plaie. La blessure peut siéger sur une partie du corps habituellement découverte ou sur une région cachée par des vêtements; ou bien encore elle est protégée par un pansement provisoire. Lorsque la plaie est librement exposée aux regards, elle doit être immédiatement explorée : lorsque les parties atteintes sont recouvertes par des vêtements, ceux-ci doivent être absolument enlevés dans une étendue suffisante pour permettre la facilité la plus grande aux explorations. En déshabillant le blessé, on prend toutes les précautions convenables pour lui rendre cette manœuvre moins pénible; elle est généralement facile dans les premiers moments qui suivent la blessure; mais elle le devient beaucoup moins, lorsqu'un certain temps s'est écoulé depuis l'accident, lorsque le sang desséché a fait adhérer les vêtements, lorsque les parties atteintes déjà tuméfiées sont devenues douloureuses. Quand il existe quelque fracture, il ne faut point hésiter à fendre ou à couper les vêtements et les chaussures, afin de rendre leur enlèvement plus facile.
Il n'est pas rare, pendant ces premiers soins, de voir ou d'entendre tomber sur le sol le projectile même qui a fait la blessure; soit qu'il n'ait que traversé les vêtements dont les doublures ou les plis l'ont retenu à une distance plus ou moins grande de l'endroit frappé; soit qu'ayant intéressé peu profondément les tissus vivants, il ait abandonné la blessure, sollicité par son propre poids, par les mouvements ou les contractions musculaires; soit encore qu'en pénétrant à une certaine profondeur dans les parties molles, il ait repoussé au devant de lui, sans les déchirer, les vêtements restés intacts et allongés en doigt de gant, Dans ce dernier cas, le projectile logé au fond du cul-de-sac formé par l'étoffe, est retiré en même temps qu'elle de l'intérieur de la plaie. Il arrive quelquefois encore que, collés aux vêtements par le sang desséché, les projectiles ne se retrouvent qu'au lavage des vêtements eux-mêmes. Il convient d'avoir présentes à l'esprit ces diverses circonstances, afin d'éviter les erreurs de diagnostic et de ne pas conclure nécessairement à la présence du projectile dans une plaie qui n'a qu'une seule ouverture.
Lorsqu'un blessé se présente pour la première fois au chirurgien, avec un pansement provisoire ou définitif, il doit être dépansé et examiné séance tenante, si les circonstances le permettent, quelle que soit la confiance du chirurgien dans celui de ses confrères qui a appliqué le premier appareil. Cette pratique n'a que des avantages : elle donne une notion précise de la blessure, remédie aux imperfections d'un pansement souvent fait à la hâte, dissipe ou soulage les douleurs provoquées par la constriction ou la rigidité
des pièces d'apparei.s durcies par le sang desséché, et, condition fort importante, elle inspire la confiance au malade, reconnaissant de l'attention dont il est l'objet.
L'exploration se fait par la vue et le toucher. La vue fait constater la région blessée, le nombre et la forme des plaies; elle permet d'apprécier d'une manière générale la direction suivie par le projectile, de reconnaître la configuration normale ou la déformation des parties et leur coloration ; elle donne quelques présomptions sur les organes qui ont été atteints. Par le toucher, on constate la dureté ou la mollesse des parties blessées, leur degré de température, la douleur plus ou moins vive dont elles sont le siège, l'absence ou l'existence de mouvements d'expansion ou de battements, de la fluctuation et de la crépitation. Il ne suffit pas de voir et de toucher la blessure et les parties voisines, il faut étendre au loin les investigations et faire en même temps un examen général et rapide du blessé^. afin d'apprécier les symptômes généraux qu'il peut présenter. C'est après avoir rempli ces indications préparatoires que le chirurgien procède à l'exploration du trajet même de la plaie.
Toutes les fois que l'on veut explorer le trajet d'une plaie par arme à feu, il est de règle absolue de faire placer le blessé dans la position qu'il occupait lorsqu'il a reçu la blessure. La situation du blessé relativement à l'ennemi ou à son adversaire, le mouvement qu'il exécutait, doivent être parfaitement connus du chirurgien et reproduits devant lui, si cela est possible. Ces précautions préliminaires, souvent indispensables pour arriver au diagnostic du trajet de la balle, sont en pathologie, comme en médecine légale, de la plus grande importance. Si la balle n'a pas été déviée de sa direction dans son trajet à travers les parties, elles ont pour résultat de maintenir ou de rétablir la rectitude de ce trajet; elles donnent raison des blessures et des ouvertures multiples faites par un seul projectile, des blessures uniques faites par plusieurs projectiles.. Si la balle a été déviée par une des causes précédemment énumérées, la position affectée par le blessé au moment de l'accident peut souvent rendre compte ou mettre sur la voiede la déviation survenue, en reproduisant le relâchement ou la contraction de certains muscles, la tension des aponévroses, la situation des articulations, en faisant connaître le degré d'incidence du projectile sur les parties frappées.
Les explorations doivent être faites avec ménagemen l, ma is cependant avec la durée et l'insistance nécessaires adonner un degré de certitude convenable sur l'état de la blessure : le danger de les prolonger ou de les pousser trop loin, soit dans une cavité ou à son voisinage, soit à proximité de vaisseaux importants; celui de provoquer l'apparition ou le retour d'une bémor-