BLESSURES DE LA MOELLE. — PLAIES
tuses à tous les degrés, cl plus ou moins étendues, lorsqu'elles résultent de coups de feu, ou que, dans les fractures ou les luxations, elles ont lieu par l'intermédiaire des os eux-mêmes. Les méninges, dans les cas de luxations ou de fractures du rachis, peuvent rester intactes.
Il convient, afin d'établir le diagnostic rigoureux des lésions de la moelle, de rappeler quelques détails d'analomie et de physiologie propres à déterminer la valeur de chacun des phénomènes observés. La moelle ne remplit pas exactement le canal rachidien où elle est comme suspendue par le ligament dentelé; celte disposition est surtout remarquable à la région cervicale. Elle n'en occupe pas non plus toute la longueur : continue en haut avec la masse encéphalique, elle s'arrête habituellement en bas, entre la première et la deuxième vertèbre lombaire ; peut-être son point de terminaison varie-t-il dans l'extension et la flexion du corps, et remonte-t-il un peu dans cette dernière position.
On remarque, sur le cordon médullaire, deux renflements : le premier, cervical ou brachial; le second, crural ou lombaire, qui sont en rapport avec les plexus du même nom. Les nerfs fournis par la moelle épinière ne sortent pas du canal rachidien directement en regard de leur émergence du centre nerveux; ils parcourent, à l'intérieur, un trajet d'une certaine étendue. Il en résulte que les symptômes de paralysie se manifestent toujours à une certaine distance au-dessous de la blessure, et non pas à son niveau même.
Nous empruntons à YAnatomie chirurgicale de Malgaigne (1) les détails relatifs à l'origine des nerfs rachidiens.
Les huit paires cervicales naissent de la moelle, dans l'intervalle compris entre l'occipital et la partie supérieure de l'épine de la sixième vertèbre cervicale : les deux premières occupent à peu près l'intervalle de l'occipital à l'atlas; les deux suivantes, celui de l'atlas à l'axis; chacune des autres tient l'espace d'une apophyse épineuse à l'autre.
L'origine des douze paires dorsales correspond à l'intervalle qui sépare la sixième épine cervicale de l'épine de la onzième vertèbre dorsale : ce* douze pairs de nerfs occupent donc a peu près douze espaces interépineux; les six premières naissent entre l'épine de la sixième vertèbre cervicale et la partie inférieure de l'épine de la quatrième vertèbre dorsale; les cinq suivantes, entre la cinquième épine dorsale et la partie supérieure de la neuvième; enfin, la douzième paire de nerfs tient à elle seule deux espaces, c'est-à-dire depuis la neuvième épine dorsale jusqu'au-dessus de la onzième.
(1) Malgaigne, Anatomie chirurgicale, t. II, p. 32, 2e édit. Paris, 1859.
25h BLESSURES DU RACHIS ET DE LA MOELLE ÉPINIÈRE.
Les origines des cinq paires lombaires se recouvrent successivement, et sont comprises depuis l'épine de la onzième vertèbre dorsale , jusqu'audessous de l'épine de la douzième.
Les origines des six paires sacrées qui se recouvrent aussi successivement, s'étendent de l'épine de la douzième vertèbre dorsale à celle de la première vertèbre lombaire.
Rappelons, enfin, que la moelle épiniôre est composée de quatre faisceaux : deux antérieurs, affectés h la myotililé; deux postérieurs, destinés au sentiment; et qu'elle est en relation avec le système nerveux de la vie organique par de nombreuses anastomoses.
Ces données une fois établies, nous dirons qu'une division complète de la moelle entraîne l'abolition du mouvement et de la sensibilité dans toutes les parties situées au-dessous de cette division, en môme temps qu'elle détermine des troubles fonctionnels dans divers organes.
Ainsi : une section de la moelle au niveau de la douzième épine dorsale paralyse presque tout le plexus sacré, savoir : la majeure partie des nerfs des fesses, de l'anus et des parties génitales, et presque tout le nerf sciatique, qui reçoit cependant la branche antérieure du cinquième nerf lombaire. Une section de la moelle au niveau de la onzième épine dorsale paralyse les plexus lombaires et sciatiques, savoir : tous les nerfs des fesses, de l'anus, des parties génitales et du membre inférieur.- — L'urine et les fèces sont retenues ou conservées a l'insu du malade : lorsqu'il y a rétention d'urine, ce liquide, modifié dans sa composition, dépose, sur les vases où il est reçu ou sur les sondes introduites dans la vessie, un sédiment plus ou moins abondant; il est trouble et répand une forte odeur d'ammoniaque. On observe rarement l'érection du pénis. La respiration n'est pas modifiée; le pouls est un peu ralenti. Les pieds sont froids. On voit survenir après un certain temps la formation d'eschares au sacrum et dans les points du corps soumis à la pression par le décubitus.
Une section de la moelle au niveau de la cinquième épine dorsale, outre îes paralysies dont il vient d'être parlé", entraîne celle des muscles de l'abdomen, dont les nerfs sont fournis par les cinq dernières paires dorsales. — L'expiration et la défécation ne sont plus aidées par les parois abdominales. Il y a un peu de ballonnement du ventre.
Une section de la moelle au-dessus de la deuxième épine dorsale, paralyse en outre presque tous les nerfs intercostaux : si la section a lieu audessus de la sixième épine cervicale, tous les muscles intercostaux sont paralysés, et le sentiment est diminué dans les tégumenls du bras. — Les inspirations s'exercent par le diaphragme, le dentelé et le trapèze; l'expiration n'a lieu que par l'élasticité de la cage thoracique et du poumon. Le