BLESSURES DE L'OREILLE INTERNE ET MOYENNE
teur : le liquide pénètre en bouillonnant derrière le corps étranger, le déplace ou même l'expulse complètement.
Rupture de la membrane du tympan. — La membrane du tympan est quelquefois déchirée et rompue par les ébranlements violents que communique à l'air atmosphérique la déflagration de la poudre à canon. Cet accident s'observe surtout chez les artilleurs. La rupture de la membrane du tympan s'accompagne d'un écoulement de sang par le conduit auditif externe et d'une vive douleur : au moment même de l'accident, l'ouïe est quelquefois tellement sensible que les sujets poussent des cris et se bouchent instinctivement l'oreille pour ménager la susceptibilité de l'organe. Il suffit, pour combattre l'exagération des sensations auditives, d'empêcher la pénétration directe de l'air dans l'oreille interne.
La membrane du tympan se cicatrise et se répare quelquefois : le plus souvent, elle reste perforée d'une ouverture irrégulière et plus ou moins grande. Cette dernière condition expose les malades à des otorrhées persistantes, mais elle ne les rend pas toujours sourds, ainsi qu'on le pensait avant A. Cooper (1). L'oreille, après un certain temps, recouvre ses facultés, mais à un moindre degré de perfection. Il est probable que la membrane du tympan ne joue, à l'égard de l'oreille interne, qu'un rôle protecteur contre l'influence de l'air extérieur et l'intensité des sons : lorsqu'elle est détruite, elle est suppléée, dans ses fonctions, par les membranes de la fenêtre ovale et de la fenêtre ronde qui transmettent leurs vibrations, comme auparavant, au liquide du labyrinthe.
Blessures de l'oreille 'interne et moyenne. — L'oreille moyenne et l'oreille interne ne peuvent guère être blessées que par les projectiles de guerre, qui pénètrent plus ou moins profondément dans l'épaisseur du rocher, y demeurent ou poursuivent leur trajet jusque dans l'intérieur de la cavité crânienne. Il est indiqué de faire l'extraction des corps étrangers, soit par leur trajet, soit par la trépanation de l'apophyse mastoïde, s'ils ont pu être reconnus. L'ouïe, dans ces cas, est totalement abolie, et les désordres déterminés par les agents vulnérants sont suivis, à bief délai, de phénomènes d'inflammation qui, se propageant particulièrement aux méninges, amènent une terminaison funeste. Si le blessé échappe à ces accidents, une suppuration abondante et interminable s'écoule par le conduit auditif externe, parla bouche, par la plaie, ou par quelque point consécutivement perforé de l'apophyse mastoïde;' des trajets fistuleux s'établissent autour de l'oreille et jusque dans le cou, et persistent tant que les corps
(1) A. Cooper, Œuvres chirurgicales, trad. Chassaignac et Richelot, p. 680.
étrangers ou les esquilles demeurent en place. Ces conditions exposent les malades à toutes les chances de l'infection purulente.
Uu traitement anliphlogistique des plus énergiques doit être tout d'abord institué; les collections purulentes sont ouvertes au fur et à mesure qu'elles se présentent; on cherche à provoquer l'évacuation du pus en pinçant les narines et la bouche du malade, et en l'engageant à faire des efforts pour souffler; des injections émollientes sont pratiquées par les ouvertures accidentelles, par la trompe d'Euslache, par le conduit auditif externe, afin d'empêcher la stagnation du pus et d'entraîner au dehors les débris osseux.
Lorsque les malades survivent à ces dangereuses blessures, ils conservent souvent, outre la surdité, une paralysie de la face, une gêne de la mastication et de la déglutition, une otorrhée intermittente et rebelle, des fongosités mollasses prenant racine à une profondeur variable, et faisant saillie parle conduit auditif; quelquefois, enfin, une tuméfaction de la région parotidienne, menacée de réveils inflammatoires sous l'influence des excitations ordinaires.
Blessures de la région orbitaire. — Plaies des parties molles et externes de l'orbite. — Les plaies par armes piquantes, bornées aux parties molles extérieures de l'orbite, ne méritent d'être signalées que parce qu'elles peuvent donner lieu, comme toutes les plaies de la face, à un érysipèle dont nous avons déjà apprécié la gravité et indiqué le traitement.
Il en est à peu près de même des plaies par instruments tranchants, qui doivent cependant être prises en considération au point de vue de leur direction et de leur profondeur. Elles peuvent être' perpendiculaires, obliques ou parallèles aux fibres musculaires qui doublent la peau ; elles peuvent diviser les paupières verticalement d'une manière incomplète, ou totalement, et comprendre les cartilages tarses dans toute leur épaisseur. Selon que ces plaies sont perpendiculaires ou parallèles aux fibres musculaires, elles affectent un écartement plus ou moins grand de leurs bords, et exigent, pour leur réunion, des moyens de coaptalion plus parfaits. Les agglutinatifs suffisent presque toujours pour maintenir leurs lèvres rapprochées; néanmoins, on est quelquefois obligé d'avoir recours aux sutures, particulièrement dans les plaies transversales du sourcil, où le muscle occipitofrontal provoque un certain degré d'écartement.
Plaies des paupières. — Divisées verticalement dans toute leur hauteur, les paupières présentent ordinairement un écartement considérable des bords de la plaie, dû à la contraction du muscle orbiculaire. Les lèvres de la solution de continuité ne sauraient être maintenues en contact que par la suture. On emploie, à cet effet, la suture à points séparés; on se sert avantageusement de fils métalliques comprenant dans leur anse les carlilages