BLESSURES DE LA. RÉGION ORBITAIRE EXTERNE
tarses; on applique avec le plus grand soin le point de suture portant sur le bord libre de l'organe, afin que les portions cartilagineuses soient très-exaca tement affrontées. Quelque précaution que l'on prenne, il arrive souvent que la réunion n'est pas obtenue dans cet endroit, que les lèvres de la division se cicatrisent isolément et laissent sur le bord de la paupière une coche qui, présentant une certaine étendue, constitue une difformité à laquelle on a donné le nom de coloboma. Dupuytren (1) avait imaginé, pour réunir les plaies plus exactement et prévenir toute difformité, de prendre les cils les plus voisins appartenant à chacune des lèvres de la plaie, et d'en faire un seul faisceau autour duquel il appliquait une ligature le plus près possible de la base. D'autres fois, il liait isolément chacun des faisceaux appartenant à chacune des lèvres de la plaie, après quoi il croisait les fils, et, les tirant en sens inverse, il les fixait sur les parties voisines à l'aide d'un emplâtre agglutinatif. Ce mode de réunion, d'une application difficile, ne présente pas une solidité suffisante, et expose à la chute ou à l'arrachement des cils.
Les plaies transversales des paupières ne présentent point d'écartement notable : elles peuvent être pansées à plat sans inconvénient et se cicatrisent avec facilité. La ténuité et la îaxité de la peau de ces voiles membraneux déterminent, lorsqu'on emploie la suture, le renversement des bords de la plaie en dedans; aussi faut-il prendre les précautions nécessaires pour parer à cet inconvénient.
Contusions, plaies confuses, plaies par coups de feu. — Les contusions, les plaies contuses et les blessures par armes à feu se rencontrent souvent à la région orbitaire externe. Velpeau (2) a appelé particulièrement l'attention sur les plaies des tissus qui recouvrent l'apophyse temporale de l'orbite. Les plaies contuses offrent ici les caractères des blessures par instruments tranchants : dans les chocs contre le sol ou contre les corps solides extérieurs, les tissus sont divisés de l'intérieur à l'extérieur par le bord tranchant de l'os frontal, plutôt que par l'action des agents extérieurs. Elles pénètrent par conséquent jusqu'à l'os, et sont nécessairement plus étendues en surface lorsqu'elles sont profondes que lorsqu'elles sont superficielles. Nous n'avons pas remarqué que ces plaies soient plus graves que les plaies contuses des autres points du pourtour de l'orbite.
Dans les cas de déchirures, de plaies contuses et de coups de feu, les paupières sont souvent en partie arrachées et présentent des perles de substance plus ou moins considérables. Quel que soit le degré de dilacération
(1) Dupuytren, Leçons orales, t. IV, p. 208.
(2) Velpeau, Dictionnaire de médecine. Paris, 1840, t. XXII, art. Orbite.
des paupières, il faut les remettre en place sans en rien retrancher. On peut quelquefois tenter de réunir immédiatement les lambeaux par la suture; mais, en général, ces tentatives réussissent mal. >
Comme dans toutes les plaies contuses, la tuméfaction considérable qui s'empare de ces solutions de continuité, la rétention des liquides dans leur foyer, obligent, presque toujours, à couper les sutures dès le lendemain pour remédier à la douleur, pour prévenir la section des parties par les fils, et conjurer la formation de phlegmons. Respecter toutes les parties atteintes et les réappliquer, maintenir en place les lambeaux au moyen d'une légère couche de coton enduite de cérat, recouvrir celle-ci d'une petite éponge fine, constamment imbibée d'eau fraîche, constitue le meilleur traitement local h employer immédiatement. Dès que le gonflement inflammatoire est passé, que la suppuration s'est établie et que des bourgeons cicatriciels se sont développés, on rapproche avec soin les bords des lambeaux et l'on applique des points de. suture pour rendre les cicatrices moins apparentes et s'opposer à la déformation ou au renversement des paupières.
La blépharoptose, l'ectropion, la destruction plus ou moins complète du tissu palpébral, résultent fréquemment de ces accidents. La blépharoptose n'est pas toujours la conséquence de la paralysie du muscle reieveur de la paupière supérieure, mais aussi de l'infiltration œdémateuse consécutive à la lésion. L'ectropion est produit par l'œdème du tissu cellulaire sousconjonctival, en même temps que par les adhérences vicieuses de la peau. Les paupières qui ont souffert une perte de substance ne recouvrent plus entièrement le globe de l'œil : cette difformité, désignée sous le nom de lagophthalmie, est souvent accompagnée d'ectropion et de désordres graves de l'œil provoqués par son exposition permanente au contact de l'air.
Toutes les blessures des parties molles du pourtour de l'orbite et des paupières exposent à un gonflement rapide qui s'étend vers le front, la joue et la tempe, et sous lequel le globe de l'œil disparaît quelquefois complètement. Des ecchymoses considérables se propagent au loin, se montrent avec une coloration rouge vif sous la conjonctive oculaire et sous la conjonctive palpébrale, et mettent un temps fort long à disparaître. L'inflammation, quand elle se déclare, est rarement franche; elle revêt volontiers les caractères de l'érysipèle, du phlegmon diffus, et devient facilement gangreneuse.
Les plaies du sourcil étaient jadis considérées comme étant particulièrement dangereuses, et comme déterminant fréquemment l'amaurose et même, parfois, le délire, le coma, le tétanos et la mort. L'amaurose a été attribuée à la lésion du nerf frontal agissant sympathiquement sur l'œil,