BLESSURES DE LA RÉGION ORBITAIRE INTERNE
par l'intermédiaire du nerf nasal qui fournit la racine longue du ganglion ophthalmique : mais si l'on considère que les plaies simples du sourcil et que les divisions chirurgicales du nerf sus-orbitaire n'ont jamais amené l'amaurose, tandis qu'au contraire cette affection a toujours succédé à une contusion plus ou moins violente de l'arcade orbitaire avec ou sans plaie, on est porté à conclure qu'elle est déterminée par une commotion par contre-coup du nerf optique. Cette manière de voir est encore justifiée par l'apparition de l'amaurose à la suite de coups portés sur d'autres points du pourtour de l'orbite que l'arcade supérieure : nous avons vu un jeune enfant de troupe qui, en faisant des armes, reçut, à travers son masque, un coup de fleuret sur le bord inférieur de l'orbite, en regard du trou orbitaire inférieur, et fut frappé d'amaurose. Quant aux autres accidents, ils résultent des fractures de la base du crâne avec lésion du cerveau, compliquant souvent les plaies de la région sourcilière.
Blessures de la région orbitaire interne. — Les plaies pénétrantes de l'orbite parles armes piquantes ou tranchantes sont peu graves lorsqu'elles n'intéressent que le tissu cellulo-graisseux qui tapisse cette cavité. Elles exposent, néanmoins, à l'inflammation phlegmoneuse des graisses entourant le globe de l'œil. Quand ces blessures atteignent les muscles de l'œil, les nerfs ou les vaisseaux contenus dans l'orbite, elles peuvent donner lieu soit à une déviation du globe oculaire, soit à une paralysie partielle de la face, soit encore à une hémorrhagie ou à un épanchement sanguin. Les troubles physiologiques survenus dans les mouvements de l'œil et dans l'innervation des parties molles de la face, mettent sur la voie du diagnostic précis de la lésion. Ces accidents disparaissent habituellement parla réunion spontanée des muscles et des nerfs divisés. L'hém,orrhagie ne saurait être grave, en raison du peu de volume des artères et de la facilité avec laquelle elles peuvent se rétracter, libres qu'elles sont au milieu du tissu cellulaire. Quant aux épanchements de sang, soit veineux, soit artériel, ils déterminent des ecchymoses brunâtres sur les paupières et des taches, d'un rouge plus ou moins vif et plus ou moins saillantes, sous la conjonctive palpébraje et sous la conjonctive bulbaire soulevée quelquefois en disque autour de la cornée. Lorsque les épanchements sont considérables, ils paralysent les mouvements du globe de l'œil, provoquent l'exophthalmie, et apportent quelques troubles dans la vision. Nous avons vu un épanchement sanguin de l'orbite déterminer la diplopie par la compression qu'il exerçait sur la partie postérieure de l'œil. La résolution de ces épanchements marche très-lentement, mais s'opère généralement en totalité.
Les projectiles lancés par la poudre à canon ou leurs fragments peuvent pénétrer dans l'orbite et y rester logés.
Il faut, dans ces circonstances, comme lorsqu'il s'agit de blessures d'autres parties du corps, extraire les corps étrangers ou les projectiles, et prévenir l'inflammation.
Les lésions de la glande lacrymale sont rares. Nous n'en connaissons que deux exemples : l'un dû à Ravaton (1), l'autre à D. J. Larrey (2) ; tous deux résultant de coups de balle. Ravaton conjectura, d'après l'abondance des liquides sortant par la plaie, que les vaisseaux excréteurs de la glande lacrymale avaient été coupés (?) : il extirpa la glande et le malade guérit. D. J. Larrey diagnostiqua directement la lésion : la balle s'était divisée sur le bord externe de l'orbite; une moitié du projectile fila dans la tempe, sous l'aponévrose du muscle croiaphile, et fut extraite facilement; l'autre pénétra dans l'orbite à travers l'épaisseur de la glande lacrymale et s'arrêta sur la surface orbitaire de l'os de la pommette. Pour enlever cette dernière portion de projectile, D. J. Larrey débrida la paupière et enleva les débris de la glande elle-même avec le corps étranger : les plaies se cicatrisèrent promptemenl et l'œil resta intact.
L'inflammation du tissu cellulo-grais'seux de l'orbite ne peut toujours être prévenue a la" suite des plaies pénétrantes de celte cavité ; cette complication constitue toujours un accident grave. Elle se termine généralement par suppuration et entraîne fréquemment la méningite et l'encéphalite. Les efforts élu chirurgien doivent tendre à la prévenir par les applications résolutives sur la région orbitaire, les émissions sanguines locales et générales, les révulsifs sur le tube digestif.
Lorsque ces moyens ne peuvent empêcher la formation d'un phlegmon de l'orbite, des douleurs vives et profondes se font sentir au fond de la cavité orbitaire et dans les régions frontale et temporale; l'œil devient immobile et saillant ; la rainure oculo-palpébrale se comble d'arrière en avant et disparaît; une fièvre intense et quelques accidents cérébraux se déclarent. Le traitement général et les émissions sanguines locales n'ont ordinairement aucune action sur celte inflammation, vive, franche et rapide, et le meilleur remède à lui opposer consiste dans l'incision. Cette opération doit être pratiquée avec un bistouri 'droit, plongé par ponction et à lq, profondeur de trois centimètres, sur le point le plus saillant des tissus qui entourent l'œil, alors même que la fluctuation, toujours assez obscure, n'existe pas. Si l'on n'ouvre pas le foyer de l'abcès du premier coup, on peut renouveler la ponction sur un autre point : l'incision des tissus se fait en retirant la lame de l'instrument qui doit toujours être tenue à plat, dans le même
(1) Ravalon, La chirurgie d'armée, p. 175.
(2) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. I, p. 396.