BLESSURES DU GLOBE DE L'OEIL
plan que la paroi de l'orbite qu'elle a suivie. La perte de sang qui suit l'incision soulage le malade, et si le pus ne se présente pas immédiatement, il vient généralement sortir par l'ouverture quelque temps après.
Les suppurations phlegmoneuses de l'orbite se tarissent promptement; celles qui résultent de plaies par coup de feu ou de la présence prolongée de corps étrangers durent plus longtemps, et donnent lieu à des adhérences des paupières aux parties profondes, et, quelquefois, à des déviations de l'œil ou à l'impossibilité de certains de ses mouvements.
Blessures du g-lobe de l'œil. — Les blessures du globe de l'œil peuvent avoir lieu par les armes piquantes et tranchantes, par les corps contondants et par les projectiles lancés par la poudre à canon.
Plaies par armes piquantes. — Selon leur volume, les armes ou instruments piquants font au globe de l'œil des plaies plus ou moins graves. Les instruments fins et acérés, comme les instruments de chirurgie, une aiguille, une lame de canif ou de ciseaux, déterminent des plaies beaucoup moins sérieuses que les pointes d'épée, "de fleuret, de sabre, de lance ou de baïonnette. Bornées à la cornée ou à la sclérotique, les piqûres légères guérissent habituellement sans accidents, en peu de temps et sans laisser après elles de traces appréciables : il peut cependant en résulter une cicatrice qui, siégeant sur la cornée en regard du champ de la pupille, apporte au passage des rayons visuels un obstacle plus ou moins considérable. Lcrepos de l'organe soustrait à l'influence de la lumière, des applications d'eau froide, quelques bains de pieds sinapisés suffisent, en général, pour prévenir les accidents.
Les armes piquantes, mues ordinairement avec une certaine force et présentant une épaisseur notable, font des solutions de continuité plus larges, souvent accompagnées de contusions et de déchirures laissant s'échapper, en plus ou moins grande abondance, les humeurs de l'œil.
Lorsque les corps vuînérants pénètrent à une certaine profondeur dans l'intérieur de l'œil, ils peuvent atteindre les diverses parties qui le constituent, léser l'iris, le cristallin, etc. , et donner lieu soit à une cataracte, soit à l'opacité des membranes et des milieux. Ils déterminent souvent une violente inflammation qui se termine par suppuration, ou qui a pour résultat des désordres considérables abolissant à jamais la fonction de la vision. Dans ces circonstances, on doit avoir recours au traitement antiphlogistique le plus énergique.
Plaies par armes tranchantes. — Les blessures par armes tranchantes, lorsqu'elles sont simples et n'intéressent que la cornée ou la sclérotique, ne sont pas beaucoup plus graves que les piqûres légères. Elles exposent cependant à quelques accidents : les humeurs de l'œil peuvent s'échapper à.
travers la plaie, si celle-ci est étendue ou transversalement dirigée; les bords de la solution de continuité, au lieu de se réunir par première intention, peuvent s'enflammer et suppurer. L'humeur aqueuse se reproduit avec une rapidité si grande, que sa sortie ne constitue pas une complication grave; il n'en est pas de même de l'humeur vitrée, dont une perte minime ne compromet pas la guérison du malade, mais dont une évacuation considérable amène presque infailliblement la perte de la vue. L'inflammation et la suppuration des lèvres de la plaie est un accident redoutable qui s'étend à toute la cornée, détermine son ramollissement et laisse après la cicatrisation un leucoma d'épaisseur et d'étendue variables : elle peut gagner les parties profondes de l'organe 'et provoquer sa fonte purulente; l'œil est alors atrophié et à jamais perdu.
Lorsque les armes tranchantes pénètrent plus profondément, elles donnent lieu quelquefois à l'issue du cristallin et déterminent tous les désordres que nous avons signalés à propos des plaies par armes piquantes. L'issue du cristallin n'ajoute pas beaucoup à la gravité de la blessure, qui peut guérir comme une opération de cataracte par extraction ; il en est de même de la hernie de l'iris dont on doit chercher à obtenir la réduction, soit en la repoussant directement avec le stylet, soit en instillant dans l'œil quelques gouttes de solution de sulfate d'atropine. Dans tous les cas, il faut fermer l'œil avec soin, prendre garde que les paupières ne s'engagent entre les lèvres de la plaie, et faire tous ses efforts pour obtenir une réunion immédiate et pour prévenir l'inflammation.
Contusions. — Les contusions du globe de l'œil varient d'intensité, et sont le résultat du choc des agents extérieurs ou des projectiles de guerre agissant obliquement sur le" bulbe oculaire, soit immédiatement, soit à travers les paupières : elles méritent toute l'attention du chirurgien.
Un épanchement de sang, qui peut occuper différents sièges, en est le résultat immédiat ordinaire. Le sang s'infiltre sous la conjonctive qu'il boursoufle et colore en rouge vif : cet accident est sans importance et se dissipe en un temps plus ou moins long, sans laisser de traces. L'épanchement sanguin se fait dans la chambre antérieure, dans les cas de contusions plus profondes qui ont pu déchirer ou décoller l'iris : il disparaît en général avec promptitude et sans laisser de vestiges, lorsqu'il ne provoque pas d'inflammalion. Le sang peut encore s'épancher dans le corps vitré et en troubler la transparence ; se réunir en collection ou en nappe entre le corps vitré et la rétine, au-dessous de cette membrane, entre la choroïde et la sclérotique, enfin entre le cristallin et les feuillets de sa capsule. Au lieu de se résorber facilement, comme les épanchements de la chambre antérieure, ces derniers mettent un temps fort long à disparaître, sont