FRACTURES DE L'ORBITE
même, et forme au fond de la cavilé orbitaire un moignon plus ou moins régulier et mobile. L'inflammation est beaucoup moins vive et beaucoup moins à redouter cpie dans les cas précédents.
Des grains de poudre, des éclats de capsule, des grains ou des fragments de plomb, qui ne sont pas assez volumineux pour vider l'œil, s'y implantent quelquefois, le pénètrent et y restent logés. Lorsque ces corps étrangers s'arrêtent dans les membranes extérieures ou dans la chambre antérieure de l'œil, il est facile de les enlever, soit directement, soit en incisant la cornée transparente; quand ils se sont logés dans le cristallin, il est encore possible de les enlever, en même temps que la lentille, par la kératotomie ; mais quand ils sont perdus dans la profondeur de l'œil, on ne peut en faire l'extraction. Une vive inflammation survient quelquefois immédiatement ou consécutivement et s'empare de toutes les parties constituantes de l'œil, qui peut se rompre ou s'atrophier, ainsi que nous le disions tout à l'heure. D'autres fois, les corps étrangers sont supportés, et la vision peut persister : mais dans la majorité des cas, la vue est abolie; si l'œil reste entier,' la pupille demeure immobile et dilatée, les humeurs de l'œil se troublent et se confondent, et de vives douleurs persistent pendant de longues années.
Nous avons à dessein passé sous silence les lésions de la conjonctive, du sac lacrymal, des points et des conduits lacrymaux, en raison de leur peu d'importance comparée à celle des autres lésions de la région orbitaire interne. Nous en dirons autant de la présence de divers corps étrangers, sable, gravier, parcelles de métal ou de coke tombés dans le cul-de-sac oculo-palpébral ou implantés à la surface du globe de l'œil; l'extraction en est toujours facile, soit, lorsqu'ils sont libres, au moyen d'une barbe de plume ou d'un stylet, soit, lorsqu'ils sont adhérents, avec l'aiguille à cataracte. Nous avons été témoin d'un fait assez singulier pour que nous croyions devoir le rapporter : Sur le bâtiment qui nous transportait à Constantinople, un officier reçut dans l'œil un fragment de charbon tombé de la cheminée de la machine à vapeur; la femme de chambre du bord voulut le lui enlever avec un anneau d'or qu'elle portait au doigt. L'anneau échappa des mains de l'opérateur, et vint se loger au-dessous de la paupière supérieure en coiffant exactement le globe de l'œil; il fut facilement extrait avec la tête d'une longue épingle.
Fractures de l'orbite. — Les parois de l'orbite sont constituées par des os minces et fragiles et correspondent, en haut, à l'étage supérieur de la base du crâne et au lobe cérébral antérieur; en bas, à l'antre d'Highmore; en dedans, aux fosses nasales; en dehors, à la fosse temporale. Il en résulte que les armes piquantes et la pointe des armes tranchantes peuvent péné-
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trer par l'orbite clans les différentes cavités qui l'avoisinent, en traversant ses parois, et léser divers organes : à la partie supérieure, le lobe antérieur du cerveau, sur les lésions duquel nous ne reviendrons pas; à la partie inférieure, le nerf et l'artère sous-orbitaires, le sinus maxillaire; à la partie interne,, les fosses nasales. La paroi externe, plus solide, plus oblique et plus courte que les autres, est séparée de la voûte, en arrière, par la fente sphénoïdale, et du plancher inférieur, par la fente sphéno-maxillaire qui fait communiquer l'orbite avec la fosse zygomalique : un instrument piquant passant par la fente sphénoïdale peut, sans atteindre les os, léser le lobe moyen du cerveau; en s'engageant dans la feule sphéno-maxillaire? il peut blesser l'artère maxillaire interne et le nerf maxillaire inférieur. Enfin, le trou optique peut servir de passage à un instrument délié pour pénétrer jusqu'à l'encéphale.
Les chocs résultant de l'action des corps extérieurs ou de chutes déterminent des fractures directes ou indirectes des os épais qui constituent la base de l'orbite et de ses parois. Les fractures sont en fissures, en éclats, avec ou saus esquilles, uniques ou multiples : simples, elles ne sont pas toujours faciles à diagnostiquer, bien qu'elles se révèlent ordinairement par la formation d'une eccfiymose sous-conjonctivale du côté où existe la lésion osseuse. Elles ne présentent aucune indication particulière, sinon les précautions propres à prévenir l'inflammation.
Les projectiles de guerre fracturent et enlèvent des portions plus ou moins considérables du rebord de l'orbite, dans lequel ils restent quelquefois implantés; pénétrant dans la cavité, ils blessent le globe oculaire, brisent les parois orbitaires, lacèrent les organes situés en arrière d'elles et peuvent se loger dans le cerveau, dans les fosses nasales et les sinus frontaux, dans le sinus maxillaire et la fosse temporale. Il n'est pas rare de voir des balles entrer dans l'orbite pour ressortir, en suivant un trajet direct de haut en bas, vers la partie postérieure du cou, en avant de l'apophyse mastoïde ou sur un point reculé de la face. Ces blessures, lorsqu'elles n'atteignent aucun vaisseau important et qu'elles ne sont pas compliquées d'hémorrhagies primitives ou consécutives, ne sont pas absolument graves; elles sont suivies de suppurations abondantes par la bouche et les fosses nasales, de la sortie de petites esquilles par la même voie ou par le trajet même de la plaie. La guérison en est assez rapide, et les résultats en sont très-variables; suivant qu'elles ont intéressé quelque tronc nerveux, elles laissent après elles des paralysies partielles, ordinairement incurables. Nous en avons vu un très-grand nombre, et nous n'avons eu que rarement a constater une terminaison funeste.
Non-seulement les projectiles de guerre pénètrent dans l'orbite par sa