BLESSURES DU NEZ ET DES CAVITÉS NASALES
base largement ouverte, mais encore par un point quelconque de ses parois fracturées de dehors en dedans.
II est à peine besoin de dire que, dans l'immense majorité des cas, les paupières et le globe de l'œil participent, soit immédiatement, soit consécutivement, aux désordres produits sur l'orbite. Les déchirures des paupières doivent être dirigées vers la cicatrisation la plus régulière et ne présentent rien de particulier à signaler. La vue peut être abolie, bien que le globe de l'œil soit intact; une inflammation de l'organe peut survenir avec son dangereux cortège : une déchirure , une désorganisation complète de l'œil peut être déterminée, tout d'abord, par le projectile ou par les esquilles que celui-ci pousse au-devant de lui. Ces dernières circonstance sont moins graves, peut-être, que les premières, au point de vue des accidents à redouter.
Après avoir extrait les esquilles et les corps étrangers ou projectiles susceptibles d'être reconnus et enlevés, le chirurgien doit se préoccuper de prévenir l'inflammation du cerveau et de ses membranes par des saignées générales et locales.
Il n'est pas indispensable d'extraire toutes les esquilles à la suite des fractures de l'orbite par coup de feu, et l'on peut laisser en place les esquilles peu mobiles et suffisamment adhérentes, avec l'espoir qu'elles se consolideront. Cette pratique, plusieurs fois suivie de succès, évite les pertes de substance et les difformités consécutives; elle expose, il est vrai, à des suppurations de longue durée et qui, dans cette région, ne sont pas sans danger : mais il est toujours facile de faire ce que l'on n'a point fait tout d'abord, si l'on venait à craindre quelque accident.
On cherche, par des pansements méthodiquement faits, par l'application de sutures après la chute des parties mortifiées, à atténuer les difformités qui peuvent résulter des déchirures et des pertes de substance des paupières et des téguments voisins de l'orbite, afin de conserver l'harmonie des traits du visage et de permettre ultérieurement l'application d'un œil artificiel.
Blessures du nez et des cavités nasales. — Plaies. — Les blessures du nez par les armes ou les instruments piquants ne présentent rien de particulier, lorsqu'elles sont simples ; elles exposent à un peu de gonflement et à l'érysipèle de la face. Lorsqu'elles sont pénétrantes, elles peuvent être accompagnées de la fracture des os propres du nez et des os qui concourent à la formation des nombreuses anfractuosités des fosses nasales. La pointe des armes blanches peut traverser les parois qui limitent les cavités nasales et pénétrer dans le crâne, dans les sinus frontaux, les cellules ethmoïdales, les sinus sphénoïdaux et l'antre d'Highmore, dans l'orbite et
dans la bouche. La gravité de la lésion réside tout entière dans la complication, la blessure du nez demeurant presque insignifiante.
Les plaies du nez par armes tranchantes sont superficielles ou comprennent toute l'épaisseur du lobule ou des ailes; elles se présentent fréquemment avec ablation plus ou moins complète, d'une portion ou de la totalité de l'organe. Les plaies superficielles sont traitées par les moyens ordinaires et réunies par des bandelettes de taffetas d'Angleterre. Les plaies profondes, intéressant les ailes ou le lobule dans toute leur épaisseur, présentent un certain degré d'écartement dû à l'élasticité des cartilages divisés. Elles doivent être réunies avec soin par la suture à points séparés, afin de parer à la cicatrisation isolée de leurs bords : des bourdonnets de charpie introduits dans les fosses nasales soutiennent en dedans les lèvres de la solution de continuité et maintiennent le calibre des narines. Lorsqu'un lambeau a été séparé du nez dans une certaine étendue, il faut le réappliquer et le maintenir en place par la suture, quelque mince que soit le pédicule par lequel il adhère encore. Enfin, lorsqu'une portion du nez ou le nez tout entier a été complètement détaché, il faut encore le réappliquer et en tenter la réunion par la suture ; si la réunion échoue, la plaie est pansée comme une plaie avec perte de substance.
• Les contusions et les plaies contuses du nez ne présentent aucune considération spéciale; les plaies déchirées résultant de morsures d'hommes ou de chevaux sont toujours plus ou moins contuses; il faut chercher à en obtenir la réunion par la suture à points séparés comprenant toute l'épaisseur de leurs bords.
Fractures. — Les os propres du nez sont quelquefois enfoncés, perforés, fracturés ou coupés par les armes piquantes et tranchantes ou par les corps contondants. Le déplacement des os est généralement peu considérable, la mobilité limitée, et la crépitation difficile à obtenir. Dans les cas où la peau est intacte et la membrane pituitaire déchirée, un emphysème peut survenir et s'étendre aux paupières et au front. Il faut chercher à relever les fragments et à obtenir une coaptation parfaitement exacte : à cet effet, on introduit, dans les narines, les mors fermés d'une pince à anneaux avec laquelle on repousse de dedans en dehors l'os déprimé, tandis qu'on le soutient des doigts de l'autre main appliqués sur le dos du nez. Lorsque les fragments n'ont pas de tendance à se déplacer, la fracture est abandonnée à elle-même; quand, au contraire, ils se déplacent, on les maintient en position au moyen de bourdonnets de charpie poussés dans les fosses nasales et reliés par un fil dont l'extrémité, pendante au dehors des narines, sert plus tard à les retirer. Si la lame perpendiculaire de l'ethmoïde était fracturée et déviée, il faudrait lui restituer sa position iior-