BLESSURES DU NEZ ET DES CAVITÉS NASALES
maie et l'y maintenir au moyen de bourdonnets de charpie, afin de prévenir la diminution de calibre de l'une des fosses nasales et la gène de la respiration. D. J. Larrey (1) rapporte un exemple de coup de sabre ayant divisé le nez et les deux maxillaires supérieurs jusqu'au palais : des fils d'or, passés entre les dents tenant aux fragments et les dents voisines de la mâchoire, maintinrent les os en place; la soudure des os et la réunion des parties molles se firent promptement, et le blessé guérit en quarante-cinq jours. Ravaton (2) cite un cas où le nez, avec les os et les cartilages, fut détaché par un coup de sabre qui ne respecta qu'une portion des téguments de l'aile droite : la réunion fut obtenue sans sutures, au moyen d'un emplâtre agglutinatif : le blessé guérit en trente jours.
Coups de feu. — Les projectiles lancés par la poudre à canon atteignent souvent le nez ; une balle se borne quelquefois à le déchirer ; d'autres fois elle le traverse de part en part; des projectiles plus volumineux enlèvent une portion, ou la totalité de cet organe. Ces blessures sont généralement suivies d'une tuméfaction considérable; c'est seulement lorsque les parties sont revenues sur elles-mêmes et que les eschares sont tombées qu'on doit chercher, par toutes les ressources de l'art, à prévenir les difformités et qu'on peut procéder aux restaurations.
Les balles, pénétrant dans les fosses nasales, peuvent fracturer les cornets et la cloison : elles peuvent y rester logées. Elles sont rarement enclavées d'une manière bien solide, en raison de la fragilité et du peu d'épaisseur des os. Il est facile de les reconnaître et de les extraire avec la pince tire-balle; il est quelquefois plus commode de les ébranler avec le doigt ou une spatule, et de les précipiter vers le pharynx que d'en pratiquer l'extraction par la voie qu'elles ont parcourue. Lorsqu'elles n'ont pas été reconnues ou qu'elles n'ont pu être extraites, elles entretiennent une irritation continuelle, provoquent des douleurs, un sentiment de gêne et de pesanteur, déterminent une suppuration persistante, et finissent, après un temps plus ou moins long, par se déplacer spontanément et par tomber dans la bouche ou dans le pharynx.
Des lames de fleurets, d'épées, de sabres, de couteaux, peuvent se rompre et rester engagées dans les fosses nasales. En 1858, nous avons extrait, par les narines, un morceau, long de sept centimètres, d'un crayon de charpentier dont on s'était servi comme d'un poignard. Pénétrant obliquement au-dessus de l'aile du nez du côté gauche, l'instrument avait perforé la cloison, s'était engagé profondément par la pointe dans la paroi externe
(1) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. II, p. 5.
(2) Ravaton, La chirurgie d'armée, p. 562.
de la narine droite et s'était rompu au niveau de la plaie d'entrée. La cicatrisation delà blessure du nez s'était faite rapidement, sans laisser de traces appréciables : le malade, tourmenté par une suppuration abondante et fétide, avait été traité, pendant dix-huit mois, dans divers hôpitaux, pour une nécrose.
Blessures des sinus. — Au lieu de rester dans les fosses nasales, un projectile peut pénétrer et rester logé dans les sinus frontaux, les cellules ethmoïdales et les sinus sphénoïdaux : on comprend combien l'exploration de la plaie et l'extraction des corps étrangers présentent, dans ces cas, de difficultés. Un des officiers supérieurs les plus distingués de l'armée reçut au combat du col de Teniah de Mouzaïa (Algérie), en 1840, une balle qui, pénétrant par l'orbite, fractura la paroi interne de cette cavité après avoir détruit l'œil, et vint se loger dans l'un des sinus qui s'ouvrent sur la voûte des fosses nasales. Le projectile ne fut pas retrouvé immédiatement. Rentré en France, cet officier se soumit, à plusieurs reprises, et sans succès, aux explorations et aux tentatives d'extraction faites par Marjolin, A. Pasquier et Blandin. Bégin, consulté à son tour, conseilla d'abandonner toutes recherches, annonçant qu'un jour ou l'autre, la balle, après avoir usé les parois osseuses qui la retenaient, tomberait d'elle-même dans le pharynx. Pendant dix-huit ans, le blessé fut sujet à de violentes céphalalgies; en renversant la tête en arrière et en l'inclinant en avant, il sentait le projectile se déplacer : il le cracha tout à coup, un jour que celui-ci tomba dans la bouche, sans déterminer d'autres phénomènes. Un autre blessé, officier général, s'est éveillé pendant une nuit, en sentant tomber dans sa bouche la balle qui, treize ans auparavant, lui avait crevé un œil et s'était perdue dans les sinus (1).
.La sortie spontanée du projectile par cette voie avait déjà été signalée par Bagieu, et les Mémoires de V Académie de Berlin font mention d'un officier qui rendit ainsi une balle qu'il avait conservée pendant vingtcinq ans (2).
Lorsque les projectiles se logent dans le sinus maxillaire, ils sont plus accessibles aux recherches et à l'extraction, qu'ils aient pénétré par la joue ou par les fosses nasales. Percy (3) pense qu'ils peuvent être abandonnés sans inconvénient dans cette cavité, et s'appuie du témoignage de Ravaton : mais celui-ci ne fait que citer un cas où il fit l'extraction d'une grosse balle logée dans l'antre d'Highmore, chez un militaire qui, depuis six
(1) Hutin, Mémoire sur la nécessité d'extraire immédiatement les corps étrangers et les esquilles. Paris, 1851.
(2) Percy, Manuel du chirurgien d'armée, p. 114.
(3) Loco citato, p. 60.