FRACTURES DES MACHOIRES
insurmontable d'extraire les esquilles entourées de tissus fibreux et musculaires épais, solides et résistants. Celte dernière circonstance, favorable à la réunion des esquilles au reste de l'os, est une condition de danger, lorsque les esquilles sont frappées de mort, ce qui arrive le plus souvent : les fragments d'os ne pouvant se faire jour ou être amenés à l'extérieur qu'à grand'peine, provoquent une tuméfaction considérable de la région et donnent lieu à des suppurations intarissables qui s'étendent dans la fosse zygomalique, l'arrière-boucbe et le cou, exposent à de graves accidents, et en particulier à l'infection purulente. Une balle, traversant la face, peut fracturer en même temps les deux brandies de la mâchoire et anéantir à jamais ses mouvements, selon qu'elle a frappé plus ou moins près des condyles ou qu'elle a frappé les condyles eux-mêmes : dans tous les cas, la mastication est toujours plus ou moins gênée.
Les parties molles et les téguments, dans ces circonstances, ne sont pas nécessairement intéressés dans une grande étendue : ils ne doivent pas être réunis immédiatement, mais seulement alors que les plaies sont détergées. Il est cependant une circonstance dans laquelle il convient de rafraîchir les bords de la plaie et de les réunir par la suture, c'est lorsque les pertes de substance faites aux os sont considérables, les solutions de continuité larges et étendues, et que la disposition de la lésion fait craindre des cicatrisations isolées, une rétraction des téguments qu'il serait difficile, plus tard, de remettre en place, et, par la suite, des difformités irrémédiables.
Les fractures de la mâchoire inférieure se consolident souvent d'une manière vicieuse à la suite des coups de feu : la consolidation met toujours un temps fort long à s'accomplir, ne consiste quelquefois qu'en un cal fibreux ou manque tout à fait.
Les éclats de projectiles creux et les gros projectiles fracassent fréquemment le maxillaire inférieur, et peuvent même l'emporter en partie ou en totalité. L'ablation de la mâchoire peut porter seulement sur la partie antérieure; sur l'une des portions horizontales, l'autre étant fracturée, luxée ou restée en place ; sur tout le corps, les branches étant seules respectées ; enfin, sur tout le corps de l'os et la majeure partie de ses branches. Ces graves mutilations, dont on peut facilement se représenter tous les degrés, sont accompagnées de désordres et de pertes de substance étendus des parties molles et des téguments. Tout le plancher de la bouche est détruit ; la langue, souvent blessée, quelquefois intacte, pend au-devant du cou ; un vaste hiatus régulièrement borné en haut par la mâchoire supérieure, et encadré dans le reste de son pourtour par des parties attriies, déchirées en lambeaux multiples, renversées et parsemées de débris osseux, laisse apercevoir, dans sa profondeur, toutes les parties qui constituent le pharynx.
A l'ablation de la mâchoire inférieure se joint quelquefois celle d'une partie ou de la presque totalité de la mâchoire supérieure et de la plus grande partie de la face, mettant à découvert le pharynx et les narines postérieures.
Les blessés tombent sous le coup, mais ne succombent pas toujours immédiatement; quelques-uns même ont pu guérir. Un militaire qui avait eu toute la région faciale inférieure emportée par un boulet, au siège déSébastopol, 1 856, et ne conservait plus littéralement que les yeux, put être évacué de Crimée à Conslantinople, et ne succomba que trois jours après son arrivée. D. J. Larrey (1) rapporte une observation analogue, relative à un soldat de l'armée d'Egypte, qui fut en état de repasser en France trente-cinq jours après son accident et vécut plus tard aux Invalides.
Ces horribles blessures peuvent donner lieu à une abondante hémorrhagie ; mais quand le sang ne provient pas des vaisseaux carotidiens ou jugulaires compris dans la lésion, il s'arrête spontanément par l'attrition, la dilacéralion, l'arrachement et l'espèce de mâchure des tissus, par la distorsion ou le refoulement qu'ont subis ies vaisseaux. Les hémorrhagies consécutives ne sont pas communes en pareils cas ; peut-être le sont-elles davantage dans ceux où les brandies montantes du maxillaire inférieur ont été fracturées par un coup de feu. Nous reviendrons sur cet accident à propos des blessures du cou.
Les ablations partielles ou totales de l'os maxillaire inférieur isolément, sont moins graves que celles qui se compliquent de l'ablation de la portion crânienne de la face. Elles donnent lieu à une série de phénomènes de physiologie pathologique que nous examinerons plus loin, avec ceux des lésions par coups de feu tirés dans la bouche ou sous le menton, en raison de leur grande analogie.
Blessures de la cavité buccale. — Les armes blanches et les petits projectiles, en pénétrant dans la cavité buccale, peuvent léser les organes qui y sont contenus, et, si leur action continue, ils peuvent atteindre des parties voisines importantes. La base du crâne., le cerveau, la colonne vertébrale, la moelle épinière, peuvent être lésés par un corps vulnérant entré par la bouche ; de là des accidents sur lesquels .nous n'avons pas à revenir : les artères carotides peuvent être ouvertes et donner lieu à des hémorrhagies foudroyantes.
Dents. — Les dents sont souvent atteintes, renversées ou brisées par les armes blanches et les projectiles ; elles opposent à ces derniers un obstacle sur lequel ils se divisent en un plus ou moins grand nombre de fragments.
(1) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. II, p. 29.