‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 86 sur 174 · COMPLICATIONS. — EMPHYSÈME TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS. — EMPHYSÈME TRAUMATIQUE

employées. Nous ne sommes pas plus partisan des saignées nombreuses et abondantes destinées à combattre une pneumonie s'éteignant souvent d'ellemême, et qui peuvent avoir plus d'un genre d'inconvénienis, si déjà le malade a perdu beaucoup de sang au moment même de la blessure. Les saignées locales, et en particulier les ventouses scarifiées, sont préférables aux saignées générales, et suffisent habituellement, aidées au besoin par les préparations antimoniales, pour maîtriser les accidents.

Complications. — Emphysème traumatique. — L'emphysème consiste dans l'infiltration de l'air dans le tissu cellulaire. Le mécanisme de la production de cet accident adonné lieu à quelques controverses sur lesquelles nous ne croyons pas devoir nous arrêter.

Il peut se produire avec ou sans plaie extérieure.

Les contusions de la poitrine qui s'accompagnent de déchirure du tissu pulmonaire avec intégrité de la plèvre viscérale, peuvent, suivant Gosselin (1), donner lieu à l'emphysème. La déchirure de l'organe se trouvant au voisinage de sa racine, il serait possible que l'air s'infiltrât dans le tissu cellulaire sous- pleural, autour des gros vaisseaux, et, de proche en proche, dans le médiastin antérieur et le tissu cellulaire du cou. Cette supposition n'a pas encore été confirmée par l'expérience.

Dans les cas de fracture de côtes avec déchirure de la plèvre pariétale et du poumon par les fragments osseux, l'emphysème a pu se produire et a été constaté par Hewson dans une observation suivie d'autopsie (2). Ce ne sont là que des circonstances exceptionnelles qu'il suffit d'indiquer.

L'emphysème, malgré l'assertion contraire d'un chirurgien aussi éminent que Malgaigne (3), est une des complications les plus fréquentes des plaies pénétrantes de la plèvre et dû poumon. Les plaies étroites et sinueuses sont une des conditions les plus favorables à son développement; la réunion des plaies étendues, en les transformant en plaies étroites, y expose; les coups de feu ne le déterminent que très-rarement : nous ne l'avons constaté qu'une fois dans cette dernière circonstance.

La produciion de l'emphysème, admise par quelques chirurgiens dans les cas de lésion de la plèvre pariétale sans lésion du poumon, n'est qu'une vue théorique, ce genre de blessure n'ayant pas été observé chez l'homme, sinon par Thierry et peut-être par D. J. Larrey, qui ne rencontrèrent pas l'emphysème, ainsi que nous l'avons déjà dit (voy. page 339).

Lorsqu'il existe une plaie du poumon avec plaie extérieure, deux cas

(1) Gosselin, Recherches sur les déchirures du poumon sans fractures des côtes correspondantes (Mémoires de la Société de chirurgie de Paris, 1847, t. \, p. 234).

(2) Médical Observation and inquirics, t. III. p. 73.

(3) Malgaigne, Anatomie chirurgicale, 3e édit. Paris, 1859, t. II, p. 215.

Zkk BLESSURES DE LA POITRINE PAR ARMES DE GUERRE.

peuvent se présenter : le poumon est complètement libre dans la cavité des plèvres, ou bien il est retenu contre la paroi tboracique par des adhérences anciennes siégeant au niveau même de la blessure. Dans ce dernier cas, si la plaie est large, elle permet à l'air de passer librement du poumon à l'extérieur, et ne s'accompagne pas d'emphysème : nous en avons vu un exemple chez un de nos jeunes camarades qui reçut, en duel, un coup de sabre dont le tranchant divisa d'arrière en avant et de haut en bas, suivant la direction des côtes, le sixième espace intercostal et le poumon adhérant à la paroi thoracique. Pendant l'inspiration et l'ascension des côtes, la plaie s'écartait assez pour qu'on vît nettement la tranche du poumon : elle donnait issue pendant l'expiration à une abondante quantité d'air et de sang; mais elle ne détermina pas l'emphysème. Si la plaie est étroite et ne donne pas à l'air une libre issue, l'emphysème peut se produire.

Dans le cas où le poumon n'adhère pas à la paroi de la poitrine, l'air s'insinue entre les plèvres en quantité plus ou moins grande, soit qu'il pénètre par la plaie extérieure, soit qu'il s'échappe des cellules pulmonaires divisées, ou qu'il provienne de ces deux sources à la fois. Celte dernière circonstance est la plus commune clans les cas de plaies assez larges. Dans les cas de plaies étroites, résultant de coups de fleuret ou de coups d'épée, ce sont les cellules pulmonaires seules qui fournissent l'épanchement d'air. L'inspiration, pour nous, de même que l'expiration simple sont alors sans influence sur le passage de l'air du poumon dans la cavité des plèvres : ce phénomène nous paraît dû à la rétractilité ou à l'affaissement du poumon, d'une part, de l'autre à l'expiration entravée par une occlusion plus ou moins complète de la glotte pendant les cris, les plaintes ou les efforts.

Quand la plaie du poumon, maintenue par des adhérences, reste en rapport avec la plaie extérieure, l'air s'infiltre directement dans le tissu cellulaire voisin, chassé qu'il est des cellules pulmonaires par l'expiration brusque, forcée ou entravée. Quand, au contraire, le poumon est libre d'adhérences et qu'un épanchement d'air s'est formé entre les plèvres, l'épanchement est comprimé pendant l'effort, les cris ou les plaintes, d'une part, par l'air concentré dans le poumon et auquel le resserrement de la glotte offre un point d'appui; de l'autre, par la paroi thoracique : ne pouvant rentrer dans la plaie du poumon fermée oU livrant passage à un courant d'air vers la plèvre, le fluide épanché est pour ainsi dire exprimé à travers la plaie de la paroi thoracique et s'infiltre dans les tissus ambiants. 11 n'y aurait pas de raison pour que ce phénomène cessât, si l'infiltration sanguine qui s'empare de la plaie viscérale et la compression même par le fluide épanché des cellules pulmonaires divisées n'en tarissaient la source.

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