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COMPLICATIONS. — EMPHYSÈME TRA.UMATIQUE

D'après ce que nous venons de dire, l'emphysème peut débuter par le tissu cellulaire du poumon ou par le tissu cellulaire des parois thoraciques. Nous ne parlerons pas de l'infiltration interlobulajre du poumon, qu'il doit être fort difficile de distinguer de l'épanchement dans la cavité des plèvres, <?t nous ne nous occuperons que de l'infiltration de l'air dans le tissu cellulaire extérieur. Elle se manifeste par une tuméfaction diffuse des téguments, sans douleur, sans changement de couleur à la peau et accompagnée par une crépitation très-sensible sous la pression du doigt : cette crépitation, due au déplacement de l'air dans les aréoles du tissu cellulaire, donne une sensation analogue à celle du froissement du papier végétal; elle se reproduit à chaque pression du doigt, qui déprime la peau sans y laisser de traces. Tantôt l'emphysème est borné au voisinage de la plaie; c'est le cas le plus commun : tantôt il prend des dimensions considérables. D. J. Larrey a fait représenter (1) un exemple d'emphysème traumatique dû à un coup d'épée dans l'aisselle droite; le blessé offre un aspect analogue à celui des animaux de boucherie insufflés pour aider à leur dépècement. « Il n'était, pour ainsi dire, plus qu'une énorme masse tendue, ballonnée, sonore et crépitante. Le tissu cellulaire et les téguments du cou étaient si fortement tuméfiés que cette partie semblait se continuer, sans aucune ligne de démarcation, avec les épaules et la face. La bouche, le nez, les yeux étaient entièrement couverts par le gonflement des parties environnantes. Les paupières, totalement fermées par leur tuméfaction, empêchaient le passage des rayons lumineux, ce qui contribuait à augmenter le désespoir du blessé. Les membres, surtout les supérieurs, étaient également boursouflés, le scrotum égalait en grosseur la tête d'un enfant et formait une tumeur dans laquelle le pénis avait presque totalement disparu. De violentes douleurs se faisaient sentir dans les testicules et arrachaient de temps en temps des cris au malheureux blessé, qui en éprouvait de non moins insupportables au cou, à la poitrine et à l'abdomen : son pouls était vibrant, petit, accéléré. »

Littre et IVlery (2) ont donné des observations d'emphysème général survenu, l'un, à la suite d'un coup d'épée, l'autre, d'une fracture de côte : à l'autopsie des malades, qui succombèrent, le premier cinq jours, le second quatre jours après la blessure, on. trouva de l'air infiltré partout, excepté à la paume des mains, à la plante des pieds et à la partie supérieure de la tête : le blessé de Littre présentait des bulles d'air jusque dans le corps vitré et dans l'humeur aqueuse.

(1) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. II, planche IV.

(2) Mémoires de l'Académie des sciences, 1713, p. h et 116,

A ces symptômes, que l'on pourrait appeler objectifs, se joignent des troubles fonctionnels plus ou moins marqués, consistant dans la dyspnée, dans l'irrégularité et la gêne de la circulation.

L'emphysème partiel est une affection sans gravité, qui disparaît en quelques jours sans traitement; l'emphysème général est grave et peut amener la mort en arrêtant l'exercice des principales fonctions.

On a longtemps conseillé de remédier à l'emphysème en dilatant les plaies extérieures et en les rendant parallèles à celles des parois du thorax : cette opération expose à l'épanchement d'une plus grande quantité d'air dans la cavité des plèvres et à l'affaissement du poumon. Après avoir débridé la plaie extérieure, D. J. Larrey la réunit chez un officier polonais auquel il eut l'occasion de donner des soins pendant la campagne de 1812 (1) : réunir après avoir débridé, c'est manifestement replacer les parlies dans la même situation que si elles n'avaient pas été divisées. Le malade de D. J. Larrey guérit néanmoins.

La compression directe sur la plaie et sur les parties voisines au moyen de compresses épaisses, soutenues par un bandage de corps, suffit, en général, pour prévenir et modérer l'emphysème dans les cas simples : toutefois, il est vrai de dire que presque toujours l'infiltration de l'air s'arrête d'elle-même. Nélaton (2) pense que l'occlusion de la plaie peut être nuisible, en favorisant la production d'un cpanchement de sang dans la plèvre : nous apprécierons la valeur de celte crainte, en traitant des épanchements.

Lorsque l'emphysème est considérable, la compression, en raison de l'épaisseur des téguments, est inefficace et même inapplicable; il faut alors avoir recours, comme l'a démontré Malgaigne(S), à des ponctions multiples pratiquées en différents endroits avec la lancette; les incisions longues et profondes sont inutiles. L'air s'échappe facilement et spontanément parles petites incisions; sa sortie peut néanmoins être favorisée par des pressions ; l'application de ventouses mouchetées attirant une certaine quantité de sang, en même temps que l'air, peut être utile, mais ne nous paraît pas indispensable.

Hémorrhagie. — La sortie du sang par la bouche peut être si considérable, qu'elle entraîne en quelques instants la mort du blessé. Cet accident, heureusement assez rare, résulte de la lésion des gros vaisseaux de la racine du poumon.

(1) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale, t. II, p. 193.

(2) Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale, t. III, p. 450.

(3) Malgaigne, Du traitement des grands emphysèmes traumatiques (Bulletm de thérapeutique, juin 1842, t. XXII, p. 359).

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