BLESSURES NON PÉNÉTRANTES DE L' ABDOMEN
abdominales, et moindres sont aussi les chances de hernies consécutives : •ces conditions ne peuvent être remplies que par la suture comprenant en même temps les muscles et les téguments.
Les complications des plaies non pénétrantes de l'abdomen par armes blanches sont rares. L'inflammation, dont nous avons déjà parlé, et la présence de l'instrument vulnérant dans la plaie ne se rencontrent guère que dans les blessures par armes piquantes, et ne sont pas communément observées. L'hémorrhagie, aussi peu souvent constatée que les accidents précédents, est habituellement extérieure dans les plaies par instruments tranchants, interstitielle dans les plaies par instruments piquants.
Quand l'hémorrhagie se fait jour à l'extérieur, elle est facilement arrêtée par la torsion ou la ligature du vaisseau divisé ; si l'artère saignante se cachait en se rétractant dans l'épaisseur des parois du ventre, elle serait recherchée et mise à nu par une légère incision. Généralement, les plaies par piqûres ne donnent lieu qu'à l'effusion de quelques gouttes de sang; mais il peut arriver que l'instrument vulnérant rencontre l'artère épigastrique ou la mammaire interne et détermine une hémorrhagie externe assez inquiétante. Le chirurgien peut se rendre maître de l'accident par l'application locale de compresses imbibées d'eau froide, par la compression médiate exercée au moyen d'un bandage de corps, par la compression immédiate pratiquée avec une bougie de gomme élastique introduite dans le trajet de la plaie. La ligature dans la plaie suffisamment agrandie serait substituée à ces moyens hémostatiques s'ils restaient sans succès. Nous n'avons eu que deux fois l'occasion d'observer des hémorrhagies à la suite de plaies des parois abdominales : dans un des cas, l'artère épigastrique avait été intéressée par un coup de couteau, à l'endroit où elle s'engage dans le muscle droit, et elle donnait lieu à une hémorrhagie que nous ne pûmes arrêter que par la ligature dans la plaie même ; dans l'autre cas, la circonflexe iliaque divisée aussi par un coup de couteau, un peu au-dessous de l'épine iliaque antérieure et supérieure, fournit une hémorrhagie secondaire assez considérable pour nous engager à rechercher le vaisseau lésé et à le lier dans la plaie.
Quand l'hémorrhagie est interstitielle, le sang s'épanche dans le tissu cellulaire, et forme une tumeur molle plus ou moins volumineuse, ou bien il se glisse et s'étale entre les couches aponévrotiques. Le sang s'arrête spontanément : tantôt il est résorbé en un temps toujours très-long; tantôt il donne lieu à un abcès sanguin qu'il convient de vider prématurément, afin d'éviter le retentissement de l'inflammation sur le péritoine et les viscères abdominaux, en même temps que le décollement des couches musculaires.
Contusions. — Les contusions bornées aux parois abdominales ne déterminent habituellement aucun accident. Elles peuvent cependant donner lieu à la rupture des muscles, la peau restant intacte. Nous avons vu le muscle droit du côté gauche rompu vers le milieu de sa portion sous-ombilicale, chez un sapeur-pompier qui, en s'exerçant au gymnase, avait mal pris son élan et s'était violemment heurté le bas-ventre contre la partie postérieure du cheval de bois. Une tumeur sanguine considérable, due sans doute à la déchirure de l'artère épigastrique, existait sur le lieu frappé; molle et dépressible, elle permettait aux doigts de sentir la solution de continuité du muscle dont les deux bouts étaient rétractés. Le malade étant couché sur le dos avait la plus grande peine à se mettre sur son séant. La guérison fut obtenue sans hernie consécutive. Mais il n'en est pas toujours, ainsi : les contusions des parois abdominales, en effet, soit qu'elles déterminent immédiatement la rupture des muscles, soit qu'elles amènent consécutivement leur atrophie, ont souvent pour résultat de diminuer la résistance des parties et de préparer l'apparition de hernies ou d'éventrations plus ou moins considérables.
Les contusions de l'abdomen ne bornent pas toujours leur action aux parois de cette cavité et s'étendent quelquefois jusqu'aux viscères. Sans produire de désordres localisés dans tel ou tel organe, elles peuvent se répartir sur toute la masse viscérale; mais plus généralement elles atteignent les viscères solides volumineux et fixes, tels que le foie, la rate, le re.in : et bien que l'estomac et l'intestin, par leur mollesse et leur mobilité, échappent facilement aux violences extérieures, ils sont néanmoins quelquefois intéressés.
Des accidents inflammatoires de la plus grande- gravité sont assez souvent le résultat des contusions profondes de l'abdomen et doivent être combattus par les moyens antiphlogistiques les plus énergiques. Le musée du Val-de-Grâce possède plusieurs pièces d'anatomie pathologique ayant trait à des ruptures de l'intestin grêle par des coups de pied d'homme ou de cheval. Dans ces cas, bien que la paroi abdominale reste intacte, l'intestin, pincé entre la colonne vertébrale et le corps contondant, est immédiatement déchiré ou se gangrène consécutivement dans une petite étendue: les malades succombent à la péritonite provoquée par un épanche ment, en général peu considérable, de matières intestinales.
Tous les organes, les vaisseaux mêmes renfermés dans l'abdomen peuvent être déchirés ou rompus par les contusions profondes. Nous avons va l'aorte abdominale divisée par un coup de pied de cheval chez un maréchal ferrant qui reçut une ruade dans le ventre, à la hauteur de l'ombilic; un épanchement rapidement mortel avait eu lieu par une plaie transversale,