‹ Traité de chirurgie d'arméeChapitre 95 sur 174 · BLESSURES NON PÉNÉTRANTES DE L'ABDOMEN · texte numérisé non relu

BLESSURES NON PÉNÉTRANTES DE L'ABDOMEN

longue de six millimètres et située à trois travers de doigt au-dessus de l'angle sacro-vertébral sur le côté gauche du vaisseau.

Les projectiles lancés par la poudre à canon déterminent, comme les corps contondants ordinaires, des contusions plus ou moins profondes de l'abdomen et la rupture des viscères. Les boulets arrivés à la fin de leur course et conservant peu de force, ou frappant obliquement les parois aodominales, les éclats de projectiles creux, occasionnent souvent les plus grands désordres intérieurs sans entamer la peau : les balles mortes ou arrêtées par les vêtements, par quelque pièce de l'armement ou de l'équipement, donnent lieu fréquemment à des accidents moins graves que les gros projectiles, mais néanmoins assez sérieux. Nous en reparlerons à l'occasion des plaies de chacun des viscères de l'abdomen en particulier.

Plaies confuses et coups de feu. — Les plaies contuses ordinaires des parois abdominales ne présentent rien de particulier à signaler : elles-sont rarement compliquées d'hémorrhagie ou de la présence de corps étrangers; l'inflammation est leur complication la plus ordinaire.

Les balles frappent obliquement ou parallèlement les parois de l'abdomen, y creusent des sillons ou des gouttières plus ou moins étendus. Lorsqu'elles pénètrent dans les parties, elles font des plaies en cul-de-sac, au fond desquelles elles restent logées, ou des plaies disposées en sétons et offrant deux ouvertures, l'une d'entrée, l'autre de sortie. Les balles sphériques contournent quelquefois les parois abdominales et y suivent un trajet qui peut en imposer pour une plaie pénétrante ; les balles cylindro-coniques ne donnent pas lieu à de pareilles blessures. Les gros projectiles et les -éclats de projectiles creux font des plaies contuses beaucoup plus considérables et souvent accompagnées de pertes de substance et d'ecchymoses •étendues.

Nous n'avons ici en vue que les plaies de la ceinture abdominale antérieure et latérale, les plaies de la région postérienre ayant été décrites avec les blessures du rachis.

La présence des projectiles et des corps qu'ils entraînent est à peu près la seule complication immédiate des coups de feu des parois abdominales. Il est habituellement facile de constater la présence des balles; elles doivent être extraites par les procédés ordinaires. L'immense majorité des plaies en cul-de-sac recèle les projectiles ; cependant, ceux-ci ont pu refouler les vêtements dans la plaie sans les percer, et être enlevés avec eux dans la bourse qu'ils ont formée. Les portions de vêtements déchirés, entraînées par les projectiles et abandonnées dans la blessure, sont plus difficilement reconnues : il faut prendre garde de saisir en leur lieu et place les bords déchirés des aponévroses, et n'exercer que des tractions modérées pour les amener

au dehors. Ces lambeaux tle vêlements méconnus sont souvent abandonnés dans le trajet de la plaie : ils déterminent constamment une suppuration abondante jusqu'à leur sortie, et très-souvent une inflammation phlegmoneuse qui présente de graves dangers.

Les coups de feu des parois abdominales sont traités comme dans les autres régions, soit par l'application de compresses imbibées d'eau froide, soit par un pansement simple, maintenu par un bandage de corps : le malade doit rester au lit et garder le repos le plus absolu. Ces blessures sont toujours fort douloureuses et lentes à se cicatriser ; les plaies en sétons guérissent plus vite et occasionnent moins de douleur que les plaies en gouttières.

L'accident qu'on doit surtout redouter à la suite des plaies contuses et des coups de feu de l'abdomen, c'est l'inflammation. La déchirure des aponévroses et des gaines musculaires, les mouvements incessants des parois abdominales, le frottement presque inévitable des pièces d'appareils, joints aux effets de la contusion même, prédisposent à cet accident. L'inllanir mation des parois n'est pas la seule à craindre, et dans les plaies contuses faites par de gros projectiles et des éclats de projectiles creux, comme aussi quelquefois à la suite de coups de feu, l'inflammation des parties sous-jacentes et du péritoine constitue un danger plus grand encore. Lerelâchement des parois de l'abdomen, l'application de fomentations émoilientes, l'emploi libéral des saignées locales et générales, et surtout la* prompte et longue incision des tissus, l'issue facile et rapide donnée an pus, tel est le traitement qu'il convient d'opposer à cette grave complication des blessures de l'abdomen par les corps contondants ou les projectiles de guerre.

Blessures pénétrantes de l'abdomen. — Il n'est pas toujours facile de diagnostiquer une plaie pénétrante de l'abdomen. Heureusement, lorsque des doutes peuvent s'élever sur la nature de la blessure, celle-ci, au point de vue de la pratique, ne réclame aucune indication particulière» Aussi, dans les cas douteux, doit-on s'abstenir des recherches auxquelles on se livrait jadis pour arriver à un diagnostic précis : d'une part, les recherches restent presque toujours sans succès ; de l'autre, elles peuvent être nuisibles, soit en faisant une plaie pénétrante d'une plaie de la paroi abdominale seulement, soit en irritant les bords de la solution de continuité, soit encore en détruisant un travail réparateur déjà commencé, en déplaçant un caillot et en provoquant une hémorrhagie. Si la plaie est large, il est facile d'en reconnaître la pénétration; si elle est étroite, les symptômes qu'elle détermine ne sont pas tellement caractéristiques qu'ils ne puissent induire en erreur, et les renseignements recueillis sur la forme

Page 1