II. — Cas très graves. — Pénétration intra-crânienne
Le coup (le l'eu a élé tiré de près, avec une forte charge et une arme puissante. La perle de connaissance se prolonge : c esl le coma. Avec la paralysie faciale, du côté blessé, qui ne manque guère dans les traumatismes graves de l'oreille, vous relevez parfois d'autres accidents de paralysie ou de contracture : il y a des vomissements, de l'inégalité pupillaire, un pouls ralenti. Le trajet, qui a donné d'abord beaucoup de sang, laisse sourdre un liquide clair, séreux, abondant, cl le suintement persiste; quelquefois, il esl mêlé de matière cérébrale.
Que faire? Après un pansement sommaire, livrer le blessé « à son sort »? Non, pour la double raison que voici : I" il arrive que, malgré toutes les
apparences, la balle n'ait pas pénétré et qu'elle ail déterminé, au-dessous (Telle et à son contact, un enfoncement, une fracture esquilleuse, naturellement ouverte et infectée, cl qui deviendra le point (le départ de la iiiéningo-
1 Berger, /<»//. tic lu Sac. ckir., 1SSS. p, 697.
COUrS DE FEU DANS L'OREILLE. U5
encéphalite; l2° si /r/ balle est dans lecrâne, nous avons, certes, bien peu de chances de la rencontrer, niais, en élargissant, désinfectant et drainant le trajet, nous ferons tout le possible pour prévenir les accidents septiques ultérieurs.
Donc — en laissant à parties faits désespérés où vous vous trouvez en présence d'un agonisant — la vraisemblance ou la certitude de la pénétration endo-crànienne ne rendent que plus pressante la nécessité d'une intervention immédiate : « préparation » de la région, lavage abondant avec une solution antiseptique chaude du trajet et du conduit, en général
fusionnés, extraction soigneuse des esquilles, des débris de tout ordre
Si le sang reparait et entrave les recherches plus profondes, tamponnez et remettez à un peu plus tard le reste de la besogne. Sinon, poursuivez dans la profondeur, comme nous allons le dire dans un instant.
III. — Cas ordinaires. — La balle est profondément implantée dans le rocher.
Vous êtes appelé tout de suite : du sang noir coule en bavant par l'oreille, parfois agité de saccades, la paralysie faciale existe déjà. Il faut désinfecter et tamponner; bien que l'otorragie primitive s'arrête d'ordinaire sous un tamponnement bien fait, môme lorsqu'elle procède de la lésion d'un gros vaisseau, et qu'elle ne doive pas trop alarmer, elle rendrait inutiles et dangereuses toutes tentatives immédiates d'exploration ou d'extraction. Commencez donc par un abondant lavage, très chaud, et tamponnez : taillez une bandelette étroite, épaisse, à plusieurs doubles, de gaze aseptique; portezen l'extrémité le plus loin possible, au fond du trajet, et poursuivez le remplissage, en ayant soin de « tasser » sur les parois, plutôt que sur l'axe profond du conduit.
Cela suffit provisoirement ('); mais, bien que les projectiles soient assez souvent « tolérés » dans le rocher, n'attendez pas l'explosion des accidents graves pour en tenter l'extraction, et, si vous êtes en mesure de la bien faire, faites-la le plus tôt possible. J'ajoute que nous ne sommes pas toujours appelés dans les premières heures, et que parfois nous nous trouvons n présence d'un accident datant de plusieurs jours, d'un foyer infecté, suppurant, de complications menaçantes; l'urgence opératoire n'est plus discutable.
Vous retirez le tamponnement, vous détergez de nouveau le conduit, et je suppose, naturellement, que la balle ne s'est pas présentée à votre premier examen. Où est-elle donc? Au fond de la caisse, enchâssée dans une des parties de l'oreille interne ('), qu'elle a fait éclater, au contact de la carotide
('} Et c'est, en somme, la plupart du temps, la seule intervention d'urgence. Elle pourra suffire, si la « tolérance » est complète et s'il ne survient aucun accident.
(*) L'analyse des caractères de la surdité, du coté blessé, peut fournir des indices précieux sur la localisation de la balle. Cbez un blessé de Duplay, la surdité était complète et le lie-tac d'une montre, même appliquée sur l'oreille, n'était pas perçu; mais, si l'on appliquait un diapason en
ciimuRGiE d'urgence. 5