FRACTURES SANS PLAIE
Il ne saurait entrer dans notre cadre d'exposer en détail les divers types d'appareils ni d'étudier les nombreuses variétés de fractures des membres. Nous nous contenterons, ici encore, de préciser certains points de pratique et, ajouterons-nous, de pratique d'urgence.
A notre sens, la réduction immédiate d'une fracture de jambe, par exemple, est tout aussi urgente que la plupart des interventions étudiées plus haut, et cette réduction constitue, elle aussi, une opération véritable, un acte chirurgical de technique réglée, d'importance majeure. Il n'est pas banal de répéter ces vérités utiles, trop souvent méconnues; le traitement des fractures n'est pas, ne doit pas être une besogne de routine et d'à-peuprès.
Aussi bien, à l'heure présente, tout un groupe de fractures doivent guérir exclusivement par le massage : fractures du péroné, des malléoles, de l'extrémité inférieure du radius, certaines fractures de la rotule, de l'olccrânc, fractures de l'extrémité supérieure de l'humérus, du col fémoral, etc. ; ou, du inoins, le massage doit-il intervenir presque tout de suite, après une période très courte d'immobilisation ou d'extension continue. Restreindre le « temps d'appareil » à la durée minima que nécessite le gros œuvre de la consolidation : telle est la formule générale; il n'en est pas moins vrai que toute fracture chevauchée ou susceptible de chevauchement doit être, séance tenante, réduite et immobilisée.
Quant aux procédés d'immobilisation, ils se ramènent, en somme, à quelques types simples, qu'il faut savoir exécuter correctement. L'appareil plâtré, sous ses diverses formes, remplit toutes les indications : le praticien,
(') Ciiari.es Aiicert, Contribution ù l'étude des luxations des vertèbres cervicales. Quelques cas heureux de réduction. Thèse doct., 1889, n° 54.
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qui a ilu plâtre et sait s'en servir, qui, de plus, sait faire uni1 extension continue et appliquer l'appareil d'Hennequin, possède toul ce qu'il Tant pour guérir toutes lus fractures, s'il sait les réduire et s'il s'astreint a le faire. Ce sera donc sur la réduction — sur la réduction d'urgence des fractures — que nous insisterons, sur les manœuvres qu'elle nécessite, sur les repères propres à en vérifier l'exactitude, en mais contentant d'exposer les appareils les plus simples à improviser.
FRACTURES DE LA CLAVICULE
La réduction est facile, en général; le maintien de la réduction — de la coaptation exacte — est à peu près impossible. Je parle, bien entendu, des fractures de la partie moyenne, complètes, chevauchées : vous pourrez obtenir un cal de forme régulière, de volume médiocre, de relief assez peu apparent, vous n'obtiendrez jamais, peut-on dire, la continuité absolue, la réparation morphologique idéale.
Mieux vaut en convenir tout de suite, ce qui n'est pas une raison pour laisser les choses en l'état, ou à peu près, en se bornant à l'application pure et simple d'une écharpe. Et, de fait, dans ces Frac turcs à grand chevauchement, il y a enjeu d'autres intérêts encore que ceux de la forme extérieure. (les clavicules raccourcies deviennent une gène souvent notable au fonctionnement du membre, ces gros cals difformes sont souvent douloureux, si même ils ne créent pas de compressions plus sérieuses.
Donc, réduisez toujours avec grand soin. Pour cela, laites asseoir le patient sur un siège bas; un aide, debout derrière lui. applique ses deux mains sur le devant des épaules et ramène doucement l'épaule tombante en liant, en dehors et en arriére; vous-même, placé devant, vous réglez et accentuez ce mouvement d'ascension et de rétropulsion, et. saisissant entre le pouce et les doigts les deux fragments, vous assurez leur mise en contact.
La réduction est complète, lorsque la clavicule a repris sa longueur, la même longueur que la clavicule intacte, mesurée île l'article sterno-claviculaire it l'extrémité externe, souvent saillante el toujours facile à repérer.
C'est dans cette attitude, que votre aide maintient, qu'il faut « faire l'appareil ».
Le nombre est immense des bandages de tout ordre, qui encombrent les manuels spéciaux; dites-vous bien que tout assemblage de bandes, quelles qu'en soient l'épaisseur cl la complexité, est condamné à glisser et à se disjoindre dans les premières vingt-quatre heures : la surface peut rester séduisante, en dessous le clirvaurbemenl s'est reproduit. Il faut du plâtre ou du silicate de potasse pour l'aire besogne utile.
Pour ma part, je pense (pie les deux appareils que voici permettent il obtenir
— ce qu'on peut — , sous la réserve, toutefois, que la réduction soit bien
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maintenue pendant toute la durée de leur application et de leur dessiccation.
1° Avec des tampons d'ouate, bien tassés, matelassez les creux sus et sous-claviculaires. Faisselle, puis enveloppez d'une couche peu épaisse les deux épaules et le haut de la poitrine. Par-dessus, roulez une première bande, très souple, cpii décrive d'abord quelques circulaires autour de la poitrine, puis qui remonte obliquement sur l'épaule, descende au-devant d'elle, passe sous l'aisselle, décrive un demi-tour circulaire, dorsal, et, de
lie 417. — Double croisé postérieur des épaules.
l'autre côté, chemine de nouveau au-dessous, au-devant, au-dessus de l'épaule, pour revenir obliquement en arrière.
Décrivez, en somme, autour des deux épaules, une série d'anses obliques, qui les ramènent fortement en arrière et en dehors, faites le double croisé postérieur, suivant la nomenclature des anciens manuels de bandages, mais en ayant soin d'exercer une forte traction qui efiace complètement les épaules, en les rapprochant en arrière, et les immobilise (Th. Anger).
Sur cette première enveloppe roulez une bande de tarlatane plâtrée — ou une bande de toile vieille silicatée — en suivant le même chemin, en décrivant le double croisé postérieur, réfracteur des épaules (fig. 417). Faites maintenir la réduction jusqu'à dessiccation complète, et vous aurez un appareil, gênant dans les premières heures ou les premiers jours, mais auquel le patient s'accoutume toujours, et qui, minutieusement appliqué, vous donnera d'excellents résultats.
FRACTURES lu BRAS.
2° Réduisez, comme tout à l'heure, et Faites l'appareil plâtré de M. Le Dentu, que les figures ci-contre décrivent suffisai ent (fig. ils et 410).
Reste la question de la suture. J'ai suturé ou lié une dizaine de clavicules fracturées, à îles périodes diverses, et je m expliquerai nettement sur les indications que je reconnais, pour ma part, à la réunion opératoire.
Fi... ils.