ÉCRASEMENTS DANS LA CONTINUITÉ
Un charretier d'une quarantaine d'années est apporté à l'hôpital Beaujon, en novembre J89cS : quelques heures avant, il est tombé sous son camion, et la roue a passé en échappe sur le tiers supérieur du bras droit. A ce niveau, la peau ne présente qu'une plaie longitudinale de quelques centimètres, par laquelle suinte un peu de sang noir: mais, au-dessous d'elle, et sur une longueur de 10 centimètres au moins, le membre paraît transformé en bouillie : sous ce manchon cutané, on ne sent qu'une espèce de magma pâteux, crépitant, *jui s'affaisse et luit sous le doigt; dans toute cette zone, le liras, en fuseau, est occupé par une profonde rigole circulaire. Le reste du membre est pâle, relativement froid, à peu près insensible, sans mouvement : pourtant, on retrouve, au-dessus du coude, les battements de l'artère huméraie; on retrouve, au poignet, quoique très faillies, les pulsations radiales. Les gros vaisseaux paraissent intacts et c'est une raison plus que suffisante pour s'attacher à la conservation.
Le loyer est donc largement ouvert, soigneusement irrigué à l'eau bouillie chaude qui chasse des caillots, des esquilles, des délais musculaires, et mollement tamponné à la gaze iodoformée; puis le membre est enveloppé d'une épaisse couche d'ouate, et, par-dessus, une gouttière plâtrée assure l'immobilisation.
fin ne fait rien de plus : les délabrements osseux sont trop considérables, la vitalité conservée du membre semble trop précaire, et. j'ajoute, l'état général du blessé est encore trop peu rassurant, pour qu'aucune autre intervention réparatrice soit indiquée.
Le lendemain, le pouls était meilleur, la peau de la main et de l'avant-bras avait repris quelque chaleur, les mouvements des doigts el du poignet étaient possibles ; au bout de quelques jours, le segment « sous-traumatique «avait recouvré tous les caractères d'une complète vitalité, le foyer de l'écrasement était indemne de tout accident septique ; il restait à résoudre, dans l'avenir, la seconde partie du problème : à rétablir la continuité osseuse de ce membre conservé.
C'est là un desideratum souvent fort difficile à remplir, el l'expérience montre trop combien sont fréquentes les pseudarthroses, à la suite des traumatismes de ce genre, dans lesquels la conservation a réussi. On n'obtient le succès définitif qu'au prix d'une longue patience et d'opérations réparatrices complexes. Les indications d'urgence n'en restent pas moins entières, et voilà un premier type de broiements, dans lesquels la conservation s impose.