ÉCRASEMENTS PÉRIPHÉRIQUES
Le pied et une partie de la jambe, la main et une partie de lavant-bras, quelquefois un segment encore plus étendu du membre, viennent d'être broyés sous une lourde voiture, sous les roues d'un wagon, sous un éboulement, etc. Vous voyez le blessé presque aussitôt : il est pâle, froid, le pouls petit, la respiration entrecoupée, la connaissance en partie supprimée : c'est le sbock traumatique dans sa forme la mieux caractérisée ; la dépression du pouls, l'hypothermie en sont les deux éléments capitaux.
Encore une fois, que faire de ce membre réduit en bouillie, irrémédiablement perdu, souillé de terre et de poussière, et qui, dans quelques heures, dès maintenant, constitue un vaste foyer d'infection? question grave et vitale, s'il en fut.
N'amputez pas : amputer, en pleine période de shock, c'est aller audevant de la mort immédiate. Mais, une fois que les premiers accidents se seront atténués, quand vous aurez, par les injections de sérum et de caféine, l'enveloppement ouaté des membres et du tronc, les inhalations d'oxygène, relevé le pouls et la température, les contre-indications une fois disparues, pourrez-vous, devrez-vous amputer?
Non, répéterons-nous, dans la grande majorité des cas. L'heure est passée des amputations traumatiques d'emblée, qui étaient de règle autrefois; elles ne doivent plus figurer dans la pratique courante, qu'à titre exceptionnel. Et voici pourquoi :
Môme en dehors de la phase initiale de shock, elles restent dangereuses, et le moment est évidemment peu favorable, pour faire subir au blessé, à peine sorti d'un traumatisme grave, un second traumatisme, aussi important qu'une amputation de cuisse ou qu'une désarticulation de la hanche.
Ce n'est pas là pourtant, à notre sens, l'objection principale, et nous dirons plus loin que, devant certaines raisons majeures, il sera très légitime de passer outre. De fait, on aurait tort de trop assombrir le pronostic de ces amputations précoces, au moins telles que nous pouvons les pratiquer aujourd'hui : en conduisant avec beaucoup de prudence l'anesthésie générale, en opérant vite et aseptiquement, on réalise des conditions toutes différentes de celles qui présidaient jadis à ces interventions et qui les rendaient si meurtrières. Pour ma part, sur vingt grandes amputations traumatiques pratiquées dans les premières heures, je ne compte que trois morts : celle d'un blessé amputé en pleine septicémie gazeuse, et deux autres faits se rapportant à des amputations multiples, compliquées de graves contusions viscérales, et aucun de ces trois opérés ne succomba immédiatement ou quelques heures après l'opération.
Il y a d'autres arguments à faire valoir contre l'exérèse d'emblée. Et