PLAIES DES GROS VAISSEAUX. — HÉMORRAGIES PRIMITIVES ET SECONDAIRES
C'est encore la conduite à tenir dans les hémorragies qui procèdent de l'ulcération des gros vaisseaux au contact des foyers suppures. Il y a. du reste, au cou. deux catégories à établir de ces accidents : 1° la suppuration et l'ulcération vasculaire qui en résulte siègent à la partie toute supérieure du cou i abcès amygdaliens et ulcérations de la gorge ('i. phlegmon infectieux sus-hyoïdien, etc.); "2° la suppuration occupe la région sternomastoïdienne.
Dans la première hypothèse — et il convient encore de faire rentrer dans ce cadre les hémorragies de l'oreille par ulcération de la carotide interne, dans la carie du rocher — on ne songera pas à aller lier le vaisseau dans le foyer, qui est pratiquement inaccessible. La compression de la carotide au tubercule de Chassaignac. la compression locale avec le doigt, avec une longue pince, placée à cheval sur la joue et dont l'un des mors est appliqué sur l'amygdale et l'autre sur la face externe du cou i^erneuili. serviront à réaliser l'hémostase provisoire: on liera ensuite la carotide primitive.
Même dans le second groupe de faits, alors que le foyer est de découverte aisée, on se fiera peu à la ligature in situ, et cela à cause de la friabilité de la paroi artérielle que nous signalions tout à l'heure. Dans un fait déjà ancien, dont nous gardons le souvenir. la carotide primitive était ulcérée au contact d'un goitre suppuré ; on chercha à faire la ligature dans le fover largement ouvert, mais l'artère se coupait sous la moindre pression du fil, s'effritait sous les pinces, et. de ligature en ligature, il fallut descendre jusqu'au tronc brachio-céphalique. Pareil ramollissement est exceptionnel, je le veux bien, mais on n'oubliera pas qu'il est toujours beaucoup plus sur de faire la ligature, d'emblée, au-dessous du foyer, sur un segment intact du tronc artériel.
qu'il maintint par la pression des maxillaires jusqu'à mon arrivée. Du doigt, il m'indiqua le vase de nuit qui contenait plus de 1 litre de sang. Il en avait avalé beaucoup.
Je me trouvais au milieu de la nuit, sans aides autres qu'un aubergiste et sa femme, en face d'un pauvre diable dont la respiration était singulièrement gênée par cet borrible tamponnement. La rapidité avec laquelle le sang avait rempli le vase de nuit me fit conclure à une érosion de la carotide interne, que la corne avait effleurée.
Je me décidai pour la ligature de la carotide primitive, séance tenante.... Je débarrassai la bouche d'une partie du tampon qui la remplissait. Éclairé par l'hôtelier, sa femme et un voisin, je pratiquai l'incision de la peau, qui commençait au niveau de l'angle inférieur de la plaie.
Malgré l'induration inflammatoire des parties, j'arrivai assez facilement à décoller le sternomastoïdien et. en procédant avec la plus grande circonspection, je parvins à sentir avec l'index les battements de la carotide primitive. Elle était à une profondeur terrible ; la grosse veine jugulaire interne s'aplatissait sous mon doigt pendant l'inspiration et se gonflait démesurément à l'expiration. Je ixosais pas débrider. J'avais la carotide sous mes veux à certains moments : elle était complètement séparée de la jugulaire et je m'acharnai à vouloir la charger malgré l'insuffisance des aides qui m'entouraient. En définitive, je dus renoncer à accomplir ce dernier temps dans la crainte de saisir le pneumogastrique ou de blesser la jugulaire interne. Je remplis la plaie d'un tampon d'ouate phèuiquée et me retirai après avoir indiqué à l'hôtelier la manière d'exercer une compression directe sur l'artère en cas de nouvelle hémorragie.
Le lendemain matin le malade fut transporté à l'hôpital de Brest et je pus, à l'aise, passer autour de l'artère un fil de catgut numéro 5, non sans avoir débridé le sterno-mastoîdien induré et sectionné lomoplato-hyoïdien.
Le blessé guérit et sortit de l'hôpital un mois après. Cbas. Ligatures dans la continuité des artères par le catgut. Bull, de la Soc. de chic. 1884. t. X. p. 733.
1 Eiirmaxx. Ulcération de la carotide interne par les abcès amygdaliens et les ulcères phagédéniques de la région. Société de chirurgie, 1878, p. 064.
Enfin, si l'hémorragie reparail après la ligature de la carotide primitive, on liera la carotide externe, qui, grâce à ses larges anastomoses avec le système carotidien opposé, serl parfois de voie de retour au sang dans le bout supérieur — et, s'il le faut, lu carotide primitive de l'autre côté, après qu'on aura toucefois tenté sans succès la compression digitale ou pratiqué la ligature d'attente (voy. p. 97).