‹ Traité de chirurgie d'urgenceChapitre 63 sur 146 · TRAUMATISMES DE LA REGION LOMBAIRE RUPTURES ET PLAIES DU REIN · texte numérisé non relu

TRAUMATISMES DE LA REGION LOMBAIRE RUPTURES ET PLAIES DU REIN

Les reins peuvent être atteints par des voies diverses et leurs lésions traumatiques sont assez souvent combinées à celles des autres viscères abdominaux, de l'intestin, du foie, de la rate : il en résulte une aggravation considérable du pronostic et une complexité toute spéciale des interventions d'urgence. Sur 200 cas de contusion du rein, Tuffier (') a relevé 23 déchirures du foie, 11 ruptures de la rate, 1 fois des contusions du pancréas, de l'estomac et de l'intestin, 2 fois une contusion de la vessie et du poumon, 1 fois la rupture de la plèvre, 15 fractures des côtes, 14 fractures des membres, 4 fractures du bassin, 4 fractures de la colonne vertébrale : soit une proportion de 20 pour 100 de « lésions concomitantes ». Or, sur 113 déchirures du rein non compliquées, il compte 49 morts, soit 45 pour 100; et sur 55 ruptures compliquées, 48 morts, soit 87 pour 100.

Il y a donc là, en pratique, une première donnée fort importante et qui s'applique aux deux types principaux des lésions traumatiques du rein : aux contusions, aux plaies.

Contusions. — Il faut reconnaître que la chirurgie d'urgence proprement dite et les interventions immédiates trouvent rarement leurs indica-

entier sans déchirure, examiner soigneusement le pédicule et faire une bonne ligature. Ces splénectomies paraissent être, d'ailleurs, d'un pronostic fort bénin, si l'on en juge par les observations plus haut citées qui toutes se sont terminées par la guérison. Ce fait seul montre bien quel crédit il convient d'accorder aux statistiques, surtout en ce qui concerne les opérations de chirurgie d'urgence, dont un nombre considérable sont journellement perdues; il n'en est pas moins vrai que la rate hcrniée peut servir de bouchon et prévenir l'infection péritonéale et que, d'autre part, l'intervention se borne souvent alors à une simple besogne de ligature : ces deux éléments expliquent l'excellence presque constante des résultats. (») Tuffier, Arch. yen. de méd., 1888, t. XXII, p. 591 et 007; 1880, t. XXIII. p. 535.

lions dans lii grande majorité des contusions rénales; mais on ne saurait, s;ms le plus grand danger, faire de l'abstention « d'emblée » une règle générale de conduite, el des exemples personnels l'ont démontré à un grand nombre de chirurgiens.

I. Cas légers. — Un homme ost renversé par une voiture et heurte violemment, de son côté gauche, le boni du trottoir : il perd connaissance, cl nous le trouvons, quelques instants après, très pâle, le pouls petit, la respiration pénible, dans un état de shock des mieux caractérisés. Un le réchauffe, on le ranime et, au bout d'une heure, le pouls, quoique toujours fréquent, a repris de la force, la peau est redevenue chaude, le faciès meilleur; il soutire vivement dans la région lombaire et le liane gauches, el une première miction est composée de sang rouge, presque pur. Pourtant le palper du liane, très gêné, il est vrai, par la douleur, ne révèle aucune tuméfaction nette, le reste du ventre est souple et indolent. Et, bien que les mictions restent sanglantes, l'état ne s'aggrave nullement dans les heures qui suivent, la température est normale, le pouls est bon. Contusion légère ou moyenne du rein, hémorragie modérée, ne créant par elle-même aucun danger immédiat, telle est la conclusion qui parait s'imposer el qui ne conduit à aucune détermination immédiate (')•

Les lésions de cet ordre .sont parfaitement susceptibles de guérir seules, l'immobilisation dans le décubitus dorsal, l'enveloppement du ventre dans une épaisse couche d'ouate et une ceinture de flanelle bien serrée, le régime lacté, l'administration îles antiseptiques urinaires, salol, etc., constituent les hases d'un traitement rationnel et sage qui donnera souvent d'excellents résultats.

II. Hématurie abondante, apparition rapide d'une « tumeur rénale ». — La question est déjà un peu différente, lorsque l'intensité évidente du traumatisme, l'abondance de l'hématurie, l'apparition rapide

d'une « tumeur rénale « témoignent, en dehors même des signes d'une hémorragie inquiétante, de ruptures étendues du parenchyme. Voici un fait qui servira d'exemple et permettra de donner un corps à la discussion des indications, souvent alors difficiles à bien dégager :

Un homme d'une trentaine d'années, très vigoureux, de santé excellente, reçoit à pleine volée un coup de pied de cheval dans le liane gauche. On le rapporte chez lui dans un état très alarmant, presque sans pouls et sans respiration, et ce n'est qu'avec les plus grands efforts que son médecin parvient à le « faire revivre ». Mais l'aspect général est tellement grave. qu'on ne doute pas de l'existence d'une rupture viscérale, et que l'on s'empresse de se mettre à la recherche d'un chirurgien.

Nous voyons le blessé environ cinq heures après l'accident : la situation n'est j >l 1 is la même, le faciès est bon, coloré, la parole el la respiration faciles, le pouls est bien frappé, la température de ."V2; il n'y a pas eu de

(') El, de fait, In douleur lombaire persiste et l'urine contient du sang pendant quelques jours, l>ui> tout disparaît et le blessé guérit suis incident.

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