‹ Traité de chirurgie d'urgenceChapitre 85 sur 146 · RUPTURES DE GROSSESSE TIBAIRE · texte numérisé non relu

RUPTURES DE GROSSESSE TIBAIRE

Ici donc, l'hémorragie s'était faite en deux temps; l'hémostase apparente n'était qu'un leurre, la déchirure tubaire continuait à verser du sang, et, si quelques adhérences, quelque poche ébauchée, entravait un peu la diffusion, la malade n'en restait pas moins en danger permanent de mort par hémorragie. Dans ces conditions, si les indications ne revêtent pas le même caractère de nécessité immédiate que dans le type précédent, elles n'en sont pas moins pressantes, et l'opération urgente.

Autre hypothèse et autre exemple. La rupture date déjà d'un certain nombre de jours, elle a été suivie d'un épanchement de sang considérable et s'est accompagnée des phénomènes ordinaires d'ictus hémorragique, mais le péril immédiat a été conjuré. Cependant la fièvre parait et s'élève rapidement; le pouls se déprime, devient mauvais, des vomissements surviennent, le ventre se ballonne, se tend et grossit de plus en plus; la collection intra-abdonnnale, que l'on percevait avec plus ou moins de netteté, grâce à un début d'enkystenient, subit un accroissement soudain : en somme, on se trouve en présence d'une infection confirmée, et, pour être d'une nécessité vitale moins immédiate, l'intervention n'en doit pas moins être considérée comme urgente.

Une femme de 45 ans ressent dans le côté droit, vers le milieu d'octobre 1897, une douleur vive, qui dure peu, mais qui reparait avec une violence beaucoup plus grande, le 50 : elle s'accompagne alors d'irradiations dans toute la zone sous-ombilicale et dans les lombes, d'une dépression générale très marquée, de refroidissement, de ballonnement du ventre. La crise initiale s'atténue les jours suivants, mais bientôt la fièvre parait, et monte à 59°, 59°, 5, des frissons se produisent chaque jour, le ventre se ballonne davantage et devient très sensible sur toute sa surface, les vomissements bilieux se répètent. Elle entre à l'hôpital dans cet état.

On constate la présence d'une masse énorme, qui remplit presque tout F abdomen, remonte à trois travers de doigt au-dessus de l'ombilic et se prolonge des deux côtés, en empiétant surtout à droite : cette masse est vaguement limitée à son pourtour, mate, pseudo-fluctuante, très douloureuse : on ne la retrouve pas au toucher vaginal.

Laparotomie : on tombe tout de suite sur une pseudo-membrane noirâtre qui fait corps avec le péritoine pariétal, et qui est soulevée par la collection sous-jacente : on l'incise, et, l'ouverture étant agrandie jusqu'aux extrémités de la plaie abdominale, on voit faire irruption au-dehors une quantité considérable de caillots noirs, de sang fétide et sirupeux, de grumeaux : la cavité se prolonge bien au-dessus de l'ombilic et descend jusqu'au fond du cul-de-sac de Douglas, où l'on sent, à gauche, une masse épaisse, engluée d'adhérences et de caillots, qu'il ne parait pas prudent de chercher à décortiquer. Les accidents tombent à la suite de l'opération, et la guérison est complète au bout d'un mois et demi.

Sans doute, ces indications retardées se présentent sous un tout autre

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