COUPS ÉTRANGERS DU RECTUM
Fie. 501. — Corps étranger enclavé du rectum (bouteille).
B, bouteille reposant par son fond sur la base du coccyx. C, taquet coccygien.
tion qu'en présence des corps étrangers qui se laissent aisément entamer ou écraser et dont les éclats ne , sont pas coupants (').
Lorsqu'on a affaire à une tige fichée dans la paroi rectale, le premier soin doit être de dégager l'extrémité implantée, avant de l'aire aucune manœuvre d'extraction; si la tige a pénétré dans la muqueuse par ses deux bouts, et qu'elle se trouve de la sorte arcboutée d'une paroi à l'autre, il sera utile parfois de la sectionner en deux, de la fragmenter, pour déraciner successivement ses deux moitiés. Une large dilatation du segment rectal inférieur, avec des valves, donne toujours, en pareil cas, d'excellents résultats et facilite singulièrement la besogne.
Cette extraction par les voies naturelles reste, sans contredit, le procédé de choix — à la condition qu'elle obéisse toujours à une méthode rigoureuse et qu'on sache s'arrêter devant des difficultés insurmontables — et recourir, à temps, aux débridements nécessaires.
Je suppose que le corps étranger remplisse à tel point le canal anal, qu'il reste insaisissable, qu'il soit impossible de glisser à hauteur suffisante autour de lui mors ou cuillers : incisez l'anus, au niveau de sa commissure postérieure et sectionnez l'anneau sphinctérien, en remontant plus ou moins haut, toujours sur la ligne médiane postérieure, suivant les besoins. S'il le faut, faites une véritable rectotomie postérieure, au bistouri, cette fois, car vous allez réunir séance tenante.
Ce n'est point là, en somme, proprement faite, une opération difficile ou dangereuse : le suintement sanguin, toujours abondant, n'a rien qui doive effrayer et l'hémostase est aisée; de plus, ces tissus, d'une vitalité considérable, se réunissent sans peine. C'est une incision, rien de plus.
Commencez donc par laver et « préparer » la région sacro-coccygienne et la portion accessible du rectum; puis incisez la peau, de Vanus à la pointe du coccyx ; à ce niveau, faites pénétrer une grosse sonde cannelée dans le
(*) C'est ainsi que Broussin [de Versailles) a pu extraire, par morceaux, avec la pince à forcipressure. un saucisson, qu'un homme rie quarante ans s'était fait introduire dans le rectum. (Rapport de Bazy, in Bull, de la Soe. de ehir., 5 nov. 1897, p. 659.)
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CORPS ÉTRANGERS W RECTCSL
rectum, et faites-la sortir par l'anus: vous n'avez plus qu'à fendre sur elle, tout le pmil restant de tissus, la paroi recto-anale postérieure et la graisse qui la double : quelques pinces sont jetées sur les artérioles, él servent en même temps à repérer el à écarter les deux lambeaux. Quand l'obstacle est très haut situ»', il peut être nécessaire de prolonger encore la voie d'accès postérieur, en réséquant le coccyx.
Mais la résection du coccyx es! surtout indispensable, lorsque l'on rencontre un corps enclavé, par le mécanisme plus haut décrit, et que l'action de la valve « réclinante » demeure incomplète,. La rectotomie n'est plus alors qu'un temps secondaire: c'est l'obstacle coccygien, le taquet coccygien
(P. Delbet) qu'il faut, avant tout, exciser, puisqu'on ne peut le réduire et l'abaisser.
Il serait donc de bonne pratique, en pareil cas, de faire d'abord la résection du coccyx, si, du moins, le segment sousjacent du rectum était largement dilaté, et de tenter ainsi l'extraction, quitte à fendre la paroi rectale postérieure, si la manœuvre souffrait encore des difficultés.
Faites donc une incision cutanée médiane qui commence à un travers de doigt en arrière de l'anus et remonte jusqu'à la partie moyenne du sacrum; incisez jusqu'à l'os au niveau du coccyx, el dénude/, rapidement, au bistouri, sa face postérieure et sa pointe (fig. 302) : saisissez cette pointe avec une pince ou un davier, et réclinez-la en arrière, pendant que le bistouri continue de libérer les deux bords, et décolle peu à peu la l'ace antérieure (fig. 503) : arrivé au niveau de la première pièce, sectionnez-la en travers, avec une pince coupante. C'est l'affaire de quelques instants; il n'y a rien à craindre, aucun organe a léser, sous la seide réserve qu'on décolle suffisamment la face antérieure rectale, avant de réséquer. Il arrive très communément qu'en suivant cette face avec le bistouri, et en réclinant fortement le coccyx en arrière, on ouvre d'emblée l'articulation de la première et de la seconde pièce : la désarticulation s'achève de deux coups de pointe, et souvent elle suffira; si la première pièce était fortement recourbée en avant, on compléterait la brèche avec la pince coupante.
Ceci fait, on reprend les essais de désenclavement, qui, en règle, réussissent dès lors sans obstacle, pourvu qu'on puisse mobiliser et saisir le bout inférieur du corps étranger, le fond de la bouteille. Etes-vous gêné dans
Fig. r.n-J.
Résection du coccyx (1" temps).
Incision rétro-anale, découverte Un coccyx.
\. extrémité supérieure de l'incision. — H. coccyx. — C, l"^<' graisseuse recto-cocevgienne. — D. anus.
cetle dernière manœuvre, rien n'est plus simple que de parfaire la brèche,
Fie. 305. — Résection du coccyx (2° temps). — Le coccyx est saisi avec le davier et luxé en arrière. C, coccyx. — B, bistouri libérant la face antérieure du coccyx. — G, loge graisseuse recto-coccygiennc.
en fendant l'anus et la paroi rectale postérieure, et de vous ouvrir un accès libre et direct.
L'ablation du coccyx n'a aucune importance ultérieure. Quant à l'incision recto-anale, elle sera réunie avec beaucoup de soin. Une première ligne de sutures, ou mieux un surjet de catgut rapprochera les deux lèvres de la muqueuse, puis une série de points profonds accoleront dans toute leur épaisseur les deux versants de la brèche : ils seront conduits avec une grosse aiguille courbe, une aiguille d'Emmet, si l'on en a une sous la main ; au niveau de la commissure anale postérieure, le sphincter sera, de la sorte, régulièrement reconstitué; des sutures cutanées achèveront ce travail de restauration.
11 nous reste à dire un mot des corps étrangers refoulés très haut dans le rectum ou l'S iliaque et devenus inaccessibles par la voie anale: on ne saurait oublier que cette « ascension » malencontreuse est parfois le résultat de manœuvres maladroites d'exploration ou d'extraction, et c'est pour cela qu'il est toujours nécessaire d'appliquer largement une main dans la région iliaque gauche, pour maintenir et abaisser le corps étranger, pendant les tentatives de préhension par en bas.
Dans ces éventualités exceptionnelles, on pourra tenter, par des pressions