PEND. LA RÉ VOL. ET L'EMPIRE
plus, disait-il, ce que la chirurgie de bataille cesse d'être un projet et à ce (pi on 1 établisse sur un pied digne d’elle et des services qu’elle doit rendre. Sa Majesté vient d’honoror par des récompenses et des distinctions un grand nombre de chirurgiens; mais la chirurgie n en rente pas moins un état précaire dans lequel, après avoir essuyé de grandes fatigues et de fréquents dangers, des hommes estimables et précieux trouvent, à la paix, au lieu d une existence honorable, un licenciement désespérant pour eux et funeste aux intérêts des armées, d’où le dégoût et le dépit les éloigneront enfin pour toujours. Mes collaborateurs craignent tellement ce sort que plusieurs, même de ceux en grade, ont pris du service comme officiers et ont été reçus par Sa Majesté qui en a témoigné de la surprise et du mécontentement. Soixante-quatre demandent en ce moment à se retirer... Vous sentez bien, Monsieur le grand Maréchal, que les choses ne peuvent se soutenir ainsi. Tant que je serai chargé du service, la confiance, l’habitude, la cu-
riosité en attireront autour de moi. Mais qu’y feront-ils? que ferai-je moimême aux armées si l'on nous y laisse tels que nous sommes? Pour mon compte, je répugne infiniment à y rester sous le régime administratif; et il me serait impossible de rentrer en campagne, s’il fallait y être encore dans l'état de pénurie, cle détresse, de cruel et de honteux dènument ou nous nous sommes vus. Pendant le siège de Dantzig, où nous avons eu 1 600 blessés et 2 000 malades, nous n’avons pas eu un seul sac à paille, pas une seule demi- fourniture, point d’écuelles, point d’infirmiers, personne enfin1!!
D’où venait ce profond découragement qui ne disparaissait qu’au moment où des devoirs pressants et sacrés détournaient la pensée des chirurgiens?
Le Règlement déplorable de l’an 1Y avait, en campagne, amoindri les fonctions des chirurgiens en chef. Il leur avait fait perdre le contact avec les généraux près desquels ils faisaient antérieurement valoir les intérêts de leurs blessés et de leur personnel. Par une singulière aberration, les commissaires des guerres en étaient venus à s'immiscer dans leurs fonctions les plus élevées2. A chaque période d’accalmie on réduisait, par des licenciements, une grande partie du personnel ambulancier et hospitalier, sans souci des services rendus et de ceux que son expérience et son habileté lui permettaient encore de rendre. Les Écoles de santé n’ayant pas fourni les sujets sur lesquels on comptait, on distrayait ceux des Hôpitaux d’instruction au début même de leurs études, tarissant ainsi dès sa source le recru-
1. Histoire cle la vie et des ouvrages de P. -F. Perc.g, par C. Laurent, Paris, 1827, p. 214.
2. Le Règlement concernant l'organisation , l’administration et la police des hôpitaux militaires du 30 floréal an IV précisait que :
Ar.ticle 1er. — Le nombre des hôpitaux provisoires sera fixé par le commissaire ordonnateur en chef.
Art. 7. — Le commissaire ordonnateur prononcera seul la suppression des hôpitaux provisoires ambulants ou sédentaires.
Art. 10. — Le jour d’une bataille, le commissaire ordonnateur fera placer le principal corps de l'ambulance en arrière du centre de l'armée... Des divisions et subdivisions d’ambulances pourront se porter au centre et sur les ailes, de manière à pouvoir se replier l’une sur l’autre et se réunir suivant le besoin et d’après les ordres du commissaire ordonnateur chargé de l'ambulance et de ses mouvements.
Art. 11. — Le chirurgien en chef attachera à chacune des divisions d’ambulance (le jour d’une bataille) le nombre de chirurgiens qui seront jugés nécessaires par le commissaire ordonnateur eu chef... (Gama, o. c., p. 332 et suivantes.)