‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 11 sur 460 · L. BOT AL · texte numérisé non relu

L. BOT AL

On s’étonnera sans doute, au premier abord, que nous rangions Botal, Italien de naissance, disciple de Fallope, parmi nos auteurs français de chirurgie d’armée, mais cet étonnement cessera quand on aura appris qu’avant d’écrire son Traité des blessures par coup de feu, Botal avait suivi nos armées avec son frère, en qualité de chirurgien; qu’il fit imprimer la première édition de son livre dans une ville française, à Lyon, et qu'il passa une grande partie de sa vie à Paris, où il obtint d’être médecin de Charles IX, du duc d’Alençon et de Henri III. En fait, il nous appartient tout autant, sinon plus, qu’à la chirurgie italienne.

Botal pratiqua simultanément la médecine et la chirurgie, mais son Traité 1 est plutôt celui d’un médecin, c’est-à-dire d’un lettré, que d’un chirurgien. Son style est alerte, coulant, large et brillant. Ennemi des discussions, comme il le dit et comme on ne tarde pas à le reconnaître, il va droit au fait qu’il expose avec précision, joignant à son expérience personnelle celle de ses devanciers. Ces qualités de son œuvre qui, écrite pourtant en latin, devait forcément s’adresser à un nombre plus limité de lecteurs, lui valurent d’arriver à la sixième édition.

D’emblée, il se montre l’adversaire des idées de vénosité et de brûlure, soutenues énergiquement parVigo, Ferri (1352), Rota (too5) en Italie, en France, par Goddin, et que Paré et Maggi avaient déjà combattues. Il s’attaque surtout à Ferri : « Alphonsus, dit-il, et falsum conc/udil et falsa posuit principia, sibi ipsi sæpius contraria dicens. »

Nous ne trouvons rien à prendre d’intéressant dans ses chapitres théoriques, prisés autrefois, surannés aujourd’hui, qu’il intitule de la restauration des parties, de la conservation de leur chaleur, de la répercus-

1. L. Botal, De nurandis vulneribus sclopctonim, Lurjdiini, 1560, in-8 ; Venctiis , 1 566. 1566-1597, in-8; Franco fur ti , 1575, in- i ; Anlverpiæ, 1583, in-4, avec les ouvrages de Ferri

êt de Rota.

DKI.ORMK.

sion, de la révulsion, des évacuations, de la dérivation. En tant que médecin, il devait s’arrêter longuement sur ces diverses parties du traitement, qui avaient alors une grande importance, et dont la direction était conüée à peu près exclusivement à ses confrères : les chirurgiens n’étant en effet chargés que du traitement local de la plaie, et ne pouvant qu’en cas d’absence d’un médecin se permettre de régler le traitement général, le régime de vivre, et le traitement à distance du traumatisme (répercussifs, révulsifs). Sous ce rapport, le Traité de Botal porte si bien le cachet de tous les traités écrits par une plume médicale, qu’il suffirait, guidé par la remarque qui précède, de parcourir rapidement sa table pour en être averti.

Arrêtons-nous davantage au traitement direct des blessures et de leurs accidents, à propos desquels il nous fournit de doctes et judicieux conseils, et auxquels il consacre plus de la moitié de l’étendue de son Traité.

Avant tout, c’est un ennemi des débridements. Ses topiques sont divers, mais il préfère un onguent fait de précipité de mercure, d’huile rosat et de beurre ou un onguent térébenthiné. La nécessité de la pratique des camps a dû le forcer souvent à employer des moyens plus simples, et à leur reconnaître quelque avantage, car il nous dit : « ln corpore sano s.epe solo butyro quoacl caro contusa separari insipit, content i sumus b »

En somme, c’est un partisan, des suppuratifs au début du traitement des plaies, bientôt il use de dessiccatifs légers, puis de mellites émollientes, enfin de cicatrisants qui ne diffèrent d’ailleurs pas de ceux utilisés par ses contemporains. Il condamne les sétons comme dangereux, suivant l’exemple de Paré. Comme lui aussi, il retient les tentes peu épaisses et bien enduites d’onguent, il prescrit de n’enlever les corps étrangers qu’autant qu’ils sont très accessibles ou qu'ils reposent sur des nerfs. Tout cela n’était déjà plus nouveau. 11 refuse de s’aider des dilatateurs pour favoriser l’issue des corps étrangers et rejette d'une façon toute particulière celui d’Alphonse Ferri connu d’ailleurs avant son inventeur ». Pour les fractures, il recommande de n’enlever que les esquilles libres; encore faut-il que leur ablation puisse se faire sans grande douleur, sans cela il abandonne à la nature même le soin de les éliminer. Ici Botal se montre médecm et médecin timide. Une fois les esquilles enlevées, la plaie est pansée comme une plaie simple, sage précepte. Ses appareils immobilisants sont parfaits. Ce sont des gouttières métalliques, très bien construites, des gouttières de fer, de bois, percées d’orifices au niveau des plaies, et fort bien adaptées à la forme du membre. Quand la plaie siège à la partie postérieure de ce membre, il l’élève avec l’appareil pour faciliter les pansements. Pour les fragments nécrosés, il veut qu’on attende leur séparation complète avant de chercher à les enlever.

Les blessures des doigts, de la main, du pied de la jambe avec perte considérable des parties molles, o ce qui arrive souvent, dit-il, quand ils sont frappés par un gros projectil», lui paraissent réclamer l’amputation; c’était de la hardiesse pour l’époque. Il est d’ailleurs allé bien autrement loin en fait de hardiesse lorsqu’à propos des amputations, il a, entre autres choses, proposé le premier une méthode cruelle et digne de

Page 1