L. BOTAL
blâme consistant à laisser tomber une grosse hache rendue plus pesante encore par des poids sur le membre à amputer qui était appuyé lui-même sur une autre hache bien tranchante. Maisonneuve, au xix° siècle, reprendra la pratique de Botal.
Les astringents, les obstructifs, les réfrigérants et les caustiques constituent tout son arsenal hémostatique; il ne parle pas de ligature. Par contre, il abuse des saignées. Son nom môme se rattache à cet abus qu’il pousse aussi loin que Broussais.
Pour les plaies de tête, il se montre partisan très résolu du trépan et dans le chapitre très étendu qu’il leur consacre, il fournit parfois de très bons préceptes. Il donne le conseil d’intervenir toujours quand on a lieu de croire à une lésion osseuse ou à la présence de sang, d’esquilles, de pus, dans l’intérieur du cerveau. Pour lui, les balles fixées dans un point quelconque du crâne doivent être enlevées avec le trépan, si elles résistent à l’élévatoire ; celles qui sont logées dans la cavité cérébrale entraînent fatalement la mort du sujet. Dans ce chapitre, à l’appui de ses préceptes, Botal cite un certain nombre d’observations remarquables.
Les plaies de poitrine qui intéressent le poumon, le diaphragme, le péricarde sont fatales; le pronostic est aussi grave pour les plaies de la paroi avec chute de la balle dans la cavité pleurale ; cependant, dans ces derniers cas, il conseille de ne pas désespérer. Il nous fournit des renseignements sur sa manière originale de rechercher une balle tombée dans cette cavité et nous donne un instrument recourbé qui paraît être de son invention : c’est une sonde en bec de grue qui doit servir à reconnaître et à saisir le corps étranger. 11 est partisan déclaré des incisions thoraciques pour donner une issue au sang et au pus. Pour débarrasser la plèvre du sang qu’elle contenait, il conseille, quand l’ouverture de la blessure est trop petite pour favoriser son écoulement ou qu’elle est située trop haut, de faire une incision postérieure, près de l’épine dorsale. Dans le pyothorax, si la plaie est insuffisante ou trop élevée, il propose de faire, dès son apparition, une incision entre la troisième et la quatrième côtes inférieures ou entre la quatrième et la cinquième.
Pour les plaies abdominales, lorsque la balle est incluse, il recommande de chercher à établir sa situation par le cathétérisme. C’est une hardiesse qui ne pouvait qu’aggraver l’état du patient. Pour aider à sa sortie, il veut ici comme pour le thorax qu’on place le blessé entre deux lits et qu’on le fasse mouvoir jusqu’à ce que la balle se présente à la plaie, précepte renouvelé, pour le moins, de Paré. Il cite cependant des exemples de blessés qui ont conservé des balles perdues dans l’abdomen. Nous n’insisterons pas sur les détails peu essentiels qui suivent.
Nous passerons également sur ses chapitres des brûlures, du phlegmon, de la gangrène. Dans cette dernière il ampute à la limite du mort et du vif.
En résumé, le livre de Botal est un traité complet médico-chirurgical i plein de judicieux préceptes, fort bien écrit et qui le place au rang des premiers écrivains de notre chirurgie militaire du xvip siècle.
L E P A U L M 1ER (<lo Caen
IjE Paulmier, de Caen, élève de Fernel, était un des plus habiles médecins de son temps. Sa réputation était telle que Charles IX l’appela è la cour et l’attacha à sa personne; il eut la bonne fortune de guérir le Roi. Plus tard, il suivit le duc d’Anjou dans les Pays-Bas et, au dire d’Eloy, il s’y signala comme guerrier et comme médecin.
Il a peu écrit. On n’a de lui, outre son Traiclé de la nature et curation des plaijes de pisloles , harquebouse et autres basions à feu', qu’un Truité des maladies contagieuses et un Traité du vin.
Le premier de ces Traités, le seul qui nous intéresse, n’est pas à proprement parler une œuvre didactique, il est bien plutôt celle, plus personnelle, d’un critique insinuant et mordant. Le Paulmier est hostile à Paré et par des arguments qui ne sont pas sans valeur, il attaque vivement sa pratique. Agissait-il sous l'influence des idées haineuses communes à presque tous les membres de la corporation médicale; avait-il eu dans son contact avec Paré qui, lui aussi, donnait des soins à Charles IX, quelque froissement d’amour-propre; toujours est-il qu’il le critique d’une façon si directe et si acérée que celui-ci, justement ému de la grande part de responsabilité que Le Paulmier faisait ainsi peser sur lui à propos de la mortalité effrayante observée après le siège de Rouen, les batailles de Dreux, de Saint-Quentin et de Saint-Denis, crut devoir, sous la pression de la Cour, lui répondre par une Apologie qui figure dans ses œuvres complètes.
Le Paulmier, ainsi que le dit Malgaigne, n’est-il qu’un pamphlétaire comme on en comptait tant alors; doit-il être rapproché de Gourmelen ? Nous ne le pensons pas. Ses critiques, pour dépasser parfois la mesure, ont très souvent un grand fond de justesse; elles le conduisent à des pratiques plus rationnelles que d’autres reprendront et recommanderont, enfin après les avoir signalées, il s’attache avec soin à l’étude des plaies d’armes à feu dont il nous donne une description assez complète et méthodique pour que son Traité puisse figurer parmi les meilleurs de l’époque.
Dans son premier chapitre intitulé « Quelle a esté la ruine d'hommes qui sont morts inopinément en ces dernières guerres de plages de pistolle et harquebouze encore qu'ils ne fussent que peu blessez; et par quel moyen on doit obuier à tel inconuénient ; » Le Paulmier attaque vivement Paré. C’est un grand tort, suivant lui, d’appliquer aux traumatismes de guerre qui constituent une affection toute nouvelle, les seuls moyens que les anciens utilisaient contre les plaies contuses : à maladie nouvelle, il faut médicaments nouveaux. C’est pour ne l’avoir pas compris que les insuccès ont été si nombreux.
« Que de cent blessez à peine il en estrécliapé dix, voire mesme de ceux qui ne étaient blessez que superficiellement en quelque partie eharneuse. Cette calamité a
1. Traicté de la nature et curation des plages, de pisloles, harquebouse, et autres basions à feu, pari. Le P. Paris, 1569, Paris, 1568, in-8, et Caen, 1569, in-1.