‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 110 sur 460 · MASSOT · texte numérisé non relu

MASSOT

M assot était un de nos bons chirurgiens d’armée de la fin du xvm° siècle -. i Chirurgien-major des armées royales, ex-professeur de nos hôpitaux d’instruction, correspondant de l’Académie de chirurgie, il avait déjà assisté à plusieurs campagnes, entre autres au siège de Mahon et de Gibraltar, quand, sur la sollicitation du gouvernement russe, il fut appelé, pendant quatre campagnes consécutives entreprises contre les Turcs, à diriger le 'Service chirurgical de l'armée moscovite.

Massot comptait fixer les résultats de son expérience de la chirurgie de .guerre dans un grand ouvrage que les circonstances ne lui permirent pas de faire paraître, et il s’est contenté de nous transmettre un petit manuel qui nous fait grandement regretter que son projet n’ait pu être mis à exécution.

Cet opuscule, imprimé à Saint-Pétersbourg en 1791, rappelait sous la forme claire et précise d’un memento toutes les données dont la connaissance est indispensable aux jeunes chirurgiens d’armée. On le sent écrit ipar un vieux praticien habile, d’un grand bon sens, qui a beaucoup vu et d)ien observé. Aujourd'hui encore il est d’une lecture attrayante et instructive. Au moment où les armées républicaines s’ébranlaient et où Percy publiait son Manuel du chirurgien d’armée, Massot faisait paraître à Paris •son Essai sur les plaies d'armes à. feu. On continue à citer avec éloge le Manuel de Percy et l’on rappelle souvent combien il fut utile aux chirurgiens pendant les guerres de la République; celui de Massot, bien quaujourd’hui inconnu, ne lui cédait en rien et devait être tout aussi prisé.

Nous ne pouvons nous arrêter longuement à cette œuvre de vulgarisation qui résume toutes les pratiques de l’époque : son cadre est celui de tous les traités classiques et Massot y résume les particularités principales que présentent les blessures de toutes les régions par petits et grands projectiles. Nous ne citerons de lui que quelques-unes de ses idées ou de ses pratiques.

Le curieux passage qu’il consacre à l'hémostase dans les plaies d’armes à feu mérite d’être rappelé ici. La citation intégrale que nous allons en f faire donnera un bonne idée de la façon d’écrire de l’auteur, elle démonttrera d’une manière évidente (surtout rapprochée de ce qu’en avait dit IBourienne) que la ligature des deux bouts des vaisseaux divisés était préconisée par nos auteurs de chirurgie d’armée de la fin du dernier siècle, c’est-à-dire d’une époque antérieure à celle où les chirurgiens militaires anglais l’ont conseillée.

« On dégagera les environs du vaisseau de tous les caillots qui s’y rencontrent,

1. Essai sur les plaies des armes à feu, par M. Massot, docteur en médecine, correspondant de la Faculté royale de médecine de Paris, chirurgien-major des armées françaises, ancien chirurgien de MM. les gardes du roi, démonstrateur des amphithéâtres militaires, chirurgien-major en chef des armées russes, pendant cette dernière guerre contre les Turcs. Saint-Pétersbourg, 1791, Paris, 171)2, in-12, 11)2 pages.

2. Nous n’avons pu trouver sur lui aucun autre détail bibliographique que ceux que

on se fera donner du sang par l’aide qui pendant l’opération aura été chargé de la pelote et lorsque l’ouverture du vaisseau sera bien reconnue, on passera des aiguilles courbes enfilées de ligatures cirées qu’on serrera d’un nœud double et puis d’un nœud simple. On fait toujours deux liga tares l’une au-dessus de l’ouverture du vaisseau et l’autre en dessous. On commence par la supérieure comme la plus pressante et on Unit par l’inférieure qui prévient l’hémorrhagie des branches récurrentes. Quand on le peut, on passe une troisième ligature qu’on appelle ligature d’attente ; elle est supérieure aux deux autres et on ne la serre que lorsque la première faite est insuffisante. Les ligatures seront bien faites lorsque l’aide cessant de comprimer avec la pelote, il ne viendrait plus de sang dans le fond de la playe. S’il est possible de saisir avec des pinces les bouts du vaisseau coupé, de les isoler, et de les lier ensuite, ce serait bien plus avantageux que de passer des ligatures avec des aiguilles...

.le ne connais pas dans les playes des armes à feu d’opération plus désagréable pour les chirurgiens que les ligatures de ces artères profondes, principalement lorsque la source de l’hémorrhagie se trouve derrière des muscles épais. Malgré soi, on est forcé alors à de grands délabrements afin de découvrir le vaisseau ouvert. Ce sont là de ces grandes opérations auxquelles on ne se détermine qu’avec la plus grande répugnance et qui exigent beaucoup de résolution. Ce sont pourtant les seules qui puissent sauver la vie aux blessés1. »

Massot conseillait l’emploi de cette ligature directe pour éviter les récidives hémorrhagiques lorsque, dans de vastes lambeaux détachés par des éclats d’obus ou de bombes, des artères avaient été intéressées et qu’elles ne fournissaient pas de sang au moment où l’on observait le blessé.

Signalons les remarques de Massot sur les dimensions coniques des trajets que produisent les projectiles en traversant nos tissus, remarques que reprendra Dupuytren, ses indications sur le séjour des corps étrangers dans les foyers de fractures, ses quelques mots sur les fractures et ses idées sur la gangrène. De ses pratiques nous ne retiendrons que le retour à l’emploi du séton qu’il utilise dans tous les cas, hormis ceux dans lesquels la plaie a été compliquée de lésions vasculaires ou osseuses, de crainte de rappeler l’hémorrhagie ou de déplacer les esquilles. La conservation lui ayant donné des résultats déplorables dans les fractures de cuisse et dans les fractures des articulations ginglymoïdales, il conseille d'amputer toujours dans ces traumatismes.

Dans les fractures par boulets, c’est plutôt le désordre des parties molles que celui des os qui le pousse à amputer.

Nous pensons que ce qui précède suffira pour placer Massot parmi nos bons auteurs.

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