‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 115 sur 460 · LOMBARD · texte numérisé non relu

LOMBARD

loi

l’eût voulu immédiate et non médiate, double et non unique, c’eût été parfait.

Un des réels titres de Lombard est d’avoir, pour le pansement des plaies, insisté sur les avantages de l’eau, topique d’un usage déjà bien ancien, mais alors tout à fait délaissé.

C’est à une circonstance singulière, et qui mérite d’être rappelée, qu’il dut d’en saisir les avantages. Dans son excellent article Eau du Dictionnaire en tiO volumes , Percy rapporte, avec ce style si attachant qui lui est propre \ l’histoire de six malheureux canonniers, parmilesquelsfiguraitPichegru, qui, dans des expériences d’artillerie faites à Metz en 1785, curent les mains dilacérées par l’écouvillon ou le bourroir et brûlées par la poudre, à tel point qu'il avait été, entre Lombard et ses collègues, question de les désarticuler. Cinq autres avaient été frappés aux bras par les éclats d’une pièce crevée à son premier coup et ils présentaient des pertes de substance avec contusions étendues. Lombard avait appliqué un premier pansement, quand un meunier alsacien qui avait persuadé à l’intendant de la province qu’il savait rendre l’eau infaillible pour la guérison de toutes sortes de blessures, sollicita l’autorisation de les panser. On la lui accorda et pour que les chirurgiens de l'hôpital ne soient pas tentés de rompre le charme, on les écarta des pansements. Le meunier se mit à laver ces plaies avec de l’eau de rivière dans laquelle, tout en marmottant des mots inintelligibles, il jetait une toute petite pincée d’une poudre blanche qu’on reconnut être de l’alun ordinaire. Après les avoir bien lavées et baignées, il les couvrit avec du linge et de la charpie imbibés de la même eau. Le pansement était arrosé toutes les trois heures et renouvelé tous les jours. En six semaines ces six blessés furent guéris sans accident.

Lombard se rendit à l’évidence et ne perdit pas la leçon. Les épreuves d’artillerie continuant, il eut à traiter 34 nouveaux blessés qui furent pansés à l’eau, tantôt froide, tantôt tiède, et qui tous guérirent dans les quarante-cinq jours malgré la gravité et la complication bien constatée de quelques-unes de leurs plaies. Ces faits lui fournirent le sujet de son opuscule (1786) sur les Propriétés de l'eau simple employée comme topique dans la cure des maladies chirurgicales et servirent à rappeler à nouveau l'attention sur les heureux effets de l’eau appliquée au traitement des plaies d'armes à feu.

Lombard préférait l’eau froide pour le pansement des plaies par armes blanches et l'eau tiède pour le pansement des plaies par coup de feu, surtout quand la suppuration était survenue. Son pansement était des plus simples. Il recouvrait immédiatement la blessure de charpie imbibée d’eau, puis quand la suppuration était établie, il continuait le plus souvent le mêmepansement. Parfois il employait la charpie sèche. Enfin, quand le pus avait notablement diminué de quantité, il appliquait sur la plaie une carapace de diachylon comme Ravaton.

Lombard n’était pas cependant exclusif. Il ne dédaignait pas l’emploi des cataplasmes émollients et, une fois la suppuration établie, il utilisait volontiers les incarnatifs et les cicatrisants.

1. C’e3t certainement un des articles chirurgicaux des plus intéressants et les mieux, écrits de ce Dictionnaire.

L 'extraction des corps étrangers lui a fourni des réflexions intéressantes sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre ici. Nous nous contenterons, pour le moment, de dire qu’il est opposé aux tentatives d’extraction de ceux qui compliquent les plaies cavitaires. Il a des idées personnelles sur l’inutilité de l’armentarium compliqué des instruments extracteurs.

« Je ne sache pas au reste, dit-il, à leur sujet, que pendant la dernière guerre, on ait fait un fréquent usage des tire-balles. La plupart de ces corps étrangers pour l’extraction desquels ils paraissent spécialement destinés, ont été assez constamment extraits, par les procédés déjà connus, soit avec les doigts, soit avec les pinces à pansement désarticulées, abstraction faite de tous autres instruments; et plusieurs fois aussi les balles ont été abandonnées sans nul inconvénient L »

Ennemi des incisions 2 dans la plupart des plaies récentes, il les réserve aux cas pour lesquels les meilleurs esprits les réservaient alors. Après ces restrictions fort sages à une pratique abusive, on s’étonne qu’il ait été encore assez attaché aux idées régnantes pour conseiller de ne respecter ni tendons, ni aponévroses, ni nerfs quand il faisait ses débridements1 2 3.

Passant sur ses remarques à propos des fractures , nous arrivons à celles qu’il consacre à Y amputation, dans les fractures par coups de feu.

Il reproche aux chirurgiens de la République de s’être montrés trop partisans de l’amputation primitive. Amputer primitivement, alors que le plus souvent les effets de la commotion ne se sont pas complètement dissipés, c’est déjà « livrer à la nature un nouveau combat... alors que toute la masse du corps est dans la souffrance, que l’effroi et la consternation jettent le blessé dans l’abattement ». Et puis n’est-ce pas le propre de ces fractures de s’étendre au loin et si l’on méconnaît les fêlures, ne s’exposex-on pas à de grands accidents? Or les signes qui permettent de les reconnaître sûrement, ne se manifestent qu’avec le temps. Amputer d’un autre côté en pleine période inflammatoire, c’est méconnaître la gravité des incisions et des débridements dans les parties enflammées. Pour ces raisons, il faut réserver l’amputation « toutes les fois qu'il n’y aura pas urgence déterminée par le fait »,et ne la faire, comme le voulait Faure, qu’à une période retardée. Il la jugeait moins grave alors et il appuyait son dire sur l’expérience que lui avaient fournie les premières luttes delà République. Pans les hôpitaux sédentaires de Mayence et de Landau établis à proximité des champs de bataille, dans ceux de Strasbourg, pendant le siège de Kehl, presque toutes les opérations précipitées s’étaient terminées, dit-il, par la mort et par la mort à brève échéance, au bout de huit, douze et vingt-quatre heures après l’opération; d’autres amputés n’avaient pas vu se terminer le quatrième jour. Ceux, au contraire, pour lesquels on avait retardé l’opération jusqu’après la période des accidents, avaient survécu en grande partie. « Je sais, ajoute-t-il, qu’il en est de ceux-là qui comptent cette opération, faite à l’instant, au nombre des progrès récents de la chirurgie, tandis qu’il y a près d’un demi-siècle qu’on la combat, et que l’on ne l’a jugée nécessaire

2. « La théorie des incisions et des dilatations à faire aux plaies est très hasardée, dit-il, fort équivoque, et souvent dangereuse. » O. c., p. 152.

3. « Ils ne demandent nullement à être respectés dans les dilatations que les parties blessées nécessitent. » O. c., p. 164.

If EU RTE LO U P.

que relativement à la circonstance et à l’impossibilité où l'on est souvent de transporter les blessés avec accidents graves... La chirurgie d’armée n’a certainement pas des principes différents dans les hôpitaux sédentaires; l’art est le môme partout, nulle circonstance n’est capable d’en faire varier les dogmes *.»

La lésion des vaisseaux principaux du membre, le fracas d’une grande articulation, les fractures dans la continuité si compliquées qu’elles rendent tout transport difficile sinon impossible, telles sont pour lui les seules indications de l’amputation primitive. 11 va déjà moins loin que l’Académie de chirurgie, il s’arrête encore plus en deçà quand il proscrit l’amputation à la suite des ablations des membres par gros projectiles. Et ici, comme toujours, c’est moins l’opinion de devanciers qui le poussent dans ce sens que son observation toute personnelle. Il avait été surtout rappé par l’exemple de nombreux blessés qui avaient guéri rapidement et sans accidents, sans aucune intervention1 2 3 et surtout par celui bien remarquable d’un soldat qui avait eu les deux jambes emportées par un gros projectile et dont la plaie de la jambe réamputée avait mis pour se cicatriser m mois de plus que celle de la jambe opposée pansée simplement.

Un des traits caractéristiques de l’esprit chirurgical de Lombard, c’est ju’à l’exemple des anciens, il attachait beaucoup d’importance aux moyens Médicaux dans le traitement des lésions chirurgicales. Cette tendance lui nspira dans sa Clinique des considérations intéressantes sur le régime, le raitement de la diarrhée consécutive aux grandes blessures, l’utilité des rictions dans certains accidents de nos plaies, considérations auxquelles tous ne nous arrêterons pas ici, pas plus qu’à ses remarques sur la pourriure d'hôpital.

Nous arrivons maintenant aux trois plus belles ligures chirurgicales de a République et de l’Empire, aux trois hommes qui par leur mérite se ont élevés aux plus hautes fonctions, Heurteloup, Percy, Larrey.

HEURTELOUP (1750-1812)

Heerteloup 3 avait eu des débuts difficiles. Ses parents, dont la fortune jetait plus que médiocre, n’avaient pu lui faire donner qu’une éducation kémentaire imparfaite; mais son zèle et d’heureuses dispositions lui peruirent de percer. Nommé, en 1770, chirurgien-élève aux hôpitaux de l’ile |*3 Corse, en 1780 chirurgien-major des mêmes hôpitaux, en 1786 chiruren-major de l’hôpital de Toulon, il part en 1792 pour l’armée du Midi et ; as Côtes où il sert en qualité de chirurgien-consultant. Quand la loi de an III réorganisa le Conseil de santé, il y prit place avec Saucerotte, roffeln, Ruffin et Villars. L’an IV, il resta seul comme chirurgien avec illars et depuis il n’a cessé, jusqu’à sa mort, d’en faire partie avec Percy Larrey. Promu en 1800 chirurgien en chef d’armée, il fut chargé en 1808,

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