‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 125 sur 460 · I). LARREY (17G · texte numérisé non relu

I). LARREY (17G

Doué des qualités qui font les grands chirurgiens, la vigueur morale et physique, la hardiesse unie au sang-froid, l’intelligence, l’habileté, l’ingéniosité et le dévouement, Larrey eut aussi le rare bonheur de s’engager jeune dans la carrière et de trouver, dès ses débuts, le champ libre pour les exercer.

Dès l’Age de 13 ans, il apprend la chirurgie à l’hôpital de Toulouse, guidé par Alexis Larrey son oncle. A 21 ans, il est nommé, après un brillant concours, chirurgien-major du vaisseau la Vigilante et après une campagne à Terre-Neuve, il vient compléter son instruction pratique à Paris auprès de Desault et de Sabatier. C'est sous la direction de ces maîtres que, pendant nos discordes civiles, il apprend à traiter les plaies d’armes à feu. En 1792, nous le trouvons aide-major à l’armée du Rhin, au Val-de-Grâce en 1793, puis attaché à l’armée de Corse, et pendant vingtdeux années de ces luttes gigantesques qui étonnent le monde, il traverse l’Europe avec nos armées à travers la Catalogne, l’Égypte, la Syrie, la Russie. l’Autriche, la Saxe, la Prusse. Enfin, quand vaincu, par la fortune, Napoléon doit pied à pied, avec des poignées d’hommes, restes glorieux de tant de combats, disputer notre sol envahi, le chirurgien de la garde est encore avec elle. Au moment de ce suprême et fatal effort, qui dans l’histoire a nom Waterloo, alors que les derniers carrés de la garde succombent sous le poids de la lutte, Larrey attend qu’un ordre de l’Empereur l’arrache à ses ambulances encombrées pour quitter le champ de bataille et il tombe : frappé de deux coups de feu aux mains des Prussiens2.

Privé de ses titres et de ses moyens d’existence sous la Restauration,

( Larrey refusa néanmoins les témoignages de sympathie des puissances, de ! la Russie, des États-Unis, du Rrésil qui cherchaient à se l’attacher. Protégé par sa renommée de savoir et d’humanité, il reprit bientôt sa place de chirurgien en chef du Gros-Caillou. C’est là qu’il nous fournit ses précieux L écrits, et qu’il trouva, en 1830, l’occasion de se distinguer en défendant ses [ blessés contre les fureurs de la populace. Il mourut en 1842 à la suite d’une [ inspection médicale en Algérie, à l’Age de 70 ans.

Si le milieu fait souvent l’homme, quel devait être Larrey dans celui-ci tout de force, d’audace, de dévouement et d’héroïsme dans lequel il a vécu [•ses plus belles années! 11 sut tenir la première place parmi les plus grands

1. Larrey (Domiuique-Jean), né en 1706 à Baudéan (Hautes-Pyrénées), mort à Lyon

■ à sa rentrée d’une inspection en Algérie en 1842, qu’il avait sollicitée à soixante-seize ans.

2. Larrey est alors dépouillé de ses vêtements, de ses armes, de sa bague, de sa montre, I Je sa bourse, puis condamné à être fusillé. Mais le chirurgien-major, chargé de lui mettre § sur les yeux le bandeau, reconnaît le maître dont il avait suivi les cours à Berlin. Larrey 1 est conduit devant BlOcher, dont il avait sauvé le (ils pendant la campagne d’Autriche, et,

■ qui. en lui rendant la vie, s’acquitte d’une dette do reconnaissance.

1G4 LA CHIRURGIE MIL. P R ANC. P EN D. LA llL VOL. ET L’EMPIRE.

et l’Empereur, si sobre pourtant de louanges, garda pour lui ses dernières1. Nous reviendrons bientôt sur ses éminentes qualités. Pour le moment nous avons à insister sur ses œuvres écrites et les progrès qu’il imprima à à la chirurgie d’armée.

C’est dans deux publications, ses Mémoires et sa Clinique, qui devraient être le vade-mecum de nos chirurgiens d’armée, que Larrey a consigné les résultats de cette vaste expérience acquise sur les champs de soixante batailles rangées, de plus de quatre cents combats, et dans les hôpitaux et les ambulances, de 1792 à 184-0 2 . Ils constituent un véritable traité de chirurgie de guerre et le plus précieux document que nous possédions sur notre chirurgie.

Larrey ne s’est pas borné cependant à l’étude des plaies par armes de guerre. L’immense champ d’expérience que sa situation lui assurait, lui permit de porter son esprit investigateur sur nombre de questions de pratique journalière (affections des articulations, des yeux, du testicule, etc.,) qu’il décrit dans ses Cliniques. Les affections épidémiques médicales ou chirurgicales qui sévissent sur nos armées, l’arrêtent et lui fournissent matière à des mémoires qui marquent dans l’histoire de chacune d’elles. Citons Y ophthalmie d'Égypte, le scorbut, la lèpre, Yéléphantiasis, les abcès du foie, la gangrène par congélation quïl a occasion d’observer si souvent pendant la première campagne de Saxe et de Prusse, à Iéna, Eylau, et durant la retraite de Russie, signalons sa description des effets généraux du froid qu’il dépeint dans la relation de cette même campagne. Ils nous furent si funestes que sur 80 000 hommes qui entrèrent en Lithuanie, la moitié succomba en quatre jours et sur 12 000 hommes de la division militaire partie de Wilna pour aller à Ochmiana au-devant de la vieille garde, il n’en arriva que 350 dans cette dernière ville. Sa description du terrible typhus de Brun qui pendant la campagne d’Autriche infesta toutes nos lignes d’étapes et se répandit en France a été reproduite par nos épidémiologistes ; la colique de Madrid , Y ataxie soporeuse d’Espagne, etc., etc., lui fournissent des descriptions symptomologiques fidèles et- des idées souvent heureuses sur leur traitement. Ce serait sortir de notre cadre que d’insister sur ces sujets quelque intéressants qu’ils soient et nous devons nous borner à une étude rapide de ses observations sur la chirurgie militaire.

1. « Si jamais, disait-il, l’armée élève un monument à la reconnaissance, c’est à Larrey

qu’elle doit le consacrer C’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu. »

2. 1° Mémoire de chirurgie militaire et campagnes. Paris, 1812-1818, 4 volumes in-8°.

2° Clinique chirurgicale exercée particulièrement dans les camps et les hôpitaux militaires depuis 1792 jusqu'en 1829. 5 volumes. Citons encore :

3° Relation médicale des campagnes et voyages de 1815 à 1840 (Paris, 1841); sa thèse sur les amputations des membres à la suite des coups de feu, la première qui ait été passée à Paris d’après le nouveau mode (Paris, 1797); sa Relation historique et chirurgicale de l’armée d'Orient en Egypte et en Syrie (Paris, 1803) a été insérée dans le tome Ier de ses Mémoires, et son Mémoire sur les plaies pénétrantes de poitrine qui figure dans les Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1828, t. Ier, p. 221. Il a trouvé à nouveau place dans le tome II de ses Mémoires.

Nous ne ferons que rappeler que Larrey a publié un grand nombre de mémoires et d’articles dans les Recueils périodiques, entre autres dans le Dictionnaire en 60 volumes.

Son éloge a été prononcé par Pariset in Mémoires de l'Académie de médecine, 1846, t. XII,p.l.Le Dr Leroy-Dupré a écrit sur Larrey un livre qui n’estguère que le résumé de ses Mémoires. Paris, 1860. Des notices biographiques lui ont été consacrées dans la Bio-

D. LAllliEY.

Partisan du débridement, de l’extraction immédiate des corps étrangers, il emprunte à Pelletan pour son traitement de l’érysipèle et de la lymphangite, complications alors si fréquemment observées, la cautérisation par le cautère actuel.

Sa thérapeutique du tétanos le préoccupe d’une façon plus particulière et il nous laisse sur cette complication des remarques et des pratiques qui ne sauraient être passées sous silence. 11 élucide sa pathogénie, la rattache franchement à un traumatisme des nerfs, insiste sur les dangers, dans les amputations, de comprendre avec l’artère ses nerfs satellites, appuie sur l’utilité, dans les traumatismes des membres, d’amputer dès l’apparition de ses premiers symptômes après l'insuccès de la cautérisation au fer rouge. Cette méthode lui a fourni de remarquables succès qui doivent nous servir de guide.

Passant sur la pourriture d’hôpital dont il admet la contagiosité et les affinités avec le typhus des armées, idées déjà émises, nous devrions nous arrêter et nous nous arrêterons ultérieurement à sa description de la gangrène gazeuse foudroyante qu’il est le premier à décrire, et à son traitement de la gangrène traumatique par l’amputation pratiquée le plus rapidement possible dans les tissus sains.

Au commencement du siècle, l’étude des fonctions du cerveau passionnait les esprits. Gall professait à Vienne cette fameuse doctrine qui faisait alors tant de bruit et après s’être vu, en 1805, interdire l’accès de l’Université de cette ville, il était venu se fixer à Paris et avait ouvert à l’Athénée des cours publics qui obtenaient une grande vogue1. D. Larrey embrassa les doctrines nouvelles et, prédécesseur de nos localisateurs contemporains, il classa par régions les nombreux traumatismes du crâne et du cerveau qu’il observa et en étudia avec soin les symptômes. Quand on lit ses nombreuses observations, dont quelques-unes, des plus remarquables, apportaient parfois des renseignements tout nouveaux sur la topographie du cerveau, on s’étonne que ceux qui l’ont suivi n’aient pas insisté sur les efforts faits par l’illustre maître pour éclairer la physiologie alors si obscure de cet organe.

L’étude des désordres consécutifs aux traumatismes du crâne et de l’encéphale est pour lui l’objet d’une attention toute particulière. Chirurgien en chef de cet Hôtel des Invalides qui abritait alors, en nombre, les glorieux débris de nos guerres, Larrey était bien placé pour nous fournir sur ce sujet absolument délaissé par ses prédécesseurs des relations rares, des indications précieuses et des aperçus personnels. Devant revenir sur ce sujet, nous nous contenterons de rappeler ici qu’il précise l’influence que la disparition d’un segment de membre a sur le développement du cerveau, qu’il cite des exemples fort remarquables de troubles partiels de la mémoire et d’autres désordres consécutifs dus à des lésions du cerveau et du cervelet.

graphie universelle, la Biographie des Contemporains, la Galerie des Contemporains illustres, les Célébrités médicales et chirurgicales contemporaines , la Galerie médicale , de Reveillé- Parise. Bkoin, Baudrns,Wii,laume, le Président de l’Assemblée royale Dupin, ont prononcé «ur Larrey des discours lors de l'inauguration de sa statue au Yal-de-Gràce. Enliu .T. Rociiard, dans son Histoire de la chirurgie française au \i\° siècle, Paris 1875, lui a réservé quelques pages écrites dans le style élevé qui lui est propre.

Page 1