LA RE VOL. ET L’EMPIRE
Nous ne pouvons quitter ce chapitre sans dire que si Larrey, en règle générale, ne recherchait pas les corps étrangers logés dans la masse encéphalique, il était iort hardi pour la recherche des balles qui, après avoir traversé une paroi du crâne, avaient suivi en longeant sa face interne un trajet plus ou moins étendu. Bien qu’élève de Desault lequel, comme
I on sait, était l’adversaire de la trépanation, Larrey n’embrasse pas les idées de son ancien maître et il réserve cette opération aux cas qui, pour nos auteurs actuels, l’indiquent encore formellement. Terminons en signalant pour l’arrêt des hémorrhagies de la méningée l’emploi qu’il faisait de la cautérisation, et son étude sur l’épilepsie traumatique.
C’est D. Larrey qui, le premier, appliqua la méthode de Celse à la restauration de la face. Un sous-officier, dans une tentative de suicide, s’était tiré un coup de feu dans la bouche, la partie antérieure de la voûte palatine et le nez avaient été enlevés, et leur disparition laissait une large brèche. Larrey, dix-huit mois après le traumatisme, dégagea les tissus et les réunit par la suture. C’est à tort, comme le fait remarquer J. Rochard1, qu’on a voulu depuis faire honneur de ce procédé à Dieffenbach.
II suffit de rapprocher l’observation de D. Larrey de l’opération pratiquée dix ans plus tard par le chirurgien de Berlin, laquelle fut l’objet de tant d’éloges de la part de la presse française lorsqu’il la fit connaître dans un mémoire adressé à l’Institut de France en 1830, pour constater entre elles une identité presque complète et assurer la priorité au chirurgien de la Grande Armée.
Mais, si Larrey est partisan de la méthode de Celse dont il fit une heureuse application, il rejette absolument la rhinoplastie.
Passons sur ses remarques et observations sur les plaies du cou en nous contentant de signaler ses cas d’ablation de l’épiglotte, de ligature de la carotide externe dans une plaie, opération non pratiquée encore. Nous arrivons à son chapitre des plaies de poitrine auxquelles il avait consacré déjà un long mémoire publié dans les Mémoires de l’Académie royale de médecine 2. Ce grand chapitre de chirurgie traumatique lui doit des recherches et des pratiques originales.
D. Larrey se montre si partisan de la réunion immédiate des plaies de poitrine qu’il ne craint pas de la tenter alors même qu’elles sont compliquées de la lésion de l’intercostale, quitte ultérieurement à les rouvrir pour donner issue au sang épanché. L’empyème est une de ses méthodes de prédilection dans les épanchements non résorbables sanguins ou purulents. Partisan de la recherche et de l’extraction des corps étrangers perdus dans la poitrine, il fait au besoin la section des côtes pour faciliter leur ablation. C’est encore là une pratique très personnelle.
Il précise d’une façon très rigoureuse, l’un des premiers sinon le premier, les changements qui s’opèrent dans la paroi thoracique et les organes thoraciques après l’empyème, et sa description estregardéecomme classique.
La gravité des plaies du cœur avait engagé la plupart des auteurs à ne pas s’arrêter à leur description et à leur traitement. D. Larrey démontre que quelques points au moins de leur histoire étaient pourtant dignes d'in-
D. LARREY
térôt, môme au point de vue exclusivement pratique. C’est lui qui établit le premier comme règle de faire l’ouverture du péricarde pour donner issue aux épanchements traumatiques de cette cavité séreuse. Il appuya son précepte de faits encourageants et détermina avec précision le lieu d’élection de cette variété d’empyème.
Sa description des contusions et des plaies confuses du bas-ventre est moins originale. Son intervention dans ces traumatismes est celle de ses devanciers et de ses contemporains. Il abandonne le blessé aux ressources de la nature si l’intestin lésé est encore dans le ventre; il le réunit par la suture et le maintient contre le paroi s’il est hernié.
Signalons seulement l’emploi de l’opium à haute dose sur lequel il insiste, mais qui était déjà bien vanté avant lui. Nous parlerons plus tard de •ses remarques sur les plaies du foie, de l’estomac, de la rate.
D. Larrey a écrit un volumineux mémoire sur les plaies de la vessie. Il a perfectionné le diagnostic de ces lésions, en a mieux précisé le pronostic que les devanciers. Il se montre partisan de la sonde à demeure et préconise la taille hâtive pour l’extraction des balles et des esquilles. C’était là une vue heureuse.il pense, à tort, que les accidents d’infiltration d’urine ne surviennent pas peu de temps après le traumatisme, mais à la période •suppurative, bourgeonnante des plaies vésicales.
L’étude des hémorrhagies devait l’arrêter. Il cite des exemples de blessures des gros vaisseaux du corps, de l’iliaque primitive, de la crurale sous l’arcade de Fallope, de la sous-clavière, de l’axillaire, des vaisseaux carotidiens et se montre partisan de la ligature directe et médiate de ces vaisseaux préconisée par Percy. Suivant les idées du temps, il pense que le caillot ne joue qu’un rôle secondaire dans l'arrêt de l’hémorrhagie, il l’accuse ; même de provoquer par sa présence des accidents suppuratifs. Pour lui, c’est surtout la rétraction des parois artérielles et leur adhérence ultérieure qui assure l’hémostase.
Le chapitre qu’il consacre aux anévrysmes traumatiques artériels ou artérioso-veineux mérite d’être consulté. Nous nous contenterons de le signaler ici, sans nous y arrêter.
D. Larrey était un chaud partisan de Y amputation qu’il avait déjà recommandée dans sa Thèse de doctorat en chirurgie.
Également éloigné des idées de Faure et de Boucher, il insiste à [nouveau avec force sur l’opinion que la plaie de l’opération représentant un traumatisme plus simple que celui qui la réclame, facilite le transport des blessés à grande distance et leur dissémination, les soustrait ainsi aux influences nosocomiales si pernicieusement puissantes dans les entassements de blessés observés à la suite des gigantesques luttes d’alors et qu’elle constitue en somme, appliquée à la chirurgie de guerre, un méthode plus conservatrice des blessés que l’expectation.
Il étend les limites de ce mode d’intervention aussi loin que les auteurs du siècle précédent qui l’avaient le plus vantée, mais, de plus, il contribue pour une grande part à décider les chirurgiens à la pratiquer immédiatement, avant le développement de la fièvre traumatique et des accidents consécutifs. Tous ceux qui l’entouraient, malgré la force de ses convictions et ses succès étaient loin cependant de suivre ses traces, ainsi que l’indique déjà la lecture de ses Cliniques et de ses Mémoires. Son habileté ope-
ratoire à les pratiquer était si grande, qu’en un seul jour après la bataille de la Moskowa, il en lit à lui seul deux cents! 11 ne pouvait manquer, en raison de cette habileté même, de son ingéniosité et de la fréquence des traumatismes qui les réclamaient, d’en perfectionner le manuel,
La désarticulation de V épaule était entre ses mains une opération familière et on peut dire que ce sont ses succès qui engagèrent les chirurgiens à pratiquer plus souvent cette opération. Il opéra plus de cent blessés avec quatre-vingt-dix succès par un procédé dit en raquette qui porte son nom et auquel les chirurgiens de nos jours accordent encore la préférence.
Si quelques autres avaient pratiqué la désarticulation coxo- fémorale, c’est lui qui la fit le plus souvent pour des traumatismes de guerre. 11 a décrit un procédé à deux lambeaux latéraux d’une exécution facile et auquel la ligature préalable de la fémorale assure une grande sécurité. En chirurgien judicieux et expérimenté, il en précisa avec netteté les avantages, les desiderata et les indications. Il opéra huit blessés et obtint deux succès relatifs, en ce sens que deux de ses opérés ne succombèrent qu’à une époque assez éloignée du moment de l’intervention. Déjà à l’armée d’Égypte, c’est-à-dire à ses débuts dans la carrière, il avait fait trois fois cette opération.
Il préconisa l’amputation de la jambe dans les condyles du tibia. Il appliquait cette opération aux cas où le traumatisme s’étendait trop haut sur la jambe pour qu’on puisse recourir à l’amputation de ce segment au lieu d’élection. Dans maints cas, il substitua cette opération à l’amputation de la cuisse plus grave qu’elle et plus défectueuse au point de vue du résultat définitif. C’est en Égypte que l’habile chirurgien la pratiqua pour la première fois. Après les batailles d’Essling et de Wagram, il la répéta sur neuf soldats de la garde.
Larrey fut le quatrième chirurgien qui pratiqua la désarticulation tarso-métatarsienne. Blandin, Turner et Percy l’avaient déjà précédé dans cette voie que Hey et Lisfranc allaient bientôt reprendre.
Ses pansements étaient fort simples et les exigences du champ de bataille plus que rinfluence des écrits antérieurs l’engagèrent à les lever le moins souvent possible. Ils consistaient à appliquer sur les plaies un linge fenêtré trempé dans du vin chaud camphré ou dans de l'eau marinée additionnée d’un peu d'acétate de plomb, lequel linge était recouvert de charpie maintenue par des compresses et des bandes. Il utilisa ce mode (te pansement dès la campagne de l’armée du Rhin en 1792 et depuis cette époque il s’en est servi presque constamment1. A moins de circonstances impérieuses, il ne touchait pas à son pansement avant le septième, le huitième, le neuvième jour ; il attendait que la suppuration détachât spontanément ses pièces les plus internes. Pour ses amputés, il avait adopté le même mode et maintes fois ses blessés, dont il ne réunissait pas les plaies, partis des champs de bataille d’Allemagne ou de Russie, regagnaient la France, par étapes, en conservant le même appareil élémentaire qu'ils avaient soin seulement de nettoyer et d’humecter de temps en temps.
Quand il opérait dans la continuité des membres, il adoptait de préférence le procédé de Petit ; après la section de la peau et la séparation de