‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 134 sur 460 · J. -A. BLANDIN · texte numérisé non relu

J. -A. BLANDIN

Blandin était l’ami personnel de D. Larrey. Il avait neuf campagnes de If-guerre lorsqu’il soutint sa thèse. C’était un opérateur des plus habiles, ce Innovateur inconnu ou méconnu auquel nous voudrions voir rendre une fil justice tardive.

C’est lui qui semble avoir été le premier à pratiquer la désarticulation R 'arso-mé ta tarsienne. Hey, auquel les Anglais en rapportent la paternité, ne

1. Dissertation pratique sur les amputations, par Bi,a.ndin (Joseph-Alexandre), de la I Motte-Sève (Côte-d’Or), chirurgien de lr0 classe des hôpitaux et armées du Rhin, chirurgien I stipendié de Neuf-Brisach. Thèse de Strasbourg, an XI.

ne LA CHIRURGIE MIL. FRANC. PEND. LA RÉVOL. ET L'EMPIRE.

parla de son procédé qu’aprôs Lisfranc en 1818, el son procédé ressemble î\ s’y méprendre ù. celui de Joseph Blandin publié en 1803. Qui sait môme si, au contact des Blandin, des Percy, des Larrey qui avaientpratiqué cette opération aux armées, Lisfranc n’en a pas emprunté l’idée à nos chirurgiens? Nous pouvons avec d’autant moins d’arrière-pensée avancer cette opinion (pie nous ne privons en rien Lisfranc de son principal mérite, celui d’avoir mathématisé cette opération (qu’on nous passe l’expression), d’avoir, en recourant à des repères précis, rendu son execution plus facile.

Le passage de Blandin qui consacre un long chapitre à cette opération alors inconnue et non décrite, mérite d’être reproduit, car il doit marquer dans l’histoire de cette opération et dans la nôtre.

« Cette opération ne date, dit-il, que de la guerre dernière, et même je crois être le premier qui l’ait pratiquée, du moins je n’en ai rencontré d’exemple ni dans les auteurs anciens ni parmi les modernes.

« L’an III, près de Mayence, un grenadier ayant eu les orteils du pied gauche et une partie du métatarse emportés par un boulet, j’engageai d’abord le blessé à subir l’amputation de la jambe qui fut refusée, alors

« En dernière analyse je lui proposai de retrancher, s’il voulait s’y soumettre, la partie blessée à l’endroit de la jointure des os du métatarse avec ceux du tarse, lui promettant de lui conserver à peu près la moitié du pied, en le prévenant cependant que cette opération serait au moins aussi douloureuse que l’autre, ce à quoi il consentit. Voici en conséquence la manière dont je procédai :

Après avoir fait préparer un appareil convenable, le malade couché sur un lit, je fis saisir la jambe par un aide fort et intelligent; de ma main gauche j’assujettis les téguments à l’endroit de la blessure, puis de la droite tenant un couteau de moyenne grandeur, j’incisai la peau et les tendons, en portant le tranchant de mon couteau un peu obliquement de devant en arrière et le faisant glisser sur le corps des os jusqu’au lieu de leur articulation de manière à conserver un petit lambeau pour recouvrir cette partie toute tendineuse.

Ayant mis ces os à découvert, je recommandai à l’aide chargé de la jambe d’assujettir fortement le pied à l’endroit de son articulation. J’incisai tous les ligaments, puis j’enlevai les portions d’os encore adhérentes avec le tarse; ensuite, avec la pointe de mon couteau que je parvins à faire glisser dessous, j’achevai de couperle reste des brides, et j’emportai le tout d’un seul coup par une section transversale ayant, comme à la partie supérieure, conservé un peu de la plante du pied. Mon opération ainsi terminée, je plaçai autant de ligatures qu’il me parut convenable, je nettoyai la plaie, je recouvris les cartilages des os du tarse que j’avais eu bien soin de ménager avec de la charpie fine appliquée sur un linge fenêlré; j’en rapprochai tant soit peu les bords que je maintins ainsi réunis par un bandage fait avec une simple bande... Au bout de six semaines j’évacuai le blessé sur l’hôpital d’Àlzey, sa plaie presque entièrement cicatrisée sans qu’il soit survenu le moindre accident et se trouvant infiniment plus content de pouvoir se servir de sa jambe pour marcher que d’être obligé d’en porter une en bois.

J’ai eu depuis l’occasion de la pratiquer encore deux fois; j’ai employé le même procédé et j’en ai obtenu les mêmes avantages ; aussi si jamais ceux qui se livrent à la pratique des opérations rencontrent des cas semblables, je leur conseille de ne pas se décider légèrement à l’amputation de la jambe et de tenter, s’il est possible, cette opération qui est simple en elle-même, et qui, je crois, répondra toujours au but qu’on se propose1.

Alors qn’on ne citait encore dans la science que les exemples de Lacroix et dePerrault, J. Blandin avait fait également plusieurs fois la désar-

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