LE PAULMIER
le remarque si judicieusement noire auteur, pour enlever de sitôt de l’esprit du vulgaire les idées d’empoisonnement de nos plaies.
Après avoir admis que c’est aux suppuratifs « pourissants » que devaient être attribués ces accidents « mesme en maladie légère», Le Puulmier était naturellement amené à les remplacer par des topiques dont l’action était toute opposée. Aussi préconise-t-il les dessiccatifs après la chute de l’escarre.
« Ils corrigent, dit-il, la putréfaction et empesclient la gangrène et mortification de la partie, pendant que ce qui est meurlry sera tourné en boue par la nature1 2. »
C’était là sans doute une pratique renouvelée des anciens, mais que Le Paulmier a eu le mérite de rénover. Veyras, comme nous allons le voir, marchera sur ses traces et contribuera de son côté à la faire adopter. Ses topiques sont composés d’infusions de plantes astringentes mêlées à du vert-de-gris (acétate de cuivre) et à du borate de soude - dont le degré de concentration est calculé d’après l’abondance et la fétidité de la suppuration, mais il ne s’en tient malheureusement pas à eux, il préconise simultanément la térébenthine et le baume du Pérou en premiers appareils et il veut qu’à chaque période nouvelle de la plaie corresponde un médicament nouveau. Veyras, comme nous allons le voir, ira plus loin que lui.
Résumons maintenant rapidement ses autres pratiques.
Le Paulmier est opposé à l’emploi des tentes, des sétons. Tout au plus autorise-t-il ces derniers dans les cas où la plaie renferme des corps étrangers.
« C’est donc, dit-il, une chose non seulement inutile, mais aussi dommageable de mettre des sétons ens playes où il ne soit rien demeuré d’estrange, combien que le vulgaire le practique ordinairement en grand désaduantage des pauures naurez 3 4. Pourquoi d’ailleurs mettre des sétons, les playes d’arquebuses n’ont pas de tendance à s’agglutiner trop tôt. »
C’est déjà une idée reprise. Il professe à peu près les mêmes opinions pour les tentes. Cependant il en place encore de courtes et peu épaisses à l’orilice des plaies qu’il recouvre, à l’exemple de Paré, d’une « petite éponge bien nette et mollette ». Des chirurgiens ont tout récemment cru imaginer ce procédé de pansement hippocratique.
Pour la recherche et l’ablation des corps étrangers, il s’inspire encore des anciens et de Paré. Nous ne retiendrons que cette remarque qu’on doit se garder de tenter l’extraction de ceux qui sont logés dans les parties nobles. La raison qu’il en donne est d’un médecin avisé : « il ne faut pas qu’on semble auoir par ce moyen olfensé le malade que la playe auait desjà au paravant comme tué\ »
2. Borate de soude : 2 drachmes in vin blanc salé et miellé G onces. — Nous ne devons pas non plus omettre de signaler ici l’emploi assez commun qu’on faisait déjà du sublimé pour le pansement de nos blessures. Il était réservé pour les plaies à suppuration sanieuse. On l’employait à la dose de 3 grains pour une once d’eau do plantain (page 30). N’a-t-on pas lieu de s’étonner de voir déjà employer quelques-uns des topiques qui sont en vogue aujourd’hui?