‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 15 sur 460 · O. c., page · texte numérisé non relu

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2i la Chirurgie militaire française au xvi° siècle.

Ses moyens hémostatiques sont insuffisants. Par ligature, il entend sans doute parler de la compression par un lien. Signalons dans son chapitre des hémorrhagies cette remarque que les lésions des vaisseaux par les projectiles sont plus graves que les sections qui peuvent se cicatriser.

Dans les fractures, il enlève les esquilles libres; quant aux adhérentes, on ne doit chercher à les extraire immédiatement, que si elles blessent les chairs, autrement on s’expose à des dégâts inutiles. « 11 est trop meilleur dit-il, de laisser faire nature, laquelle avec le temps pourra rejoindre et conglutiner ensemble et couurir de chair ce qui s’estait séparé par le coup ou le comminuer en petites pièces par suppuration et s’en descharger auec la boue1.» A la rédaction de ce chapitre qui manque de détails techniques, on sent qu’il n’a pas été écrit par un chirurgien.

Dans les ablations presque totales des membres, Le Paulmier veut qu’on fasse des amputations immédiates. Il est partisan de la théorie qui attribuait « à l’air qui porte la balle » une partie des lésions observées et en particulier de la stupeur locale ; il se montre par contre l’adversaire de celle de l’ustion, tout en admettant que dans le tir de près on peut l’observer : alors c’est la flamme de la poudre qui amène l'ustion des tissus. Il signale encore une circonstance particulière, dans laquelle on a pu l’observer. « A la bataille de Dreux, les reîtres allemands avaient enfoncé un lardon avec la balle dans chacune pistolle ; auquel lardon la poudre adhérait et sortait flamboiante de la pistolle, jusques sur les naurez desquels elle bruslait les vestements 2. »

(LAURENT JOUREUT (1570)

C’est en 1570, c’est-à-dire vingt-cinq ans après Paré, que le futur médecin ordinaire du Roy, lecteur en l’École de Médecine de Montpellier, et quelques années plus tard, régent de la même école fit paraître son Traité des Arcbusades 3. Il y avait alors vingt ans, comn e il nous le dit, qu’il enseignait la médecine, la pharmacie et la chirurgie. Les nécessités de son enseignement chirurgical l’eussent sans doute forcé de s’arrêter à l’étude de la chirurgie d’armée, si une charge publique qui lui imposait « pendant les premières guerres civiles du royaume, de visiter tous les malades blessés en guerre qui se trouveraient à Montpellier, d’où qu’ils fussent venus, comme on les y amenait de toutes parts », ne l’eût forcé de s’y attacher, de reconnaître l’incertitude de ses principes, et l’empirisme plus ou moins grossier de ses pratiques.

Joubert, dans son livre, se montre bien médecin, et membre du corps enseignant. En tant que médecin, il est lettré, érudit; son style n’a pas la sobriété de celui du chirurgien barbier Paré, qui n’exprime que le fait brutal, dans une langue vulgaire. Il est abondant, prolixe, comme tout ama-

3. Traie te des arcbusades contenant la vraye essence du mal et sa propre curation par certaines et méthodiques indications ; avec 1 explication des divers problèmes louchant cette matière, par Laurent Joubert, médecin du Roy et son lecteur en l'Escole de médecine de Montpellier. Paris, 1570, in-8°, 136 pages.

LAURENT JOULE RT.

teur de théories et de discussions. Comme professeur, il ne se contente pas de rechercher, pour lui, une conviction et de nous donner la raison majeure qui la lui a imposée; à propos d’une question, qu’il expose d’ailleurs magistralement, il lui faut accumuler arguments sur arguments, preuves sur preuves, comme pour mieux convaincre son lecteur.

Les trop rares auteurs qui ont parlé de la chirurgie militaire du xvi® siècle ont été injustes pour Joubert, qui est un de nos meilleurs écrivains de ce temps et dont l’autorité a grandement servi au triomphe des doctrines qu’il embrassa. On lui a reproché d’avoir copié Maggi. Le reproche nous semble dur et bien exagéré. En tant que professeur, il devait connaître les idées émises de son temps et les citer: il a tenu compte de celles de Maggi tout comme de celles de Gui de Chauliac, de Yigo, de Paré, de Botal et de Rota ses devanciers et ses contemporains.

Joubert était un esprit ouvert et un libre penseur. Sabienveillance et son autorité étaient telles qu’on s’adressait de préférence à lui pour régler les points litigieux de doctrine et son Traité des Eaux montre assez jusqu’à quel point il savait se mettre au-dessus des préjugés de son temps.

Son Traite des arcquebusades eut trois éditions, de 1570 à 1581, éditions qu’il dut autant à ses qualités qu’à la haute situation professorale de l’auteur, et au renom dont jouissait alors l’École de Montpellier. La première édition imprimée à Paris n’a que 68 feuillets1; la troisième qui parut en 1781 était très augmentée. Dans l'intervalle de 1570 à 1581, Joubert, qui, en somme, n’avait pas auparavant observé beaucoup de blessures par coup de feu, vit son expérience s’accroître de faits constatés pendant les « seconds troubles signalés par la prise du fort de Saint-Pierre dont nous eusmes tant de blecez et si à coup que sans l’ordre et police que j’y mis, la moitié des malades eust été négligée». Joignez à cela que dans les camps du Roi il était en contact direct avec les chirurgiens de ce dernier, c’est-à-dire les premiers du Royaume, avec lesquels il devait voir les blessés, pour en régler le genre de vie et la médication interne. Cette situation lui permit, comme il le dit dans sa préface, de se faire une opinion sur des pratiques judicieuses et d’autres condamnables. Dans sa deuxième édition, il ajoute un hpitomc de la thérapeutique des arquebusades, un Traité des brûlures et un Traité sur le régime des blessés; dans la troisième, on trouve: l°une Réponse à Du Chesne sur le venin des boulets par Poget ; 2° sa Sentence sur deux belles questions de chirurgie dont nous allons parler à propos de Martel et de Daugaron ; 3° la Censure de deux propos touchant les écrevisses requis en recepte du sieur de Commelles; 4° la Question des huiles, s’ils doivent être rejetés, etc.

Joubert, comme Paré, se montre l’adversaire des idées de brûlure et de vérosité de nos plaies, et, comme ses contemporains, il consacre de grands développements à leur réfutation.

Pour prouver que les balles ne sont point assez chaudes pour brûler, Paré avait tiré dans un sac de poudre qui n’avait pu prendre feu; Joubert recouvre une balle de « plus grande quantité de poudre qu’il n’en faut pour tirer six coups, y met le feu et le boulet estant pris soudain que la llamme cessera, ne sera trouvé si chaud qu’on ne le puisse bien manier

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