Biuot, o. c., p
PRATIQUE DE LA CHIRURGIE
des chirurgiens penchait vers l’opinion de Faure à laquelle l’Académie de i chirurgie avait donné sa sanction et que Lombard enseignait. Cependant quelques-uns avaient eu le mérite de montrer que les nécessités des trans- , ports pouvaient forcer le chirurgien recourir à l’amputation primitive. Cette dernière pratique ne pouvait manquer de s’imposer aux armées de la République et de l’Empire dans lesquelles les blessés, après avoir reçu les premiers soins, étaient fréquemment délaissés ou transportés à lon- : .gue distance sans recevoir, souvent pendant un long parcours, l’assisî tance nécessaire. La conservation des fractures avec ses soins incessants, minutieux, le repos absolu qu’elle exige, ses pansements fréquemment renouvelés, ses interventions rapprochées, s’accordait déjà mal avec ces conditions. Le séjour qu’elle eût imposé aux blessés dans les 1 hôpitaux encombrés et mal pourvus de la première ligne où le typhus, la dysenterie sévissaient en permanence avec la pourriture d’hôpital et parfois la gangrène épidémique, en eût d’ailleurs rapidement compromis les -succès. L’amputation, procédé radical sans doute, mais simple et rapide dans son exécution, qui laissait une plaie en surface d’un pansement facile et faisait espérer une guérison plus sûre, s’imposait donc en ’ègle générale. Elle s’accordait d’ailleurs très bien avec les tendances de chirurgiens jeunes, actifs, mais n’ayant pas tous, à beaucoup près, l'étendue des connaissances et l’expérience personnelle que comportent les tent atives conservatrices dans des fractures avec grands fracas articulaires, les raclures des diaphyses avec leurs plaies anfractueuses, leurs esquilles déachées et transportées dans les tissus qu’elles irritent. Ceux-là même qui ; manifestaient aux armées les tendances conservatrices les plus accusées, ;)ercv à leur tête \ Gauthier de Claubry1 2, Charmeil et tant d’autres, étaient orcés de reconnaître qu’ils ne pouvaient lutter contre des conditions qui eur forçaient la main.
D. Larrey, qui, plus que personne aux armées, s’est montré partisan de 'amputation immédiate dans les membres fracturés, se chargeait lui-même i 'affirmer dans ses écrits et de démontrer par les succès qu’il obtenait de a conservation dans les traumatismes les plus graves que la pratique qu’il prescrivait était toute de circonstance. Malheureusement, les conditions
1. Percy disait : « Quels que soient les accidents qui surviennent dans une plaie, alors îême qu’elle attaque les articulations, il ne faut jamais précipiter l’amputation, surtout
i land on peut procurer aux blessés le repos et une position convenables. » Thèse de Gillet.
’ aris, 1814.
2. Lorsque, disait Gauthier, j’arrivai sur le théâtre de la chirurgie militaire, je me peri iis de blâmer hautement la conduite de mes chefs, que j’appelais aussi routinière et bartare, je parvins même, à force d’instances, à force d’assurances des ressources de la nature
, de l’utile secours de l’art, à porter quelques chirurgiens militaires à douter de la justesse leurs déterminations, à hésiter dans certains cas, à s’armer do l’instrument tranchant, h bien! les plus expérimentés m’assuraient que je ne tarderais pas à revenir de mon •reur; les autres ne tardèrent point à gémir avec moi, eux, de leur blâmable condescenmee, et moi, de la présomptueuse légèreté avec laquelle j’avais jugé une conduite sanc- • innée par une longue expérience, sans avoir réuni tous les éléments de la question. J’ai icore présent à l’esprit les nombreux blessés de la campagne de 1805, en Italie, chez leslels je passais des journées entières à panser des fractures comminutivcs des os longs, qui succombèrent tous, les uns dans les premiers jours, par l’effet des accidents primitifs, >uleurs, convulsions, fièvre, résorption purulente, les auti-es, après un temps, quelquefois rt long, lorsque leurs blessures avaient éprouvé un notable amendement, par l’effet du phus nosocomial, de la dysenterie épidémique, etc. Journal universel et hebdomadaire ,
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défavorables dans lesquelles se trouvaient blessés et chirurgiens, s’étant continuées jusqu’à la fin de ces grandes guerres, l’amputation primitive dut conserver jusqu’au bout les préférences des chirurgiens. En somme, elle constituait, comme le dit Gauthier de Glaubry, un mode de la chirurgie conservatrice, non du membre, mais du blessé. C’est là un point que n’onl pas voulu assez comprendre des écrivains ultérieurs qui ont reproché à nos chirurgiens leurs tendances radicales sans tenir compte des exigences de la pratique de la chirurgie aux armées pendant cette période.
Un genre d’opérations dont l’emploi leur était devenu si familier ne pouvait manquer d’être exécuté par eux avec une rare habileté et de subir de leur part maints perfectionnements.
Larrey était allé jusqu’à faire 200 amputations en un jour, comme nous l’avons vu, et notre chirurgie comptait aux armées nombre de chirurgiens aussi habiles. Lisfranc, un des plus hardis opérateurs de notre siècle qui avait vu à l’œuvre nos chirurgiens -majors et s’était fait à leur image, en parle sans cesse avec enthousiasme et respect. 11 faut dire aussi que l’énergie peu commune des hommes auxquels ils avaient affaire leur facilitait la tâche. Ces soldats, qui, après avoir pris part aux guerres de la République, avaient suivi l’Empereur depuis l’Egypte jusqu’à Moscou, étaient habitués à tout endurer. Bien peu refusaient de se soustraire à ces sacrifices que demandaient d’eux ces hommes qu’ils savaient leur être si attachés. Larrey ampute seul un jeune officier dont le père lui sert d’aide. Un chef de bataillon auquel le même chirurgien désarticule l’épaule après la bataille de la Moskowa, à peine pansé, remonte à cheval et part pour la France ; son cheval meurt en route, mais le cavalier arrive guéri trois mois et demi après son départ. Et c’étaient là les exemples de tous les jours ! L’énergie que le soldat montrait pendant l’action ne l’abandonnait pas quand ses blessures l’exposaient à de nouvelles et cruelles souffrances. Nos ennemis eux-mêmes l’admiraient. Après Waterloo, Charles Bell, qui venait d’assister à l’installation des blessés dans les hôpitaux de Bruxelles, encore tout ému de ce spectacle, écrivait à Walter Scott : « Je ne puis m’empêcher de vous dire l’impression que produisaient sur mon esprit ces formidables types de la race française. C’est un éloge qu’ils m’arrachent malgré moi. »
Rappelons rapidement les grands progrès que nos chirurgiens de la République et de l’Empire ont fait faire à la chirurgie opératoire, les procédés sur lesquels ils ont, par leurs succès, définitivement fixé l’attention.
Le manuel de la désarticulation de l'épaule a été perfectionné par Blandin et D. Larrey, mais c’est ce dernier qui, par une pratique étendue et des résultats très favorables, en a établi définitivement la valeur.
La désarticulation fémorale , cette autre opération imaginée encore par un chirurgien d’armée au siècle précédent, s’enrichit d’un nouveau procédé que Blandin et Larrey indiquent tous deux, mais qui, pour nous, doit porter d’abord le nom de Blandin. Rs n’étaient pas les seuls, d’ailleurs, aux armées qui pratiquassent cette opération, la plus effrayante de la chirurgie; malheureusement, les morts chirurgicales ont peu d'histoire et, en oubliant déconsigner leurs revers, nos chirurgiens ont effacé une des traces qui pouvait le mieux attester leur valeur opératoire. Blandin l’avait faite trois fois, sur un premier blessé avec succès, une autre fois avec un succès
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il -datif, son troisième opéré avait succombé; Perret l’avait répétée et avait rUéri le sien; enfin Larrey l’avait pratiquée huit fois et obtenu deux succès relatifs.
Percy et Larrey, Larrey ou Percy, ont préconisé l’un et l’autre l’ampuj, ation de la jambe dans les condgles du tibia , opération qu’ils ont dans naintes circonstances substituée à l’amputation de la cuisse. Mais c’est ncore à D. Larrey que revient le mérite d’en avoir le mieux fait ressortir es avantages.
La désarticulation du coude qu’on n’avait pas pratiquée depuis Paré, leuel, comme nous l’avons dit, l’avait utilisée sur un blessé de la guerre, est aprise parles chirurgiens de la République et de l’Empire, mais leurs insucès les forcent bientôt à l’abandonner. Nous allons voir qu’un de leurs desendants la reprendra etlui assignera définitivement la place qu’elle mérite.
La désarticulation du poignet a les préférences de maints de nos chiruriens d’armée de cette époque. Ils poussent les limites de l’intervention sur * dernier segment du membre supérieur jusqu’à pratiquer, ainsi que nous apprend Blandin, la désarticulation métacarpo-carpienne pour conserver vec le petit moignon dont le carpe forme le squelette, les mouvements si rrécieux de flexion et d'extension de la main, de pronation et de supinaon de l’avant-bras.
La désarticulation du genou qu’on doit à l’immortel J.-L. Petit est reprise ar Hoin, de Dijon, un de nos chirurgiens-majors les plus distingués.
Paroisse revient sur la désarticulation tibio -tarsienne qu’il pratique avec iccès.
Enfin cette désarticulation tarso-métalar sienne qui est devenue la clef appréciation du chirurgien anatomiste, est répétée à nosarrqées avant les îirurgiens anglais. Jean Blandin, Percy, Larrey attachent leur nom à itte opération et Lisfranc qui la voit pratiquer aux années ne vient après jx que pour la perfectionner.
Comme on peut en juger par ce résumé d’ensemble, le manuel opétoire de toutes les désarticulations principales des membres inférieurs supérieurs est transformé par les chirurgiens de la Révolution et de Empire qui achèvent l’œuvre entreprise par leurs aînés.
Le manuel opératoire des amputations dans la continuité était déjà assez -îrfectionné à la fin du dernier siècle pour que nos chirurgiens n’aient is senti la nécessité de lui faire subir de nouvelles transformations.
Les procédés de J.-L. Petit et d’Alanson ont leurs préférences. Mais si ; ce côté ils ne dirigent pas leurs recherches, ils modifient les pansements îs amputés d’une façon avantageuse. Les transports des opérés dans des >itures mal suspendues et à longue distance, les nécessités de chargeants et de déchargements fréquents, les forcent à assujettir les surces cruentées par des moyens contentifs assez exacts et à adopter la éthode des pansements rares. Ils reviennent aux sutures que le siècle ’écédent avait proscrites, sans rejeter les bandelettes agglutinatives.
A leurs yeux, ces dernières, sans exercer la môme traction que les suires sur des tissus que les cahots, les heurts, les mouvements communilésau blessé ou ses mouvements actifs pouvaient tirailler et irriter, assudent cependant une réunion suffisante. La réunion ainsi obtenue, les fils ligature assuraient le drainage, une compression méthodique comme on
pouvait 1 attendre de chirurgiens habiles dans l’art des pansements faisait le reste et leur permettait d’obtenir lorsque les conditions extrinsèques étaient satisfaisantes, des succès rapides et brillants que nous ne désavouerions pas, même aujourd’hui1.
C’est, comme nous l’avons vu, pendant les guerres de la République et de l’Empire que les résections articulaires traumatiques tentées par Moreau, de Bar-le-Duc, prennent place dans la chirurgie d’armée sous les auspices de Percy dont nous avons rappelé les succès. C’est surtout sur l’extrémité supérieure de Y humérus que nos chirurgiens militaires faisaient porter leurs excisions et ils se contentaient d’ordinaire d’abraser la tête humérale. Percy cependant descendit parfois plus bas. Ces résections étaient devenues tellement familières à nos chirurgiens que Briot disait qu’il ne lui serait plus possible de les compter. C’était l’incision verticale deltoïdienne qui leur permettait d’arriver le plus souvent sur l’article. Quelques-uns cependant recouraient au lambeau de Lafaye. Le traumatisme osseux, dans bien des cas, simplifiait d’ailleurs le manuel opératoire et rendait parfois inutile l’action de la scie.
Percy se flattait aussi d’avoir appris à ses collègues à préférer la résection du coude à l’amputation du bras. « Les armées, dit-il, ont été témoins d’une multitude d’opérations semblables qui ont été pratiquées avec un succès constant sur des militaires qui avaient eu l’articulation huméro-cubitale comminuée par un gros projectile ou désorganisée par une balle. » La science ne possède que les trois exemples de résections du coude faites par Percy lui-même et il est probable qu’il a confondu les extractions d’esquilles de cette jointure fracturée, avec les opérations plus régulières de la résection. Quoi qu’il en soit, c’est à partir de cette époque qu’on commença à faire des résections de cette jointure en chirurgie d’armée, et c’est à Percy que revient le mérite de les avoir préconisées. C’est à la suite de ces guerres qu’on commença à les opposer à l’amputation du bras2. C’est Percy, comme nous l’avons vu, qui patronna encore les résections diapkysaires.
Malgré leur désir d’étendre les indications d’opérations qui s'accordaient très bien avec leur habileté chirurgicale, on peut dire que nos chirurgiens militaires de la République et de l’Empire n’employèrent guère que l’excision de l’humérus dont les grands avantages étaient surtout évidents et considérables. Les difficultés qui dans les hôpitaux et les ambulances s’opposaient à la conservation des fractures dans la continuité et la contiguïté ne pouvaient d’ailleurs manquer de s’opposer à la généralisation d’une pratique dont il était donné, à une époque plus rapprochée de nous, de fixer le réel degré d’utilité.
IL — Organisation des secours sur les champs de bataille. — Nos plus grands chirurgiens du commencement du siècle ne se sont pas seule-
1. Entre autres exemples : un blessé amputé des deux jambes à Bautzen par Gautluer de Claubry est évacué de suite sur Dresde, le 19e jour il est transporté en France et guéri le 29e jour. Un lieutenant d’artillerie de la garde impériale reçoit à Leipzick un coup de biscaien qui lui fracture l’humérus. On lui fait la désarticulation de l’épaule sur le champ de bataille, il monte de suite dans un fourgon et prend la route de France où il arrive guéri. Gautuier de Claubry. Journal universel et hebdomadaire , t. V.
2. Fenecii, Observations recueillies à V armée d'Espagne sur les plaies d’armes à feu au1' extrémités. Thèse de Paris, 1813.
les secours sur les champs de bataille.
mont illustrés par les progrès qu’ils ont su imprimer à notre art, ils se sont acquis aussi une gloire non moins grande en perfectionnant l’organisation sanitaire, qui en étend les bienfaits.
Nous avons vu que le siècle précédent avait laissé peu à créer pour l’organisation générale hospitalière et ambulancière. Les chirurgiens qui suivaient l'armée étaient nombreux, pourvus de voitures de matériel et de transport, mais les règlements de l’hôpital ambulant les forçaient à se tenir 1 une assez grande distance des lignes de combattants : aussi en résultait-il iju’ils devaient attendre l’homme blessé, lequel n’était ainsi secouru [u’assez tardivement. Les chirurgiens de la République et de l’Empire, îu contraire, vont au-devant de lui et leur organisation ambulancière *st toute dirigée vers ce but : sa caractéristique est d’avoir assuré les ecours aux blessés sur le lieu même oh ils avaient reçu leur blessure. C’était lien, comme le fait remarquer J. Rochard1, toute une révolution qu’ils opéaieut en chirurgie militaire, et cette révolution avait pour résultat deréalier l’expression la plus élevée de la fraternité, de sauver la vie à des milliers l’hommes, de relever le moral des soldats en leur montrant le secours à ôté du danger, enfin d’ennoblir la mission déjà si haute du médecin militaire en l’appelant à partager les périls de ses compagnons d’armes.
Les noms de Percy et de Larrey sont à jamais attachés à cette profonde . transformation qui doit nous arrêter un instant.
Ambulances volantes de Larrey.
C’est à l'armée du Rhin, en 1792, qu’ayant vu des blessés tomber aux nains de l’ennemi, Larrey eut l’idée d’organiser son ambulance volante. Il i'vait d’abord imaginé de faire porter les blessés sur des chevaux garnis de àts et de paniers convenables, mais l’expérience lui fit bientôt connaître |i insuffisance et l’inutilité de ce moyen. Il fit alors construire ses voitures lit imagina le système auquel il s’est définitivement arrêté, mais ce n’est jiue vers l’an Y (1797), lors de la campagne d'Italie, c’est-à-dire peu avant me Percy n’organisât ses corps mobiles de chirurgie, qu’il fonctionna égulièrement2.
L 'ambulance volante se composait d’un nombre de divisions en rapport vec la force de l’armée. Il y en avait 3 à l’armée d’Italie. Elles étaient i lacées sous les ordres d’un chirurgien en chef et comprenaient en per- 1 mnel : 1 chirurgien-major de lrc classe commandant; 2 chirurgiens, des-majors ou de 2eclasse, 12 chirurgiens sous aides-majors ou de 3e classe, lieutenant et 1 sous-lieutenant économes; 1 maréchal des logis chef jmmis d’ambulance, 2 brigadiers commis d’ambulance, 1 trompette porur des instruments de chirurgie. Ces officiers de santé, officiers économes sergents étaient montés ainsi que 12 soldats infirmiers parmi lesquels [i maréchal ferrant, 1 bottier, 1 sellier. A leur suite marchaient: 3 sergents >mmis, 3 caporaux chefs d’offices, I tambour garçon d’appareils de \ îirurgie, 25 soldats infirmiers à pied.