Bibliothèque nationale
2fi LA CHIRURGIE MILITAIRE FRANÇAISE AU XVI<> SIÈCLE.
sans aucune niolcstie Les arguments 1 i r6s de la chaleur communiquée à la balle par la résistance de l’air, de la chaleur qu’elle transmet au corps par son contact avec des parties résistantes, de l’aspect de la blessure supposée brûlée (croûte, absence d’hémorrhagie, cercle rouge, etc.), de l’absence de brûlure aux vêtements sont repris, bien présentés et discutés. Il condamne la doctrine de la dilacération des plaies par l’air violemment introduit dans la plaie admise à cette époque où l’on n’avait pas encore l’idée du mouvement communiqué au projectile et où l’on pensait que les gaz à leur sortie de l’âme de l’arme accompagnaient la balle.
Môme précision dogmatique quand il démontre que la poudre n’est pas vénéneuse, du fait « de sa composition, et de ses qualités manifestes ou occultes ». S’il survient des accidents après les plaies, il faut, selon lui, les rattacher plutôt à des causes inhérentes au blessé qu’à des causes extrinsèques 1 2.
Pour Joubert, comme pour Paré, les plaies d’armes à feu n’étant que des plaies contuses, il convient de reprendre pour elles « le traitement d’Hippocrate, de Gelse, de Paul d’Égine pour les plaies produites par les balles de plomb lancées par les frondes ».
Sa thérapeutique, différente de celle de Paré, lui esta la fois supérieure et inférieure. Il ne veut pas des suppuratifs qui provoquent une abondante sécrétion de pus, et formule pour remplir ses vues théoriques un tripharmaque, onguent de précipité mercurique camphré. Le plus tôt qu’il le peut il use des détersifs, c’est-à-dire d’agents médicamenteux diminuant la quantité de pus sécrété. En cela il l’emporte sur Paré, mais, par contre, il brûle encore ses plaies, en premier appareil, avec l’huile bouillante, la térébenthine bouillante, et cela non pour détruire un venin qu’il lui répugne d’admettre, mais pour « arrêter l’hémorrhagie, préparer la suppuration et enlever l’humeur superflue. L’expérience et la raison démontrent, dit-il, que le caustique, j’entends l’huile bouillante, est plus convenable à telles playes et qu’elles en sont guéries plus tost, plus seurement et avec moins de symptômes 3. »
Ici Joubert est entraîné par son auteur de prédilection, par Gui de Chauliac.
Il est partisan des dilatations, des tentes volumineuses au début, pour arrêter l’hémorrhagie, moins grosses dans la suite: il tient aux sétons de faible calibre qu’il emploie non pour maintenir béante une plaie confuse qui, par elle-même, n’a pas de tendance à se fermer, mais pour « ramener plus aisément aux orifices les superfluités et choses étrangères qui sont au passage, pour faire que le médicament abreuve mieux tout le dedans, enfin pour coucher en passant les esquilles des os quand demeurant droites piquent les chairs 4 ». Paré avait à peu près les mêmes idées. Dès que la suppuration est bien établie, il les supprime.
1. O. c., p. 6. — Nous devons faire remarquer cependant que Le Paulmier et Maggi parlent déjà de cette expérience.
2. La fièvre, l’altération et l’inflation (gangrène) qu’on voit en plusieurs membres arcbusez viennent aux cacochymes ou après un grand flux de sang où a ceux qui sont trop exténués d’abstinence mal à propos ou quand le chirurgien abuse grandement des refrenatifs ou reppellents. (O. c., p. 17 verso.)