CONSTANTINE
Il U T I N
Depuis la prise d'Alger, nos troupes n’avaient fait que peu de progrès n Afrique. Elles n’avaient pris que quelques villes sur la côte et n’avaient }< ivré que des combats sans importance à l’intérieur. En 1836, le général j. llausel reçoit l’ordre d’attaquer Constantine, la plus forte place de toute Afrique. Mal renseigné par le général Yusuf qui pensait que la ville ou- ! rirait ses portes dès l’apparition des troupes, le général en chef quitte ône avec 6 000 hommes, sans matériel de siège; il se présente devant \ onslantine, livre un assaut infructueux et se voit bientôt condamné à don- ■er le signal de la retraite. Nos soldats, harcelés sans cesse par les Arabes, Surpris par des bourrasques de neige qui déterminèrent un grand nombre e congélations, épuisés par les fatigues et les privations, fébricitants our la plupart, regagnèrent péniblement Bône, brûlant les étapes, partant n u petit jour, ne s’arrêtant que la nuit. Durant cette retraite. Hutin, chiurgien en chef du corps expéditionnaire, fut frappé par une balle, et Bau- ^ens, chargé de l’ambulance de l’arrière-garde, dut défendre plusieurs fois, vec une poignée d’hommes, son convoi de blessés.
Arrivés à Bône, ces derniers au nombre de 281, parmi lesquels on comprit 105 congelés, furent répartis en deux services placés sous la direction e Hutin, chirurgien en chef de l’hôpital de cette ville. Ils lui fournirent :s matériaux d’une relation très importante par le nombre des observa-
Ions qu’elle renferme et qui se rapportent à des lésions de toutes les réons du corps. Nous aurons l’occasion, plus tard, d’en rappeler quelquesnsdes faits cités par Hutin.
L délation de l’expédition faite dans l'Atlas au mois de novembre 1830. par M.\nuieau-Brauprê, chirurgien en chef de l’expédition d’Afrique, même Recueil. Même série,
LA CHIRURGIE MIL. DE LA IlESTAUR. AU SEC. EMPIRE.
Mutin 1 rejette le débridement préventif, l’avivement du pourtour des plaies qu avait repris Bandons; il se montre, d’une façon générale, partisan du pansement rare au styrax qu’avait préconisé Larrey et d’un bandage roule, enveloppant tout le membre, comme moyen préventif de l'inflammation. 11 reproche aux pansements à l’eau d’être d’une application difficile, d’amener l’atonie de la plaie et de favoriser parfois le développement de la pourriture d’hôpital. Il adopte pour l’immobilisation des fractures l’appareil dit de Larrey et ne partage pas les idées de Baudens sur l’utilité des résections dans les traumatismes de guerre.
On ne pratiqua que trois amputations sous les murs de Constantine et dès que l’armée commença sa retraite, l’impossibilité dans laquelle se trouvaient les troupes de faire des haltes de jour, condamnèrent les chirurgiens à la temporisation même dans des cas qui semblaient réclamer une intervention active. Si les résultats obtenus de cette pratique sur les blessés atteints de fractures des membres supérieurs furent satisfaisants, il n’en fut pas de même pour les blessés atteints de lésions un peu graves et surtout de fractures des membres inférieurs. Transportés sur des cacolets, à défaut de tout autre véhicule, ces blessés eurent grandement à souffrir des défectuosités de ce mode de transport. Aussi eut-on souvent à combattre, chez eux, de violentes inflammations phlegmoneuses et parfois le tétanos, accidents presque inévitables d’un long et pénible transport opéré suivant un mode mal approprié à leur genre de traumatisme. Hutin eut cependant le bonheur de ne compter que 18 morts sur les 176 blessés qui furent, hospitalisés à Bône.
La relation de Hutin est instructive, non seulement du fait des observations qu’elle renferme, mais aussi parce qu’elle nous initie aux. immenses difficultés que rencontre la pratique de la chirurgie dans les! pénibles et dangereuses circonstances dans lesquelles ce chirurgien militaire s’est trouvé.
Interrompons un instant l’analyse des Relations des premières campagnes d’Afrique pour parler de Baudens, leur historien principal et le plus) grand des chirurgiens militaires qu’elles aient formé.
1. Compte rendu des affections chirurgicales de l’armée de Constantine au mois de «oH vembre 1836, par Hutin, médecin en chef de l’expédition, in Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires , t. XLIV, lro série.
On doit au médecin inspecteur Hutin un certain nombre d’autres écrits de chirurgie d’armée : 1° un Mémoire sur la nécessité d'extraire immédiatement les coi'ps étrangers et /d esquilles dont la présence complique les plaies d’armes à feu, in Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, lrc série, t. VII.
2° Des Recherches sur le résultat des fractures de la moitié supérieure de la cuisse et d<\ la moitié inférieure de la jambe dont se compliquent les plaies par armes à feu. Paris, lS5i| même Recueil, 2e série, t. XIV.
3° Un Mémoire classique comme les précédents sur l’ancitomic pathologique des rira- j trices dans les différents tissus, mémoire couronné par l’Académie de médecine, 1835, in-'j 145 pages.
4° Des Fragments historiques et médicaux sur l’hôtel national des Invalides. Pari^j 1851, in-8, 87 pages, etc.
P R K M IKK K S C A MP A G N 10 8 1)'A I-’ R 1 Q I Iî .
Baudens est un modèle de chirurgien d’armée. S’il n’apas égale U. Larrey, .1 no faut en accuser que les conditions différentes de guerre dans lesquelles s'est trouvé le chirurgien de l’armée d’Afrique.
Son histoire se confond avec celle de nos premières luttes en Algérie, depuis la prise d’Alger jusqu’en 1839, il n’est point d’expédition à laquelle l ne prenne une part glorieuse, et, grâce à lui, les noms de Médéah, Masara, Tlemcen, Téniah, Constantine, Tagdempt, appartiennent à notre îistoire comme à celle de la conquête. Cité huit fois à l’ordre du jour, •omble de félicitations par tous les ministres qui s’étaient succédé au gou- ’ernement de la guerre, pour des actes de courage et de dévouement que lama a rappelés en partie 2, Baudens avait voulu encore s’associer, en Irimée, aux triomphes de nos armes; mais les fatigues de cette campagne chevèrent de miner une santé déjà fortement ébranlée par le climat de Afrique.
Dès son arrivée en Algérie, il s’y impose et bientôt il devient le chef îédical indispensable de toutes les expéditions entreprises contre les Arabes. Les traditions des guerres de l’Empire, nous dit un de ses compagnons 'Afrique, n’existaient plus, notre génération n’avait pas assisté aux grandes îltes de cette mémorable époque; nous ne savions que par nos lectures
1. Baudens (Jean-Baptiste-Julien) est né à Aire (Pas-cle Calais,) le 30 avril 1804. Après de •illantes études médicales faites à Strasbourg où la Faculté le proclame lauréat, il passe à lôpital d’instruction du Val-de-Gràce où, sous la direction de Gama, il développe ses mts chirurgicaux. Docteur en 1829, il est en Algérie en 1830. Lors de la création de Icole d’Alger, il y est nommé professeur et comme il aimait à le rappeler, il renoue à tte École la tradition chirurgicale de Rhazès, d’Avicenne et d’Abulcacis. Rappelé en •ance en 1837, il est nomma premier professeur et chirurgien en chef de l’hôpital d’in- > Miction de Lille; puis en 1842, il devient premier professeur à l’hôpital d’instruction du il-de-Grâce où il reste jusqu’en 1831, époque à laquelle il est nommé médecin Inspecteur, •mbre du Conseil de santé des armées et commandeur de la Légion d’honneur. Lors de . guerre de Crimée, il fut chargé de l’inspection de l’armée réunie devant Sébastopol,
• s’occupa activement de l’amélioration de son état sanitaire. Il succomba à cinquante- >is ans à Paris, le 27 décembre 1837, à une affection du foie à marche lente et insidieuse ' nt il avait puisé le germe dans ses nombreuses campagnes en Afrique et qui s’était gravée par son séjour en Crimée. Les médecins inspecteurs Maillot et Scrive ont nsacré à Baudens de courtes notices nécrologiques dans le Recueil de mémoires de même, de chirurgie et de pharmacie militaires, t. XXI, 2e série.
1 Presque tous les travaux de Baudens portent sur des sujets de chirurgie militaire. Nous imerons la première place à sa Clinique des plaies d’armes à feu (Paris, 1836), à sa Relan de l’expédition de Constantine (1838, in-8,) à la Guerre de Crimée , les campements, les "if, les ambulances, etc. (Paris, 1858, in-8). Ses autres travaux ont en grande partie pris ce soit dans le Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie milires ou la Gazette médicale de Paris. Dans le premier, nous trouvons ses Mémoires ' : le Traitement des rétrécissements do l’urèthre, t. XXIV ; Un nouveau mode de prati- :r 1 excision des amygdales, t. XX VIII; Une nouvelle méthode d'amputation, t. XLV ; Mémoires sur l’amputation de l'avant-bras, d’après un nouveau procédé, t. XXXIX;
' la résection de la tète de l'humérus, d’après un nouveau procédé, t. XV, 2° série.
Dans le second journalsont insérés: ses Mémoires sur le traitement de l’hydrocèle (1850), rupture du ligament rotulien (1851), le traitement de l’entorse du pied (1852), des solutions continuité de la rotule (1853). Citons enfin sa Thèse sur le Cystotomie sus-pubienne •ns, 1829,) sou Mémoire sur les règles à suivre dans l’emploi du chloroforme, etc.