Gama, o. c., p
ce qu’avaient l'ait nos devanciers. Le génie pratique de Baudens surmonta vite les obstacles qui provenaient de son inexpérience et son nom devint bientôt dans la jeune armée ce que fut celui de Bercy, ce que fut celui de Larrey dans les armées impériales L »
Baudens était homme d’action avant tout, mais il avait encore d’autres titres : c’était un praticien hors ligne, un opérateur fort habile, un professeur sinon érudit, au moins attachant et pratique, et un auteur de chirurgie militaire original.
Nous avons ici à analyser surtout deux de ses ouvrages : sa Clinique des plains d’armes à feu et sa Relation de la campagne de Constanline.
Dans sa C Unique des plaies d’armes à feu , Baudens commence par exposer quelques considérations générales sur les plaies d’armes à feu; il passe ensuite à l’étude des blessures de la tête, du cou, de la poitrine et de l’abdomen, auxquelles il consacre la plus grande place, et termine par celle des lésions des membres dans la continuité et dans leurs articulations.
La forme qu’il a adoptée pour son ouvrage et qu’exprime bien son titre, lui permet d’insister de préférence sur les points qui l’ont le plus frappé ou intéressé, sur ceux qui lui ont fourni l’occasion de corriger certains préceptes qu’il juge erronés, ou qui lui ont permis d’apporter à la science un complément d’informations ou des perfectionnements. Plus heureux que les chirurgiens d’armée qui l’ont devancé dans la carrière, Baudens a pu suivre plus attentivement les différentes phases des blessures par armes à feu qu’il avait traitées aux ambulances. Les opérations militaires auxquelles il prenait part étaient d’ordinaire de courte durée, espacées les unes des autres; les blessés qu'elles fournissaient étaient peu nombreux, et dirigés tous vers un nombre de points limités. Baudens, après avoir vu presque tous ces blessés dans les ambulances, les traitait ou les revoyait à l’hôpital d’Alger dont il était le chirurgien en chef et qui, point central entre Bône et Bougie, Oran et Mostaganem, recevait ultérieurement par évacuation la plupart de ceux qui tout d’abord avaient été dirigés sur les hôpitaux de ces villes. Ces conditions - avantageuses lui ont permis de recueillir avec soin nombre d'observations curieuses qui émaillent son livre et en rendent la lecture attachante et instructive.
Baudens est un des adversaires les plus résolus du débridement préventif qu’il ne conseille que pour faciliter l’extraction des corps étrangers, ou la recherche des vaisseaux. La facilité avec laquelle guérissaient les plaies sous le soleil d’Afrique où plusieurs fois il avait vu des coups de feu se réunir par première intention, n’avait pas peu contribué à modifier rapidement ses idées sur les dangers présumés des blessures par armes à feu et sur l’inutilité de ce débridement.
Il panse les plaies rarement, utilise l’eau comme topique, prévient l’in flammation par le bandage roulé et les antiphlogistiques.
Dans les fractures il enlève les esquilles adhérentes et non adhérentes
Il poussait sa confiance dans les ressources de la nature jusqu’à ne pasj opérer un blessé qui avait eu, par un coup de sabre, les artères et les nerfs du bras sectionnés avec l’humérus.
L Discours nécrologique (lu médecin Inspecteur Maillot. O. e.
PREMIÈRES CAMPAGNES D’AFRIQUE
Baudens était d’unchabileté opératoire peu communc-et son ingéniosité le porta à perfectionner ou à imaginer maints procédés d’amputation, de désarticulation ou de résection. C’est lui qui rappela l’attention sur la désarticulation tibio-tarsienne *, opération depuis longtemps délaissée après avoir été à. peine pratiquée. Bien que son procédé à lambeau dorsal soit en principe défectueux puisque le blessé doit s’appuyer sur une peau très délicate, un de ses amputés put cependant marcher deux ans sans le secours d’un appareil prothétique compliqué. La désarticulation du genou , Y amputation sus-cond g tienne du fémur , Y amputation du coude , lui doivent des procédés ovalaires dérivés de la méthode de Soutteten et devenus classiques; il a donné à la désarticulation du poignet un mode opératoire àlambeau dorsal analogue à celui qu’il employait pour la désarticulation du cou-de-pied. Il a fait accepter pour l’amputation de tous les segments de membres, surtout pour les segments de membres à deux os et pour celle de la cuisse à son tiers supérieur, une méthode qu’il a appellé mixte, et qui est une combinaison de la méthode à deux grands lambeaux et de la iné-
athode circulaire utilisée à la façon d’Alençon. Au manuel de la désarticulation coxo-fémorale, il a apporté un procédé à grand lambeau antérieur
a taillé par transfixion. Trente-sept à quarante secondes, montre en main, lui suffirent pour l’exécuter en présence de cinquante officiers de santé de
» tous grades, et son blessé exsangue au moment de l’intervention ne perdit pas plus de quatre à cinq onces de sang, grâce à une compression bien |> exercée à la base du lambeau. Cet opéré guérit rapidement et fut envoyé à. aux Invalides.
Une autre pratique qui lui était également toute familière, qu’il disait et que nous croyons personnelle, consistait, dans les amputations nécessitées par les fractures par coups de feu, à dédaigner, lors de la taille de -ses lambeaux, la perforation des parties molles par les balles, et à faire \ porter la section de la scie juste à la base du fragment supérieur. Ce procédé que nous devons retenir et qui lui réussissait, présentait à ses yeux, i l’avantage de lui permettre de reporter la section osseuse beaucoup plus i bas qu'il n’eùt pu le faire s’il avait commencé à sectionner les parties molles au niveau des plaies cutanées. En fait, il pouvait grâce à lui atténuer I '.a gravité du traumatisme opératoire. Les orifices d’entrée et de sortie des t balles répondaient constamment au milieu ou même à la base de ses lambeaux. Il n’eu obtenait pas moins des guérisons rapides, le plus souvent i -des réunions immédiates. Pour lui, ces orifices remplaçaient les ouvertures qu’on ménageait, le plus souvent, en un point généralement excentrique de la base des lambeaux pour assurer l’écoulement des liquides.
Après ses amputations, il réunissait toujours les lambeaux parla suture et, grâce à une compression méthodique exercée à leur base, ses opérés guérissaient le plus souvent, comme nousvenonsde le dire, par première intention.
1. Avant Baudens, on utilisait pour cette désarticulation, soit, la méthode circulaire, ,0‘t la méthode à lambeaux, et on ne réséquait pas les malléoles. La cicatrice centrale [ Plu8 °u moins étendue qu’on obtenait et l’irrégularité de la surface du moignon rendaient a déambulation directe extrêmement difficile, sinon impossible. Baudens, au contraire, en sectionnant les malléoles, obtint un moignon plus régulier, et sou lambeau unique qu’il prêtait sur la face dorsale du pied, replié en arrière, laissait une cicatrice excentrique, ’ est-à-diro mise à l'abri de pressions douloureuses. En 1848, il avait répété cinq fois son opération sur le virant.
2;i0 LA CHIRURGIE MIL. DE LA RÉSTAUR. AU SEC. EMPIRE.
Si, on principe, il n’était pas éloigné de l’emploi des résections articulaires', il les pratiquait rarement et les recommandait peu pour la chirurgie de campagne, se montrant en cela inférieur à Percy. Ce n’était pas qu’il doutât de leur valeur, mais il jugeait que ces opérations délicates qui réclament des soins consécutifs tout particulièrement attentifs, ne pouvaient être utilisées que dans les hôpitaux. Plus tard il modifia quelque peu ses principes et suivant une loi presque fatale il devint plus conservateur1 2. Il faisait cependant une exception pour la résection de la tête de l’humérus, sur l’opportunité de laquelle on n’était pas encore bien fixé de son temps. Certains accusaient cette opération de ne fournirqu’un membre impuissant; Baudens contribua fortement à faire ressortir l’excellence de ses résultats fonctionnels.
Il pratiquait la résection dans les fractures de la tête de l’os et les fractures que nous avons appelées diaphyso-épiphysaires. A l’exemple de devanciers, il alla dans un cas jusqu’à exciser, avec la tête humérale, la cavité glénoïde et l'acromion... Les succès qu’il obtenait de ces excisions étaient d’ailleurs bien faits pour l’encourager à étendre de la sorte leurs indications. Ses opérés guérissaient très rapidement, aussi vite que des amputés et sans la moindre complication immédiate ou ultérieure.
C’est ici le cas de rappeler que Baudens, le premier, fit avec succès et conseilla les résections partielles de la tête humérale, c’est-à-dire des opérations dans lesquelles il n’enlevait qu’un quart, qu’une moitié verticale ou transversale, de cette tête.
Pour les pratiquer, il conseillait de préférer à la méthode à lambeau l’incision unique, avec cette réserve qu’au lieu de la placer au côté externe de l’épaule comme White ou sur la partie médiane comme Percy et Larrey, etc. , il la portait en avant et en dedans, dans l’intervalle deltoïdo-pectoral. Nous ne nous arrêterons pas ici aux conseils si sages que Baudens £ donne pour assurer le succès de ces opéralions.
Les articulations de l’épaule et peut-être de la hanche étaient, pour I lui, les seules auxquelles pouvait s’appliquer la résection quand les désordres n’étaient pas trop graves pour nécessiter l’amputation3. Au contraire, les plaies par balles des articulations ginglymoïdales, celles du coude, de l’article radio-cubital, tibio-tarsien et même tibio-fémoral, guérissant, ) d’après lui, presque toujours par la conservation seule, ne pouvaient réclamer la résection. Baudens croyait trouver dans la différence des lésions présentées par les deux genres d’articulations, la raison de cette différence contestable dans le pronostic et les indications opératoires. Les têtes articulaires frappées par les halles laissent toujours , disait-il, des débris osseux • dans la capsule articulaire tandis que quand la balle frappe un condyle, elle le perfore et la lésion plus limitée est moins grave4. A supposer que celle-ci
2. Voir son Mémoire sur la résection de la tête de l’humérus , d’après un nouveau procédé opératoire, lu à l’Académie des sciences dans la séance du 28 février 1853, in Mémoires de médecine , de chirurgie et de pharmacie militaires, 2° série, t. XV, p. 171.
3. Toute plaie d’articulation par énarthrose avec brisure des tètes articulaires exige, dit-il, l’amputation ou la résection. O. c., p. 445.
2ÜI
soit compliquée des fentes qui se prolongent souvent jusqu’à l'articulation, cette blessure n’est pas moins susceptible de guérison. Nous verrons plus loin ce qu’il faut penser de cette distinction.
Le nom de Baudens reste encore attaché à la pratique des résections diaphysaires appliquées aux lésions des grands os par coups de feu. Nous avons vu que les chirurgiens de la République et de l’Empire, sans remonter aux devanciers du xvie, du xvii° et du xvuic siècle, l’avaient déjà précédé dans cette voie. Parmi ses contemporains, Bégin, Dupuytren, Velpeau, avaient même continué à suivre les traces de Percy, mais Baudens a eu, sans conteste, le mérite de contribuer par son insistance et ses succès à faire accepter sans réserve ces résections des diaphyses et à les faire préférer à l’amputation, surtout pour les lésions du membre thoracique. Sa Clinique ■les plaies d'armes à feu, son enseignement, ses communications à l’Académie île Médecine ne cessent d’en affirmer la valeur.
« Depuis longtemps je professe l’opinion, dit-il, que les fractures du membre horacique, soit dans la contiguïté, soit dans la continuité des os qui en constiuent le squelette, ne réclament que fort rarement l’amputation parce qu’à l’aide le larges incisions pour extraire toutes les esquilles mobiles, qu'elles soient ou non ulhérentes, et pour réséquer les extrémités aiguës des os brisés, on obtient les résultats les plus heureux.
« Ce précepte ne doit pas s’appliquer d’une manière aussi générale au membre abdominal, parce que ce dernier est entouré de puissances musculaires bien autre- ■ ment développées et que ses fonctions et ses usages sont bien différents.
Il I « Le grand rôle qu’il joue dans la station, recevant tout le poids du corps pour e transmettre au sol, exige de sa part une grande résistance et il importe de tien connaître jusqu’à quel point celle-ci peut être affaiblie sans nuire à ses foncions et jusqu’à quel point on peut compter sur les efforts de la nature pour réparer res lésions dont sa charpente osseuse peut être le siège.
« Ainsi une portion fracturée de l’appendice thoracique pourra guérir avec accourcissement et offrir néanmoins encore d’immenses avantages, parce qu’on i ura pu éviter l’amputation en retirant de suite toutes les esquilles mobiles et en • éséquant les pointes des fragments, tandis que la même lésion pourra exiger la lutilation si elle atteint le membre inférieur. Après avoir établi cette première istinction, il faut en faire une seconde relative aux différentes sections de l’extrémité pelvienne. En effet, si les fractures des os du pied et de la jambe n’exigent * 'as toujours l’amputation, il n’en est pas de même pour celle du fémur. Ma coni iction est que toute fracture de cet os par suite de coups de feu réclame impéieusement la perte du membre '. »
11 donne pour raison de sa préférence si marquée pour les résections iaphysaires, que, contrairement à l’avis de beaucoup de chirurgiens et de f hipuytren lui-môme, les esquilles môme adhérentes finissent ordinairement par devenir libres, et qu’englobées ou non dans le cal, elles entre- •iennent des trajets fistuleux qui ne guérissent qu’après leur extraction1 2, •audens rapporte, à l’appui de ses affirmations sur les heureux résultats ue donne la résection diaphysaire, plusieurs opérations de résections tendues, mais il nous semble avoir singulièrement exagéré la portée de fs succès. C’est ainsi qu’il avance qu’après une excision primitive de cinq onces du corps de l’humérus il n’est pas survenu de raccourcissement du
LA CHIRURGIE MIL. DE LA RESTaUR. AU