SEC. EMPIRE
bras1 ! Évidemment, là, Baudens faisait céder la vérité à son enthousiasme pour la méthode qu’il préconisait.
Les journées de juin 1 «S i 8 et la guerre de Crimée lui permirent de revenir sur cette question favorite.
Après ce que nous venons de dire, il semble presque inutile de faire remarquer que Baudens était un partisan déclaré de la conservation dans les fractures des os des membres. Il n’amputait guère d'une façon systématique que dans les fractures du fémur. Dans les fractures étendues des autres diaphyses et dans celles des épiphyses, il conservait le plus souvent et quand il faisait le sacrifice des membres, il y avait immédiatement recours, suivant en cela une tradition déjà ancienne.
La contention des fractures lui a inspiré un appareil contentif qui porte son nom. Pris au dépourvu, dans une colonne, il dut faire avec une caisse à biscuit, pour un fracturé de la jambe, un appareil qui lui servit de modèle pour la « boîte » à laquelle il attacha son nom.
Baudens, pour les pratiques du débridement, des résections diaphysaires et articulaires, de l’amputation, de la conservation, ne s’est pas contenté de rénover et de consacrer à nouveau la valeur de procédés déjà anciens ; il fît encore de même pour les pansements.
L’emploi de Veau froide ou glacée en applications locales, en irrigations continues, comme moyen préventif ou curatif des inflammations, a trouvé en lui un défenseur convaincu. Il y recourait aussi bien pour les plaies simples des parties molles que pour les plaies compliquées de fractures.
Nous arrivons aux opinions qu’il formule à propos des plaies de la tète et du tronc et à son intervention dans ces traumatismes.
S’il combat longuement les idées de Velpeau qu’il juge trop favorables à la trépanation, il se montre par contre fort audacieux dans les traumatismes cérébraux, lorsque reprenant des tendances qu'avait repoussées Percv, il va avec la sonde à la recherche des corps étrangers logés dans l’encéphale. Le succès pourtant n’avait pas couronné ses tentatives. Sur un de ses blessés, il avait fait pénétrer, à travers une perforation frontale, une sonde dans l’étendue de six pouces (plus de 15 centimètres) sans rien découvrir et l’autopsie lui avait montré que la balle, au lieu de suivre un trajet direct, avait dévié en touchant la paroi crânienne au niveau du vertex et était allée se loger dans le cervelet2.
D. Larrey avait, comme nous l’avons vu, fourni à la doctrine des localisations cérébrales des faits très intéressants ; Baudens, dans la mesure de ses ressources plus limitées, le suit dans cette voie. Quatre observations, qu’il rapporte, de fracture du pariétal suivies de la paralysie du membre supérieur opposé à la blessure, « pourraient, disait-il, mettre sur la voie de la portion du cerveau qui préside à la locomotion de l’appendice thoracique3 ». Elles lui avaient également permis de remarquer la persistance de la paralysie après l’extraction des esquilles et de constater de violentes contractures lors de leur ablation.
Baudens avait étendu à tort aux fractures des deux maxillaires les préceptes qu’il avait rappelés sur l’extraction des esquilles dans les coups
PREMIÈRES CAMPAGNES D’AFRIQUE
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de feu des diaphyses. Exagérant les accidents inflammatoires et septiques consécutifs à ces traumatismes (il rattache nettement les derniers à l’ingurgitation incessante du pus mêlé à la salive), il enlève à des blessés, de parti pris, le corps de la mâchoire inférieure, ou les apophyses montantes. A cette époque où il était permis de méconnaître les inconvénients de cette pratique, ces opérations avaient le mérite de représenter des hardiesses chirurgicales.
Si, dans le chapitre que Baudens consacre aux plaies de poitrine, il ne fournit que peu d'idées réellement personnelles, il a le jugement assez droit et l’observation assez juste pour rassembler et consacrer tout ce que les travaux de ses devanciers renferment de bonnes remarques et de judicieux préceptes. C’est ainsi qu’il établit nettement la différence, au point de vue de l'étendue des dégâts observés, entre les fractures des côtes et les lésions de leur cartilage, celle qui, au point de vue pronostique, sépare les plaies pénétrantes compliquées ou non de fractures de côte à l’orifice d’entrée; qu’il spécifie très bien le rôle très important que les esquilles jouent dans la production de la pleurésie purulente, la plus grave des complications des plaies de poitrine. Partant de cette dernière donnée, il considère comme d’une urgence absolue d’extraire le plus rapidement possible les esquilles que le projectile a entraînées dans le tissu pulmonaire ou qui sont tombées dans l’angle costo-diaphragmatique.
« Quand la plaie est simple, dit-il, rien n’est plus naturel que de la fermer immédiatement pour empêcher l’entrée de l’air et s’opposer à l’issue du sang épanché ; il faut s’abstenir de toute recherche d’exploration et de pure curiosité pour s’assurer si le poumon a été ou non lésé. Mais quand une halle a fracturé une côte en éclats, lorsqu’elle a entraîné des pièces d’os, de vêtements, etc., et les a déposés dans le tissu pulmonaire, on ne doit plus tenir la même conduile; il faut, à l’aide d’incisions convenables, extraire les esquilles et aller même les chercher dans le poumon, le plus loin possible. Dans un cas où ce viscère était retenu contre la plèvre costale par de fortes adhérences, j’ai pu plonger dans son lobe inférieur toute la longueur de mon doigt, pour aller saisir, à l’aide de pinces à anneaux, une forte esquille, des morceaux de drap, et la halle elle-même. Le blessé a parfaitement guéri...
« Quand il n’existe pas d’adhérences, les esquilles, la bourre, les projectiles, etc., tombent sur le diaphragme et s’arrêtent dans l’angle costo-diaphragmatique, en arrière près de la colonne vertébrale. C’est là qu’il faut aller chercher ces corps étrangers en ouvrant le onzième espace intercostal; c’est toujours par cette voie que je les ai extraits. (Et pour qu’on ne s’expose pas à des recherches regrettables, il ajoute ;) Il importe essentiellement de savoir bien distinguer l’entrée d’avec la sortie de la balle, parce que, dans le premier cas, les esquilles sont dirigées en dedans tandis que, dans le deuxième cas, elles se portent en dehors suivant l’impulsion de la cause vulnérante1. »
L’occlusion des plaies de poitrine après le redressement des esquilles, la résection, au besoin, des extrémités costales acérées et la recherche des corps étrangers logés dans le poumon ou à la base de la cavité pleurale; l’empyème rapide dans les épanchements, tout cela n’est plus que du renouveau sans doute, mais du meilleur, et ces pratiques sont conseillées avec un langage si convaincant qu’on ne pouvait manquer de se laisser entraîner à suivre les traces du jeune chirurgien de l’armée d’Afrique